Le rose c’est hasbeen ou les méandres du passage à l’âge adulte par Marie Jay

La pop star lausannoise Marie Jay, apprentie crapule, a sorti son deuxième EP “Le rose c’est hasbeen” le 12 juin dernier. En cinq chapitres, elle nous conte les méandres du passage à l’âge adulte.

Pochette de l'EP "Le rose c'est hasbeen" de Marie Jay. L'image montre un gros plan sur la tête de Marie Jay, en survêtement jaune Adidas, tirant un chewing-gum rose de sa bouche.

Alors que « Dory », son premier single sort en 2022, il faut attendre 2024 pour vraiment plonger dans l’univers de la chanteuse avec son premier EP « Trotinette ». Si ce dernier revient sur les premières fois de l’adolescence, ce nouvel EP la suit sur son chemin vers l’âge adulte. À travers des sonorités pop et dansantes, elle aborde sans détour les injonctions qui nous sont imposées en grandissant et les conflits internes que l’on peut ressentir. Alors que sa tournée des festivals estivaux approche, la jeune femme nous livre des morceaux pensés pour nous faire danser tout en nous sentant comprises et vues.

On démarre fort avec « Boom Boom Barbie ». Un morceau énergique dans lequel Marie Jay nous met, toujours avec sa bonne humeur, le nez dans nos problèmes : « Le problème reste le même, tu vises le rang des top models ». Elle pose directement le contexte de l’EP en enchaînant les exigences qui nous arrivent en pleine tête en grandissant. Le tout saupoudré de quelques conseils bienveillants pour nous rassurer. Dès la fin de ce premier titre, on se sent comprise; comme si elle était la petite voix dans notre tête. Côté sonorité et rythme, ça colle à la problématique : « encore encore encore » plus de choses à gérer.

On redescend un peu en intensité pour faire la rencontre de Margaux. L’archétype de la prom queen à qui tout sourit. Du moins, en apparence. Car derrière le vernis se cache toujours une âme sensible, dont seule la maman est là pour sécher les larmes. Comme une suite logique, elle nous rappelle que les attentes ne se bornent pas à « être parfaite ». Elles s’étendent aussi à « être la meilleure ». On rallonge donc la liste des choses auxquelles on doit se confronter. Notamment la désillusion de voir que nos rêves de liberté et de succès viennent avec toutes sortes d’émotions à gérer. Elle nous prend doucement par la main avec un air mélancolique, mais revient toujours avec un refrain entraînant, qui contrebalance et harmonise toute cette bulle pop.

Marie Jay habillée en bleu reçoit un coup de poing avec un gant de boxe rouge sur la pochette du morceau Nulle.

Maintenant qu’on s’est dit tout ça, il est temps de se laisser un peu tranquille. Nulle en est l’ôde parfaite. La chanteuse répond aux injonctions avec impertinence : « Si le train veut plus m’attendre, dites-lui de partir ». Elle nous rappelle avec justesse qu’il n’y a pas besoin d’être à son maximum en permanence. Le morceau, tout en dynamisme, nous invite à ralentir sur les comparaisons et la pression qu’on se met. Ou que les autres font peser sur nous. Musicalement, on assume ici tout le côté pop et produit, prêt à se battre contre les diktats. S’il y a bien une musique sur laquelle danser et chanter fort pour se libérer, c’est celle-ci.

Après s’être bien défoulé, on reprend notre souffle. Joli désastre, c’est plus doux. C’est une rencontre, une relation inévitable, mais à quel prix ? Avec cette chanson presque racontée comme une discussion, on a l’impression d’être dans la tête de la jeune femme. D’entendre ce qu’elle voudrait dire à l’objet de son désir : « Mais si on franchissait la ligne, dis-moi comment je pourrais revenir. Tu sais très bien ce qui se passe et pourquoi on s’empêche ». La guitare, à l’instar de ses pensées, s’accélère comme pour faire écho à la tension qui monte. Mais si grandir, c’est mieux se connaître et apprendre à discerner les mauvais choix, ça ne rend pas pour autant les relations plus simples. Et surtout, ça ne veut pas dire qu’on sera en mesure de prendre les bonnes décisions…

On termine la tracklist en beauté avec Oups, qui sonne comme la suite logique de tout ce surmenage émotionnel. Le morceau, à la fois pop et drôle, donne envie de danser et d’embrasser le fait que quand rien ne va plus, le mieux reste de se laisser porter : « Oups là je suis en enfer mais je creuse un peu plus tant que ça me fait du bien ». Car si on retient bien une chose de cette histoire, c’est que quoi qu’il arrive, on ne pourra pas être une version idéale de nous-mêmes. On pourra juste être nous. Et c’est suffisant. Ce morceau, c’est également l’occasion pour Marie Jay de co-réaliser son premier clip avec la réalisatrice Emma Kraemer. Un condensé de pop culture cathartique qu’on vous invite vivement à découvrir.

En moins de quinze minutes, Marie Jay nous fait un cours qu’on pourrait intituler « Introduction à l’âge adulte » avec sa douceur et son entrain habituel. On a pris des notes :

  • Rien ne sert d’essayer de tout gérer, ce n’est ni possible ni souhaitable
  • Ta valeur ne dépend pas de ce que tu accomplis
  • Tu as le droit de te reposer et de ne pas être à ton max tous les jours
  • Devenir adulte, c’est aussi continuer de se confronter à des relations complexes
  • Tu passeras par des phases compliquées, ne te prend pas trop la tête

Votre psy vous facture soixante-dix euros la séance ? Marie Jay vous offre les conseils gratuitement. Et elle vous fait danser en prime.

Le rose c’est hasbeen s’impose comme l’EP qui fait du bien à nos coeurs et à nos oreilles, alors que Marie Jay se livre à nouveau avec authenticité.

Pour en savoir plus sur les influences musicales de la chanteuse, n’hésitez pas à aller découvrir son ADN musical !

Crédit photo : Olivia Schenker

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