La Face B a rencontré Nick Mulvey à l’occasion de son passage au Rocher de Palmer, pour un concert aussi intime qu’habité. Une rencontre que nous attendions avec impatience. Ancien membre fondateur de Portico Quartet devenu auteur-compositeur incontournable de la scène folk alternative, Nick Mulvey construit depuis plus d’une décennie une œuvre où se croisent rythmes hypnotiques, quête de sens et ouverture au monde. Avec Dark Harvest, son projet le plus personnel, né d’une période de pertes et de bouleversements intimes, il transforme les épreuves de ces dernières années en une œuvre profondément spirituelle, traversée par la résilience, la foi et l’idée que la lumière peut surgir de l’obscurité. Entre souvenirs de Cuba, réflexions sur la création, discussions sur ses chansons et son rapport à la spiritualité, Nick Mulvey est, comme à chaque fois, solaire et sincère. Découvrez une interview qui lui ressemble : lumineuse, introspective, généreuse et profondément humaine.

Retrouvez également le travail d‘Alexia Arrizabalaga-Burns (sous le pseudo Troubleshooteur) sur son site et sur Instagram
« Pour la première fois de ma vie, je savais avec une certitude absolue quel serait le titre de l’album avant même de commencer à le composer. Je crois d’ailleurs que cette clarté a beaucoup aidé les chansons à arriver. Le centre du projet était déjà défini. Je savais exactement vers quoi je me dirigeais. » Nick Mulvey
Nick Mulvey : Bonjour ! On est en excellente compagnie pour cette interview. On peut plonger dans l’interview! Allons-y!
La Face B : Bonjour Nick. Exactement ! C’est un vrai plaisir de te rencontrer. J’aimerais commencer par tes débuts et ton parcours musical en général. Tu as suivi un chemin assez atypique, entre tes études d’ethnomusicologie à Londres, la co-fondation de Portico Quartet, puis ton parcours en solo. Quels ont été, selon toi, les plus grands tournants de ton voyage musical ?
Nick Mulvey : Je pense que partir à Cuba à 18 ans a été extrêmement important pour moi. J’étais encore un gamin et je me suis retrouvé plongé dans une culture musicale, dans cette école de musique à La Havane où je jouais tous les jours, toute la journée, pendant trois, quatre, cinq, six mois. C’est là que j’ai senti ma musicalité se développer, ainsi que ma maîtrise de l’instrument, de la guitare. C’était fondamental. J’étais loin de chez moi et c’était une expérience profondément initiatique, une sorte de passage à l’âge adulte.
Puis il y a eu Portico Quartet. La nomination au Mercury Prize pour l’un de nos albums a clairement été un tournant. Nous étions passionnés de musique à la folie, mais je n’avais aucune idée de ce que pouvait être une carrière musicale ou une vie consacrée à la musique. Cette nomination à un prix dont je connaissais à peine l’existence a changé ma vie. À la fois positivement et négativement. Car avec le succès arrive une forme de conscience de soi qui n’est pas toujours très utile lorsqu’on est artiste.
La Face B : Et puis il y a aussi les attentes extérieures, la pression sur ce que tu es censé faire ensuite…
Nick Mulvey : Exactement. Tu commences à consacrer beaucoup d’énergie à comprendre les éditeurs, les contrats, le management, l’industrie musicale. Tout cela a sa place, bien sûr, mais c’est une erreur de lui accorder trop d’espace. Pour un artiste, il est essentiel de rester profondément nourri par son propre processus créatif.
La Face B : Avec Portico Quartet, il y avait une approche très rythmique, presque hypnotique de la musique. Est-ce que cette période continue de vivre en toi aujourd’hui ?
Nick Mulvey : C’est une très belle question. Je ne dirais pas forcément que cette période vit encore directement dans ma manière de créer, mais les qualités musicales qui la caractérisaient, oui. Absolument. C’est même quelque chose de fondamental pour moi en tant que musicien.
La Face B : Dans ta façon d’écrire des chansons ?
Nick Mulvey : Oui. Ma façon de faire de la musique repose souvent sur la répétition, sur les motifs. Les motifs, les répétitions, cette forme d’hypnose, cette musique presque cellulaire, répétitive, tout cela me paraît naturel. Parce que j’ai grandi avec des musiques basées sur les séquences : le hip-hop, la création de beats, la musique électronique, la musique dance, mais aussi les musiques africaines et certains compositeurs contemporains comme Steve Reich ou Philip Glass.
Le fil qui relie toutes ces musiques pourtant très différentes, c’est la notion de séquence. À l’opposé, il y avait aussi les auteurs-compositeurs plus traditionnels ou certaines musiques classiques plus romantiques, davantage centrées sur la chanson elle-même. C’était l’autre moitié de mon univers musical. Ma musique se situe quelque part entre ces deux mondes.
La Face B : Dès ton premier album, il y avait déjà cette forte dimension d’écriture. Pourtant ta musique semble toujours profondément liée au mouvement et au rythme, même dans ses moments les plus calmes. Quand tu écris, est-ce que les chansons naissent des mots, de la mélodie, des percussions, du rythme, d’une émotion ou de quelque chose de plus instinctif ?
