Les clips de la semaine #307 – Partie 2

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Sans plus attendre, on vous dévoile la seconde partie notre 307ème sélection des clips de la semaine.

Ezra Collective ft. Pa Salieu – Only Love

Voilà de quoi adoucir un réveil morose, entre deux eaux, on revient sur la sortie du clip Only Love. Ce projet est le tout premier featuring entre le groupe britannique Ezra Collective composé de Femi KoleosoTJ KoleosoJoe Armon-JonesJames MollisonIfe Ogunjobi, et le rappeur Pa Salieu. Une rencontre qui nous a fait l’effet d’une évidence. Entre afrobeat, jazz, soul et rap, ces artistes nous emmènent au Nigeria, dans la ville de Lagos, le temps d’un moment chargé d’espoir. 

Only Love est un clip lumineux, sur tous les plans. Le travail réalisé est colossal. On s’attarde sur les magnifiques tenues traditionnelles, les nombreuses références, le drapeau pan-africain, la représentation de plusieurs générations, la notion d’héritage. Les multiples plans s’enchaînent et accompagnent ce groove dont Ezra Collective détient le secret. Pa Salieu pose ses mots sur cette mélodie, y apporte une complexité, une poésie. Il transmet des paroles puissantes, d’apprentissage, de résilience et d’amour. Entre la peine et la joie, une rose prend racine. Only Love tourne dans notre tête. La célébration est pour bientôt. Ce titre est une des pièces de Here Because Of Hope, le nouvel album de Ezra Collective annoncé pour le mois de septembre. 

Vince Staples – White flag

Un titre et un clip engagés comme on les aime, voilà ce que nous propose Vince Staples avec White Flag, nouvel extrait de son prochain album Cry baby prévu le 5 juin.

Il dépeint le portrait d’une Amérique désenchantée gangrénée par le racisme quotidien et institutionnel. Il dénonce la haine latente contre les noirs, s’en prend à une industrie et à une culture qui instrumentalisent la Blackness sans jamais en assumer le poids réel.

Avec son « White flag i don’t wanna fight no more », Staples ne capitule pas, mais lance un cri d’épuisement à devoir se battre encore et encore. On notera les références très hétéroclites à la soul d’Amy Whinehouse (love is a losing game), à la spiritualité afro avec le vaudou et à Goliath, comme pour nous rappeler que malgré tout, la lutte n’est jamais perdue.

Le clip qu’il a co-réalisé avec Bradley J. Calder est extrêmement simple, visuel et percutant : Staples recouvre seul le drapeau américain d’une peinture blanche, puis le crible de balles. Un geste artistique hautement politique pour amener à (r)éveiller les consciences.

Jäde – Friends with benefits 

Digne de la bande-son d’un sitcom iconique, Jäde continue de peaufiner sa recette avec une précision chirurgicale. Friends with Benefits, son parfum rafraîchissant et sa confiance aveugle en elle permettent à l’artiste de se caler parfaitement là où on l’attend : un franc-parler assumé et un dégoût des hommes, le tout interprété de la manière la plus posée possible.

Dans son visuel sorti tout droit de l’âge d’or du R&B, Jäde défile comme une reine, mêlant anglais et français avec une aisance déconcertante sur une instrumentale mielleuse et enveloppante signée Azuna. Après le succès de Comme des Garçons et l’engouement autour de Fan2Moi, la chanteuse prouve une nouvelle fois qu’elle a le sens du détail et l’instinct des grands. Elle a encore de beaux jours devant elle, c’est une certitude. Et nous, on est séduit.

Aja Monet – Working Class Musicians

La singer-songwriter Aja Monet, qui se définit elle-même comme une « poète blues surréaliste », a forgé sa voix dans les clubs et bars de poetry slam du Lower East Side new-yorkais, s’inscrivant dans la longue tradition des poètes engagés dans les mouvements sociaux.

Working Class Musiciansest le titre phare de the color of rain, son second album, sorti le 22 mai 2026 sur le label drink sum wtr. Sur fond de troubles civils et de protestations à travers le pays, le morceau prend à bras-le-corps une réalité que beaucoup préfèrent ignorer : la précarité financière croissante que représente la vie d’artiste en tournée pour la grande majorité des musiciens. Monet le dit sans détour : « En tant que cheffe d’orchestre en tournée, mon devoir est envers les musiciens avec qui je joue et la communauté à laquelle j’écris. On se sent responsable, mais on se fait aussi exploiter et maltraiter — surtout en tant que femme noire artiste. » 

Le clip, un film d’animation en papier découpé coréalisé par Aja Monet elle-même et l’animateur Brandon Ray, accompagne ce poème-chanson avec une puissance visuelle rare. L’ensemble s’inscrit dans une démarche plus large : face à la montée du fascisme, Monet propose une intervention onirique, un refus de la convention et de l’apathie.

