Il y a des artistes qui arrivent avec un projet, et d’autres qui arrivent avec un univers. Mathis Akengin fait partie de ces derniers. Pianiste et compositeur formé dès ses six ans au Conservatoire, il a longtemps nourri son art dans l’ombre d’autres. Aujourd’hui, il dévoile Passage des Fleurs, son premier album solo, un projet à la fois intime et ambitieux, construit autour d’un piano qui devient bien plus qu’un instrument.

L’envol
L’album commence sans chercher à convaincre. Where the birds are pose un cadre aérien, presque fragile, comme une question qu’on se pose à voix basse. Pas de démonstration, juste l’espace et ce qu’on y projette
Voltige prolonge cette suspension. Instrumental pur, piano seul et notes en équilibre. Le morceau ne raconte rien et pourtant on le suit, happé par quelque chose qu’on ne saurait nommer.
Le souvenir
L’album plonge ensuite dans quelque chose de plus dense. First Floor est un morceau de mémoire vive. L’enfance, un appartement, une famille qui arrive d’ailleurs et qui pose ses cartons dans un deux-pièces. Mathis Akengin n’idéalise rien, il convoque. Le piano frappe fort, la voix tient bon entre fragilité et incantation. C’est pop, c’est cinématographique, c’est juste.
Mute Love est peut-être le cœur battant du projet. Quelqu’un qui a des choses à dire et qui ne trouve pas les mots, qui les trouve trop tard, ou trop petits. Alors la musique prend le relais. Les percussions, fabriquées à partir d’objets du quotidien, donnent au morceau une texture organique et rugueuse qui tranche avec la clarté du piano. C’est bancal et précis à la fois. C’est humain.
L’horizon
L’album prend alors une dimension plus ample, presque cosmique. Mer d’hiver, portée par la voix délicate de Claire Passard, dessine une mer qui ne fait plus de vagues. Dense, ralentie, presque figée. La mer en hiver comme métaphore du temps suspendu, du vivant qui continue en silence de se transformer. Un vieux marin murmure une question simple et bouleversante. Les percussions évoquent la machinerie d’un navire. Et puis, sans qu’on le voit venir, l’orage.
Dehors (La nuit est tombée par terre) est l’avant dernier morceau du projet. Majestueux, habité, profondément touchant, il donne soudain à toute la traversée une autre dimension. Titre après titre, on découvre un artiste capable de construire un vrai univers.
Avec Passage des Fleurs, Mathis Akengin ne cherche pas à séduire, il cherche à dire. Entre sonorités orientales et indie-pop, entre poésie à la manière d’Agnès Obel et délicatesse à la Patrick Watson, il signe une œuvre à la fois singulière et universelle, celle d’un homme qui a trouvé dans le piano la seule langue qui ne trahit pas. À écouter les yeux fermés, dans le silence de ce qui ne se dit plus.