Nick Mulvey : La plupart du temps, elles commencent avec la guitare. Mais j’ai une approche très rythmique de cet instrument. Il y a presque toujours un groove, un élan, une sensation de mouvement. Aujourd’hui, je m’intéresse davantage au fait de simplement gratter un accord, le laisser résonner et chanter par-dessus. Mais cette approche sans groove ni métrique reste moins naturelle pour moi. Ce qui m’est familier, c’est le rythme, la pulsation. C’est simplement la manière dont j’aime la musique et dont je la crée. Je crois que c’est profondément inscrit dans ma nature.



La Face B : Parlons de Dark Harvest, ton dernier projet. C’est un album assez différent, surtout dans sa version live, très dépouillée. Il n’y a que toi, seul avec ta guitare. Cela crée quelque chose d’extrêmement intime et presque spirituel. Tu as décrit la première partie comme une inspiration et la seconde comme une expiration. À quel moment as-tu compris que toutes ces chansons appartenaient à une même œuvre ?
Nick Mulvey : En réalité, elles ont toujours fait partie d’un seul et même ensemble. Dès le départ, c’était une seule œuvre, simplement très vaste. Je traversais une période de crise et de grands bouleversements dans ma vie. L’une des réponses à cette situation a été de créer. J’ai commencé à écrire et je me suis retrouvé avec neuf chansons, puis dix, puis quatorze, puis dix-huit, puis vingt-cinq…
J’avais énormément de matière. Quand j’ai commencé à enregistrer l’ensemble, j’ai réalisé qu’il y en avait trop pour un seul album. Et puis ces chansons étaient assez riches, assez profondes. Elles demandaient une véritable attention de la part de l’auditeur. Aujourd’hui, demander à quelqu’un d’écouter dix-huit morceaux de cette manière est presque exigeant. Alors j’ai compris que ce serait deux albums.
La Face B : Pourtant, lorsqu’on écoute la version live, on a vraiment l’impression d’une écoute active. Il n’y a aucune distraction : seulement toi et la guitare.
Nick Mulvey : Pour l’album live, oui.
La Face B : Il faut presque se mettre en silence pour l’écouter. C’est quelque chose que j’ai beaucoup aimé. Certaines chansons m’ont particulièrement touchée et l’ensemble dégage une atmosphère très spirituelle. Même sur le plan sonore, on navigue entre la méditation et une forme de transe. Par moments, c’est presque du spoken word, presque une prédication. Les longues notes créent quelque chose de profondément spirituel. Et puis le titre lui-même, Dark Harvest, est magnifique et mystérieux.
Nick Mulvey : Le titre est né d’une conversation avec une amie. Au cœur de cette période difficile, en pleine crise personnelle en 2023, une amie m’a dit au téléphone : « Nick, il y aura une dark harvest dans tout ce que tu traverses. » Elle voulait dire qu’un trésor émergerait de ces épreuves. Qu’il y aurait une raison à tout cela. Qu’il fallait garder la foi. Même si je ne pouvais pas encore le voir, même si tout était extrêmement difficile, quelque chose de précieux allait naître de ces défis. Dès qu’elle a prononcé ces mots — dark harvest — ma première pensée a été : « Voilà un formidable titre de chanson. »
Et deux minutes après avoir raccroché, je me suis dit : « Non, c’est le titre de l’album. ». Ce qui est drôle, c’est que je n’avais encore écrit aucune chanson. Pour la première fois de ma vie, je savais avec une certitude absolue quel serait le titre de l’album avant même de commencer à le composer. Je crois d’ailleurs que cette clarté a beaucoup aidé les chansons à arriver. Le centre du projet était déjà défini. Je savais exactement vers quoi je me dirigeais. Dark Harvest signifie littéralement « récolter dans l’obscurité ».
C’est ce que nous développons en nous à travers les épreuves de la vie. Il existe aussi ce que l’on pourrait appeler une « récolte lumineuse » : un nouvel emploi, une nouvelle maison, un mariage… Des événements visibles, célébrés publiquement. Tout le monde les voit, tout le monde s’en réjouit. Et puis il y a la récolte intérieure, cachée. La récolte sombre. Celle qui naît des difficultés. C’est là que la vie développe en nous la patience, la compassion, la résilience. C’est là que le caractère se forge. Une manière de comprendre cela, dans une perspective de foi, est de reconnaître que Dieu m’a renforcé en m’affaiblissant. Les événements que je traversais étaient tout simplement trop lourds. Ils ont mis à mal ce que j’appellerais mon autosuffisance.
Cette idée que j’étais assez fort pour tout porter seul. Cette conviction a été démantelée. C’était douloureux, mais aujourd’hui j’en suis reconnaissant. Parce que ce processus d’affaiblissement était en réalité un processus de renforcement. Chaque jour, un tout petit peu, je deviens moins dépendant de moi-même et davantage dépendant de Dieu. Pour moi, c’est cela la sagesse. Je ne suis pas fort. Je suis simplement un homme parmi des milliards d’autres dans un univers immense. Mais je crois que Dieu est la véritable force. Vivre en restant conscient de ma propre fragilité tout en cherchant chaque jour Sa force a profondément transformé ma vie.