Camille – Si tu souris aux anges

Une histoire de passation et de transmission. La chanteuse Camille dévoile ce qu’elle aimerait laisser à ces enfants avec le titre Si tu souris aux anges. Dans ce morceau organique, naïf et joyeux, la chanteuse oscarisée conseille à sa fille de sourire aux anges comme pour sourire à la vie. Camille semble confondre les âges et reprendre un langage d’enfants, qui joue avec les sons.

Pour porter ce clip, l’artiste s’accompagne de Milena Beurer-Doenst, à la coréalisation. Les deux femmes créent un univers qui se dessine dans les ondulations d’un lac, fabriquant un univers féerique. Si tu souris aux anges s’accompagne d’un autre morceau : No miracle. Une chanson anglophone est aussi dédiée à ses enfants. Ce duo de titres fait partie de The Sound of milk, le prochain album de Camille, qui sortira à la rentrée prochaine et comprend trois disques : NaissanceEnfance, et Adolescence.

Henri Bungert (feat. Edouard Manga) – Je reviens de loin

Au cœur de ce dialogue en français et en wolof, se niche une rencontre. Le chanteur Henri Bungert en duo avec le guitariste Edouard Manga raconte l’histoire d’un pêcheur quittant son village pour réaliser son rêve. Le morceau Je reviens de loin sonne à la fois comme un chant libérateur, encourageant et formateur que comme une histoire qui se transmet. 

Henri Bungert marque une fois de plus son identité artistique : chaleureuse, festive et fédératrice. Pour réaliser le clip, il s’accompagne de Tom Wenezoui. On suit un road trip parcourant le Sénégal de Ngor, Ngaparou à Dakar. Je reviens de loin est à retrouver dans Ailleurs, c’est toi, le dernier EP, prometteur, d’Henri Bungert.

NTO – Fior Di Macchia

NTO est de retour avec un nouveau titre, et le Français ne s’embarrasse pas de superflu. Pas de décor surchargé, pas de figurants : juste un visualizer, et c’est amplement suffisant. L’image parcourt en gros plan un objet indéfini, organique, insaisissable, tantôt fleur sauvage, tantôt nébuleuse lointaine, comme si la caméra hésitait entre un pétale et une galaxie. Le tout évolue au rythme du morceau, épousant chaque montée, chaque respiration. Car Fior Di Macchia est bien plus qu’un titre d’ambiance : les sonorités électroniques construisent patiemment quelque chose de dansant, d’entraînant, qui finit par prendre possession du corps presque sans qu’on s’en aperçoive. Cette capacité à faire voyager très loin sans jamais forcer le trait est la marque de fabrique de NTO. Avec ce nouveau morceau, il confirme qu’il reste l’un des architectes les plus élégants de la scène électronique française.

Muse – Hexagons 

Muse divulgue peu à peu son futur album The Wow! Signal, attendu le 26 juin prochain, avec un nouveau titre baptisé Hexagons. Cette fois, le trio nous embarque directement jusqu’à Saturne. Le morceau démarre sur les chapeaux de roue avec une guitare en tapping particulièrement démonstrative, rapidement rejointe par une basse et une batterie qui donnent au tout une ampleur épique. Puis, la tempête retombe. Un clavier et la voix de Matthew Bellamy prennent alors le relais, comme si le groupe préparait un second décollage. La formule est différente de ce que Muse propose habituellement, mais le résultat est convaincant, et lorsque le thème d’ouverture revient en fin de morceau, la boucle semble bouclée.

Le clip accompagne cette aventure cosmique avec efficacité. Direction l’espace, les anneaux de Saturne et surtout ce fascinant hexagone qui tourbillonne à son pôle nord. Muse joue ici avec l’imaginaire scientifique qui a toujours nourri son univers, en mettant en images cet immense cyclone qui balaie la planète depuis des décennies. Les plans spatiaux sont majestueux et renforcent le caractère grandiose du morceau. Une fois encore, le groupe regarde vers les étoiles pour mieux nous faire décoller. A l’approche de la sortie de The Wow! Signal, difficile de ne pas être de plus en plus curieux de découvrir ce que Bellamy et ses acolytes nous réservent encore.

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