La Face B : Je crois aussi que cela devient une forme d’ancrage. Quand on est perdu, on a besoin d’un point fixe. Et puis en France, la foi reste souvent quelque chose de très intime. Les gens ont parfois du mal à en parler ouvertement. Alors qu’en regardant de plus près, c’est aussi une communauté entière.
Nick Mulvey : Absolument. C’est même l’un des fondements de notre éthique culturelle.
La Face B : Solastalgia est un morceau magnifique. Il possède lui aussi quelque chose de presque prêcheur dans sa manière d’être chanté. Peux-tu me parler de ce mot ? Je ne l’avais jamais entendu auparavant. Et quelle est l’histoire derrière cette chanson ?
Nick Mulvey : Bien sûr. Je vais même vérifier quelque chose pendant que je te réponds parce que je veux être sûr du nom. Solastalgia est un mot que j’ai découvert il y a quelques années. Il a été inventé vers 2003 par le philosophe australien Glenn Albrecht. Il cherchait à décrire la détresse que nous ressentons lorsque nous perdons les environnements qui nous donnent le sentiment d’être chez nous.
À l’origine, il parlait des changements environnementaux et de la dégradation des paysages. C’est une sensation étrange : tu es toujours chez toi, mais ce lieu n’est plus vraiment celui que tu connaissais. Le mot ressemble à « nostalgie », mais au lieu de regretter un temps passé, il exprime le sentiment que notre foyer lui-même est en train de se transformer. Je crois que ce mot m’a attiré parce que ma propre vie connaissait alors ce type de bouleversement.
Je me connaissais dans le cadre d’une famille, avec mes enfants, mon mariage. C’était le centre de mon monde. Et cela reste le centre de mon monde. Mais tout était en train de changer parce que je me séparais de la mère de mes enfants. Le chagrin, la confusion, la perte de repères, la sensation de perdre le sol sous mes pieds… c’est tout cela que j’essayais d’exprimer à travers cette chanson.
La Face B : Il y a quelque chose de très spirituel dans cette chanson, mais aussi dans des titres comme Hallelujah, Amen ou Supernatural Healing. Par moments, ils ressemblent presque à des prières. Est-ce que c’était intentionnel ?
Nick Mulvey : Oui et non. Oui, parce que j’étais heureux que cette œuvre soit profondément spirituelle, profondément dévotionnelle. Dans ce sens-là, c’était volontaire. Mais non, parce que je ne me suis jamais assis en me disant : « Je vais écrire des chansons qui ressemblent à des prières. » Simplement, à ce moment précis de ma vie, ma foi en Jésus et dans le christianisme s’est clarifiée d’une manière très forte. Cette foi m’a donné énormément de liberté créative. Elle m’a aussi rempli de gratitude. Et lorsque quelque chose d’aussi important se produit dans ta vie, il est naturel qu’il apparaisse dans ton travail. Il aurait été étrange qu’il n’y soit pas.
La Face B : Quand on te voit sur scène, il y a toujours quelque chose de très connecté au public. Je me souviens de tes précédents concerts : il y a une dimension très collective dans tes chansons, mais aussi dans ta manière de les interpréter. Y a-t-il des morceaux de Dark Harvest que tu aimes particulièrement jouer en live ? Certains qui provoquent des réactions auxquelles tu ne t’attendais pas ?
Nick Mulvey : Oui, complètement. J’aime jouer tous les morceaux de cet album, honnêtement. Il n’y en a aucun que je n’apprécie pas. Mais Dark Harvest, la chanson elle-même, fonctionne particulièrement bien sur scène. Elle nous emmène dans un endroit très profond. Nothing Lasts Forever est aussi un moment fort. Tout le monde chante. J’adore ça. Solastalgia possède quelque chose de très spécial également. Et puis il y a Find Me. Je la joue plutôt vers la fin du concert et il se passe toujours quelque chose de très beau. Le public est totalement avec moi. C’est un moment vraiment particulier.
La Face B : J’aimerais parler de quelques chansons importantes de ton parcours. Fever to the Form est sans doute l’un de tes morceaux les plus emblématiques. Pour beaucoup de gens, c’est la chanson qui les a fait entrer dans ton univers. Te souviens-tu du moment où tu as compris qu’elle touchait les gens d’une manière particulière ?
Nick Mulvey : Je crois que oui. Je n’y avais pas pensé depuis longtemps. Ça devait être en 2013. À cette époque, j’étais en train d’enregistrer mon premier album solo et de reconstruire entièrement ma vie musicale après Portico Quartet. J’avais des chansons qui me passionnaient profondément. Les enregistrements commençaient à prendre forme. J’avais un nouveau management, un nouvel agent. Les choses avançaient. Et puis nous avons sorti Fever to the Form. Je me souviens que mon agent est venu me voir et m’a dit quelque chose comme : « Ça prend. Les gens se connectent à la chanson. Il se passe quelque chose. ». Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai commencé à le réaliser. C’est drôle, je n’avais vraiment pas repensé à tout ça depuis longtemps.
La Face B : Ma préférée reste Cucurucu. J’adore cette chanson. Je l’ai réécoutée aujourd’hui avant notre entretien. J’aime particulièrement ses harmonies. Et elle paraît toujours aussi intemporelle plus de dix ans après.
Nick Mulvey : Merci ! Douze ans maintenant, peut-être.
La Face B : Que révèle-t-elle du songwriter que tu étais à l’époque ? J’ai toujours eu l’impression que si les vacances en famille avait une bande-son, ce serait Cucurucu.
Nick Mulvey : Oui, je vois très bien ce que tu veux dire. Je suis fier de cette chanson. Ce qui est intéressant, c’est que je travaillais à partir d’un texte préexistant, très connu en Angleterre. C’est un poème de D.H. Lawrence intitulé The Piano. D’une certaine manière, cette chanson reflète une forme d’innocence chez moi. Une innocence mêlée de confiance. Je me suis simplement servi dans un poème extrêmement célèbre. Je l’ai mis en musique, j’ai modifié quelques passages, je me le suis approprié. Avec le recul, je pense que je l’ai fait avec une liberté que je n’aurais plus aujourd’hui.
Je crois que j’aborderais ce texte avec davantage de respect. Je ne referais probablement pas ce processus de la même façon. Mais à vingt-cinq ans, j’étais simplement inspiré. Quelque chose me semblait juste, alors je l’ai suivi. Et Cucurucu est née ainsi.
La Face B : Même mélodiquement, cette chanson dégage une énergie incroyablement positive. Ça me rappelle un souvenir. Il y a une dizaine d’années, j’étais à Kendal Calling pour photographier ton concert. Tu avais joué Cucurucu parmi les trois premiers morceaux du set. J’étais dans la fosse en train de chanter toutes les paroles en prenant des photos. À un moment, tu m’as regardée, puis tu m’as fait un clin d’œil parce que j’étais en train de chanter.
Nick Mulvey : Ah, excellent !
La Face B : Et l’équipe promo me regardait en demandant : « Mais qu’est-ce que tu fais avec Nick Mulvey ? » Je leur répondais : « Rien du tout, je chante simplement ses chansons ! »
Nick Mulvey : C’est génial. J’adore cette histoire. Tu apportais une bonne énergie ! C’est merveilleux.



La Face B : En parlant d’avenir artistique, tu as récemment expliqué que tu t’éloignais des structures de chansons traditionnelles pour t’intéresser davantage à des formes plus longues. Qu’est-ce qui t’attire dans cette direction ?
Nick Mulvey : Beaucoup de choses. J’adore les chansons, mais les chansons ne sont qu’une manière parmi d’autres de faire de la musique. Quand nous avons commencé à travailler ensemble, Brian Eno m’a dit quelque chose qui m’a beaucoup marqué. Il m’a expliqué que les chansons occupaient une place prépondérante dans notre culture, non seulement pour des raisons artistiques, mais aussi parce qu’elles sont plus faciles à commercialiser dans une économie de marché. Autrement dit, leur domination n’est pas uniquement liée à leur valeur artistique.
Et puis il m’a dit : « Il existe énormément d’autres façons de faire de la musique. » Ensuite, il a ajouté : « Ce que j’aime dans ta musique, c’est ton jeu de guitare et tes motifs répétitifs. Chaque fois que tu commences un motif, j’aimerais que tu le joues pendant onze minutes, douze minutes, voire trente minutes. » Je me trouvais dans son studio lorsqu’il m’a lancé : « Joue un de tes motifs et je te dirai quand t’arrêter. » Alors j’ai commencé à jouer. Il est resté là à écouter pendant cinq minutes. Puis il m’a dit : « Continue. Je vais me préparer une de thé. » Il est parti dans la petite cuisine juste à côté. Pendant ce temps, je continuais à jouer. Sept minutes. Huit minutes. Puis il est revenu avec deux tasses de thé. Neuf minutes. Dix minutes.
Et au bout d’un moment, j’ai compris quelque chose. J’ai réalisé que c’était peut-être la forme naturelle de cette partie de ma musique. Ces motifs n’avaient pas forcément envie d’être réduits à une chanson. Ils n’avaient pas besoin d’être simplement un véhicule destiné à porter une mélodie et des paroles. Brian m’a libéré de cette contrainte. Il a permis à ces motifs d’exister pour eux-mêmes. C’est véritablement l’origine de ce travail. Au fond, cette démarche consiste à se libérer des limites de la chanson et à revenir vers une manière de créer qui m’est profondément naturelle.



La Face B : Le fait d’avoir créé ton propre label, Supernatural Records, joue peut-être aussi un rôle dans cette liberté ? C’est une manière de rester indépendant et de conserver le contrôle de ta création. Est-ce que cela a changé ton rapport à la musique ou à l’industrie ?
Nick Mulvey : C’est en train de changer. Le processus est encore très vivant et très récent. Je n’ai pas encore assez de recul pour te donner une réponse vraiment développée. Mais je sens déjà que quelque chose évolue.
La Face B : Au fil des années, tu as collaboré avec des artistes venus d’univers très différents : folk, jazz, musiques du monde… Y a-t-il encore des collaborations de rêve que tu aimerais réaliser ?
Nick Mulvey : Absolument. La collaboration est l’une des choses les plus importantes dans la création. Et, honnêtement, presque tout devient meilleur lorsqu’il y a collaboration. Parfois elle se déroule en coulisses avec des producteurs ou des auteurs-compositeurs. Parfois elle est visible, à travers des rencontres entre artistes. Mais dans tous les cas, elle enrichit le travail. J’ai même l’impression de n’avoir fait qu’effleurer cette dimension jusqu’à présent. J’ai encore énormément envie de jouer avec la musique des autres et d’inviter d’autres artistes dans la mienne. J’aimerais vraiment développer davantage cet aspect de mon travail.
La Face B : Tes concerts ont souvent quelque chose de très méditatif. Est-ce que tu as un rituel particulier avant de monter sur scène ?
Nick Mulvey : Oui, clairement. Quand je suis en tournée, mes journées deviennent très méthodiques. Même si je me trouve dans une ville différente chaque jour et que chaque environnement change constamment, la structure de mes journées reste presque toujours la même. Nous arrivons généralement à la salle vers 14 heures. Je sais alors que j’ai environ deux heures pour moi avant la balance. À 15 heures, je fais systématiquement mon échauffement vocal.
Puis vient la balance. Après cela, il y a toujours le dîner. Et ensuite, j’ai encore deux heures devant moi. Au fil du temps, cette succession d’étapes est devenue un rituel. La familiarité de cette séquence me guide doucement vers ce qui constitue, d’une certaine manière, le moment le plus important de la journée : 21 heures, l’instant où je monte sur scène. Je laisse donc ce rituel rester très fonctionnel. C’est simplement le rythme de la journée.
Mais il existe aussi une réponse plus spirituelle à cette question. Mes prières sont aujourd’hui très simples. Depuis que ma foi s’est clarifiée et que je sais à qui je m’adresse lorsque je prie, je n’ai plus besoin de beaucoup de rituels. Je ne fais rien de compliqué. Je dis simplement : « Merci, Père. Tu m’as donné ce concert. Je te le rends. Je veux qu’il t’appartienne. Viens par ton Esprit Saint. »Puis je rends grâce. Et je suis prêt. Les deux dimensions coexistent.



La Face B : Exactement. Et pour terminer : après toute l’intensité et l’introspection de Dark Harvest, qu’est-ce qui t’apporte de la joie aujourd’hui en dehors de la musique ? Et que peut-on attendre de la suite ?
Nick Mulvey : Je viens tout juste de rentrer au Royaume-Uni. J’ai vécu en Espagne pendant sept ans et je suis vraiment heureux d’être de retour. Je passe cet été à Cambridge et je vais aussi beaucoup être à Londres. Cela me fait énormément de bien de retrouver mon pays. En ce moment, ce qui compte surtout pour moi, ce sont les gens que j’aime : ma famille, mes amis, le temps partagé avec eux. J’ai envie de marcher, de faire du vélo. J’ai envie d’être dans les paysages.
Cet été, j’aimerais aller en Cornouailles, parcourir les sentiers, marcher longtemps. Il y a peu, je suis allé écouter un chœur dans une ancienne cathédrale anglaise. J’en ai pleuré. La beauté de cette musique était bouleversante. C’était presque trop fort. J’ai été profondément touché par ce moment. Je crois qu’il y avait quelque chose de très émouvant dans le fait de revenir en Angleterre et d’entendre à nouveau ces anciennes voix chorales anglaises résonner dans un lieu chargé d’histoire.
La Face B : Et pour la suite ?
Nick Mulvey : Cette tournée se termine ce week-end. Ensuite, il y aura plusieurs festivals pendant l’été. Puis d’autres tournées à l’automne et à l’hiver, notamment en novembre et décembre. J’ai pris la décision de consacrer toute l’année 2026 à Dark Harvest. C’est un projet qui demande encore beaucoup de temps. Il y a beaucoup de travail à accomplir autour de ces disques et je veux leur permettre de vivre pleinement.
La Face B : C’est un vrai plaisir de te rencontrer et de te parler.
Nick Mulvey : Le plaisir était partagé. Merci beaucoup.
Toujours plus d’interviews et de photos de concerts dans La Face B
De plus, suivez Nick Mulvey sur Spotify, en live ou sur Instagram
Decouvrez enfin toutes les interviews et portfolios d’Alexia dans La Face B
Version en Anglais

Nick Mulvey: Hello! This interview is in good company.
La Face B: Hello Nick, Exactly. So there you go. So it’s such a pleasure to meet you.
Nick Mulvey: We can dive in. Let’s go.
La Face B: I wanted to start with your beginnings and your music journey in general. So because you had such an unusual musical path from studying ethnomusicology in London to co-founding Portico Quartet and then becoming a solo artist. What feels like for you, what are the main, the biggest turning points in your music journey?
Nick Mulvey: Yeah, I think going to Cuba as an 18 year old was really important for me. You know, I was a kid and I was immersed in a musical culture in this music school in Havana where I was playing every day, all day for three months, four months, five months, six months. And I felt this musicianship and this fluency with my instrument, with the guitar developed. So that was really important for me. And I was like far away from my home. It’s a very coming of age kind of experience.
And then with Portico Quartet, like having a Mercury Prize nomination for our album was definitely a turning point because we loved music like crazy, but I had no idea about a career in music or a life in music. And this album, this nomination for a prize that I’d never even actually heard of or had limited awareness of was really life changing as a youngster, positively and negatively, because with the success came a kind of self-awareness, which is not necessarily helpful with being an artist.
La Face B: And the external expectation for what you should be doing next and things like that is quite high.
Nick Mulvey: Exactly. You start putting a lot of energy on what is a publisher, publishing, record deals, management, industry. And this all has a place, it’s fine, but it’s a mistake to give it too much space. It’s important as artists that we stay very filled up with our creative process.
La Face B: With Portico Quartet, you had a very rhythmic, like hypnotic like approach to music. Do you feel like this period still lives inside the way you do music?
Nick Mulvey: Well, it’s a really nice question. And I wouldn’t necessarily say this period lives inside the way I make music, but these musical attributes or this kind of music, it does. Yeah, it’s actually something foundational for me as a musician.
La Face B: In the way you write songs?
Nick Mulvey: Yeah, the way I make music is often around repetition, around patterns, actually. Patterns, repetitions and kind of hypnosis and cellular, you know, kind of repetitious music just makes sense to me because I grew up on sequence-based music, like hip hop and beat making, as well as electronic music and dance music, as well as African music and modern classical music like Steve Reich and Philip Glass. So the thread that connects all of those very, very different kind of music for me is sequence. They’re all sequence-based music. As opposed to the more romantic, some classical music or singer-songwriter where it’s more of a song base, which was the other half of what I grew up with. And my music sits between the two of those worlds.



La Face B: Because you did as well in your first album, it was very songwriting-based. Your music feels deeply connected to movement and rhythm, even in quieter songs. So when you write, do songs begin with words, melody, percussion, rhythm, feeling, or something more instinctive?
Nick Mulvey: Songs usually begin with the guitar. But I have a quite kind of rhythmical approach to the guitar. Like there’s always groove. There’s always like momentum or movement and motion. It’s less common, although today I’m interested in strumming a chord, holding it, singing and strumming. This approach without groove and without metre is not very familiar to me. What’s familiar is like groove and metre. And that’s just how I love music and how I make music. So it’s somehow in my nature.
La Face B: Let’s talk about Dark Harvest, your latest project. And it’s fairly different to, especially the live version, that is very stripped out and very, you know, it’s just you. And so it feels, just the fact that it’s just you when you’re exposed, it feels like incredibly intimate and very spiritual. You described part one as the inhale, part two as the exhale. At what moment did you realize these songs belong together as one larger body of work?
Nick Mulvey: Well, the fact is, is they began as one body of work. So they were always one body of work. That was just a large body of work. Like I needed to create. I was experiencing like crisis and challenge in my life. And one of the responses I had was I just made music. And I found I had nine songs, 10 songs, 14 songs, 18 songs, 25 songs. You know, like I had enough.When I started to record them all, I realized it was too much for one album. And most of the songs were quite rich, quite deep, quite expecting the listener to actively listen. And it’s quite demanding, perhaps, especially in these days, in this era, quite demanding to expect people to listen intensively for like 18 tracks. I decided, oh, it’s two albums.
La Face B: But it feels like it is actively listening because you have no distraction. It’s just you and the guitar.
Nick Mulvey: With the live album.
La Face B: You have to be silent to focus. I quite like it because there are songs that I really enjoyed. And I feel like the overall feeling, it’s very spiritual. And sonically as well. It’s between, for me, it was between like meditation, a bit of trance. Sometimes it’s like if you have, it’s nearly spoken word. And like preaching. And very long notes that feel very spiritual. I really enjoyed it. But the title itself is beautiful and also mysterious.
Nick Mulvey: Yeah, the title came from a conversation with a friend. And in the middle of these struggles, in the middle of this crisis in my life in 2023, a friend of mine said on the phone that, she said, Nick, there will be a dark harvest to all of what you’re going through. She said, there’s going to be treasure from these struggles. There’s going to be a reason why it’s all happened. And you have to have faith. Even though you can’t see it now, and it’s really difficult, there will be something that is really valuable that’s going to come from these challenges.
And she said this word, dark harvest. As soon as she said it, I thought, the first thought I had was that’s going to be a really good song title. And then two minutes after the phone call, I thought, that’s my album title. But the funny thing was, is that I hadn’t yet written any songs. So it was the first time that I had, I knew really clearly, this is the album, this is the title of my album. And I think one of the reasons why the songs came, I think, really well, they came with real clarity, is because I already defined, I defined the album, the centre of the album with the title, was really clear to me right from the start. It was going to be called Dark Harvest.
And then beyond that, Dark Harvest, therefore, means harvesting from the darkness. Like what we develop in ourselves from the struggles in life. So it means like, sometimes in life you might call it the light harvest. This would be a new job, or a new house, or your wedding, or something where it’s in the open, the public, everyone sees it, your family, everyone, you know. Well done, you know, and everybody’s happy for you, they celebrate you. And then there’s the more inside harvest, or the hidden harvest, or the dark harvest, which is about, you know, how life, usually through challenges and struggles, how life develops character in us, it develops patience, it develops compassion, we develop Resilience.
One way of looking at it has been, from a faithful perspective, is I recognize that God, I would say God has been strengthening me through weakening me. So the way that God strengthens me through weakening me is that the challenges in my life, they were basically too much. It was a lot that was happening in my life. And I’m weakened in the sense that the challenges deconstructed my self-reliance. This is, for me, really important. My self-reliance, like I have the strength, I will get through this, I will lead the way in my life.
This was like taken apart, and it was painful, but it was ultimately something I’m grateful for, because God, through this process of weakening my self-reliance, is ultimately a strengthening process, a strengthening through weakening. Because more and more, a tiny bit each day, I become less self-reliant and more God-reliant. This, to me, is wisdom. This, to me, is wise, because I’m not strong. I’m a man. I’m one man in a vast universe. But I believe God is strong. God is the real strength. And for me to be living a life in touch with my weakness, but every day seeking His strength, God’s strength, has made a big, big difference in my life.
La Face B: I think it’s also anchorage I think that when you are lost, you need a point of, you need an anchor. And also the relationship with faith is like, in France, people used to be very shy. It’s something very intimate that you don’t talk to others. And looking, it’s a whole community.
Nick Mulvey: Totally.It’s the foundations of our ethics in culture.
La Face B: This interview is brilliant. So Solastalgia is beautiful. It was like, this track especially is like, even preach-like vibe. Can you tell me about the word? Because I never heard it. And the story behind that song.
Nick Mulvey: Sure. So I’m going to look this up as I give you the answer. Because I want to know his name. So Solastalgia was a word that I became aware of a couple of years ago. As a new word in the English language coined by an Australian philosopher called Glenn Albrecht around 2003. And he created this word to describe the distress we feel when we lose the environments of home.
He was referring to environmental loss, environmental changes on planet earth. And it’s a certain kind of like, you’re in your home, but it’s not the same home as it once was. So it’s a word that’s a bit like nostalgia, like wishing for something in the past, but it’s something around changing of our home. So I think I was reaching for it because I had known myself in nuclear family with our young children and my marriage. And this was the centre of my world. And obviously it still is, but it was going through changes. Because I was separating from the mother of my kids. So the grief and the bewilderment that I felt and the loss of ground and the loss of orientation was something that I was reaching to articulate with this song.
La Face B: There’s something very spiritual about that song in the way it’s sung. Sounds like holidays, Amen, the last song, supernatural healing. They feel almost like prayers at times. Was that intentional?
Nick Mulvey: Yes and no. Yes, because I was happy for the work to be very spiritual, very devotional. So in this way it was intentional, but also, well, I think maybe the answer is no. Like it wasn’t intentional to be prayer. I didn’t think from the beginning I want to write songs that feel like prayers. No, but it’s just like at this moment in my life, like with the clarification of faith with Jesus and with Christianity and how much this gave me freedom to create and it gave me so much gratitude that I wanted to express it. All of this was happening in my life, so it’s no surprise that it’s there in my work.
La Face B: When you play live, so I always remember from previous concerts, you always have your live setting. You’re very connected with the audience. There’s something very communal in your songs, but also when you perform. Are there any songs from this album that you absolutely love to perform live? Some that gets the most reaction and you didn’t really anticipate it?
Nick Mulvey: Totally. I’m enjoying all of them, I think. There’s none that I’m not enjoying, but Dark Harvest, the song itself, feels very good live. It takes us to a very deep place. Nothing lasts forever. Everybody sings. I really, really enjoy that. Solastalgia feels quite special somehow and I can go on. Yeah, Find Me is another song. That one feels very… Everyone is like… I play it towards the end of the set and everybody is… It’s lovely. It’s really good.
La Face B: we’re going to talk about key songs. So Fever to the Form is such a, I think, defining song in the audience for the audience. It’s like your most popular by a mile. Do you remember when you realised it was connected with people in a very special way?
Nick Mulvey: I think so. I haven’t thought about that in a while. I guess it was 2013. It was exciting because I was recording my album and I was piecing together all of my new career after Portico Quartet. So I had songs that I was really crazy about. I was making recordings that were feeling good and I had new management, new agent and they were getting… Things were moving. And I remember we released Fever to the Full. I haven’t thought about it in a long time but I remember my agent coming up to me and being like, it’s connecting. It’s good. It’s exciting. I think, yeah. Yeah, I haven’t thought about that in a long time.
La Face B: My favourite is Cucurucu. I love that song. And I listened to it today to get ready for the interview. I love the harmonies on that song. And it still feels timeless. Even like 10 years later.
Nick Mulvey: Thank you! 12 now, maybe.
La Face B: What do you think that song revealed about you as a songwriter at the time? Because it’s like if travelling on the road had a sound, it would be Cucurucu.
Nick Mulvey: Yeah, yeah. No, I’m proud of it. I think, you know, like with that song, I’m actually working with a pre-existing text, which is quite well known in England actually. It’s a poem called The Piano by D.H. Lawrence. And… So I think in one way, that song expresses my kind of innocence, but kind of innocent confidence of like, I just helped myself to a very famous poem and I put it in music and I changed little bits here and there and I made it my own with an unfaithfulness to the original text that I think I wouldn’t do now. I would probably come with more respect and I don’t think I would do that same process now. But when I was 25 and I was just inspired and it felt good and so I just did what felt right and made Cucurucu.
La Face B: Even melodically, it’s a song that is a feel-good vibe. 10 years ago, I was in Kendal Calling and I was singing that song because you did it in the first three and I was singing that song and you were following me with your eyes and then you looked at me and you winked because I was singing on the pit taking pictures.
Nick Mulvey: Oh, cool.
La Face B: And the PR team was like, are you flirting with Nick Mulvey? I was like, I’m just singing his songs.
Nick Mulvey: I’m terrible. That’s hilarious. Great. Bringing a good vibe.
La Face B: It was really funny because I remember that because I was probably the only photographer singing it. About artistic future. You recently mentioned moving away from traditional song structures and becoming interested in longer form pieces. What excites you about that direction?
Nick Mulvey: Yeah, a lot. A lot excites me about that direction because I love songs but songs is just one way of making music. But as Brian Eno explained to me when we started this work together, he said songs are great but songs have a preeminence in culture because songs are also more easily products in a marketplace, in a capitalistic culture.
That means that although we love songs, songs are so dominant because of not artistic reasons but more commercial reasons. He said, there are many, many ways to make music. And then he said to me, what I love about the way you make music is your guitar playing and your patterns. And every time you start a pattern, I wish that you would play it for 11 minutes, 12 minutes, 30 minutes. So I was in his studio and he said to me, play one of your patterns and I’ll tell you when to stop.
So I started and he sat there listening, enjoying five minutes. And then he said, keep going. I’m going to make a cup of tea. So he went to the little kitchen, which was just there and he made the tea and made two cups. Now it’s seven minutes, I’m playing eight minutes. And then he came down with the tea and he sat there nine minutes, 10 minutes. And after 10 minutes, I realized like, actually this is the natural way for this part of my music making.
It doesn’t want to be reduced into songs. Limited to be a vehicle that carries melody and lyrics only. He was, in a way, he was liberating for me, these patterns and allowing them to be. So this was the origin of this work. And it’s, yeah, it’s about being liberated from the limits of songs. And it’s also about returning to how music comes to me naturally.





La Face B: Something that might have an influence is that you have your own label, Supernatural Records, which is also a way of being independent and having that creative freedom. Did that change your relationship to music or the industry?
Nick Mulvey: It’s changing. It’s changing. And it’s very much in the process right now. So I don’t think I have a very developed answer for you in this moment, but I will do.
La Face B: You collaborated with artists from very different worlds, from folk to jazz to global music. Are you going to have any more dream collaboration?
Nick Mulvey: Definitely. Absolutely. Collaboration is one of the most important things and everything gets better. Usually, everything gets better with collaboration. Either behind the scenes and I collaborate with producers and songwriters or in front of the scenes with collaborations with other artists. And I think for me, actually, I’ve just begun. There’s a lot more for me to do in this way, to play with other people’s music and invite them into mine. I would like to do a lot more, yeah.
La Face B: And your live shows often feel almost meditative. Do you have any pre-show ritual before you go on stage?
Nick Mulvey: Well, definitely yes in that when I’m touring, the day becomes very methodical. Although you’re in a different city every day, so every day is very different. Actually, what happens in each of these different cities each day is very methodical. Every day we load into the venue at 2pm. I know that I’ve got two hours of my own time before soundcheck.
So I warm up my voice always at 3pm, always warm the voice up and the soundcheck. And after soundcheck, there’s always dinner and then I always have two hours. So this becomes a ritual. It’s like the familiarity of this sequence is guiding me always every day towards the most, in a way, the most important point of the day, which is 9pm, a step on stage. So I allow the ritual to be very functional, just the rhythm of the day.
A more spiritual answer to that question is my prayers are very simple. Since I have the clarification and now I know who I’m praying to really well, I don’t need so much ritual. I don’t pray. I just say, thank you, Father. You’ve given me this concert. I gave it back to you. I want you to have this concert. You come in your Holy Spirit and I give thanks and I’m ready. It can be both sides.
La Face B: Yeah, exactly. And finally, after all the intensity and introspection of Dark Harvest, what currently brings you joy outside of music and what’s next for you?
Nick Mulvey: Yeah, well, I’ve just moved back to the UK. I’ve been living in Spain for seven years. So I’m really happy. Oh, is that? I’m really happy to be returning back to the UK.
I am in Cambridge this summer and I am in London a lot. So I am very happy to be back. So it is a lot about my people, my family, my friends and making time with them. I want to walk. I want to cycle. Be in the land. So I want to go to Cornwall this summer and do some walking, do some trails. I went to listen some even song in a old English Cathedral and I was crying with the beauty of the music. It was overwhelming. I was very touched in this moment of returning to England, listening to this old English choir music
La Face B: And what’s next for you?
Nick Mulvey: This tour is finishing this weekend. There’s more festivals this summer. Then there is more touring later in the year, in November, December. I decided to give all of 2026 to Dark Harvest because there is a lot of work and it needs time
La Face B: It has been a pleasure to meet you.
Nick Mulvey: Likewise. Thank you!