Chroniques

Rostam, la classe américaine

Artiste
Rostam
Album
American Stories
Label
Mastor Projects
Sortie
15 mai 2026

En mai dernier, Rostam Batmanglij dévoilait American Stories, son troisième album. Alors que le musicien sera sur la scène de La Maroquinerie le 9 septembre prochain, on revient aujourd'hui sur l'un des albums les plus marquants de cette année.


On le sait, et on l’observe, les failles qui séparent le monde et les gens sont de plus en plus visibles, évidentes et parfois irrémédiables. Dans notre monde moderne, tout explose et beaucoup cherchent à nous séparer et à nous monter les uns contre les autres.

Dans ce monde de plus en plus sombre et bien souvent aussi désespéré que désespérant, l’art se doit de jouer un rôle tout à la fois politique, intime et réconciliateur. Prendre ce que certain.e.s voient comme des différences et les transformer en terrain d’union.

À ce titre, American Stories, l’album de Rostam Batmanglij marque ce chemin d’exploration intime et de réconciliation intime dès son titre & sa pochette. Un drapeau américain retourné et délavé, est déjà à lui seul un symbole politique, y voir à nouveau le nom de l’artiste retranscrit en arabe l’est d’autant plus.

Et puis ce titre, American Stories, cette évidence qui se vit et s’entend à l’écoute : ces histoires américaines, ce sont celles de Rostam, faites de mélanges des genres musicaux, de moment de vies, d’espoir et de désillusion mais avec une volonté évidente : relier grâce à la musique les différentes parts et influences de sa vie pour offrir au final une vision intime d’une Amérique qu’on exprime trop peu.


À ce petit jeu, les solos de guitare et de saz qui s’entrecroisent à la fin de The Weight sont un exemple frappant de cette volonté de mélanger toutes les énergies qui vivent en Rostam. Ainsi tout au long de l’album, on retrouve des traces du passé (Hardy, composée à l’époque où Rostam faisait partie de Vampire Weekend), cette envie de créer une pop hybride tout autant que des la volonté d’embrasser la tradition de la musique country et folk et d’y accoler ses racines perses pour transformer une musique parfois trop figée en une grande aventure où tout peut se mêler et exister en harmonie.

À l’image des vidéos qui accompagnent Back of a Truck et Hardy (et si l’on regarde un peu plus loin de nombreux clips de la carrière solo de Rostam), American Stories est un voyage, un road trip avec un début (Like a Spark, mèche de départ qui lance l’aventure) et une fin (The Weight, celui que l’on laisse derrière soi, avec la certitude de pouvoir affronter le monde) assez évidente.

On y trouve aussi des moments de joies évidentes (Hardy morceau qui se vit comme un écho du passé avec la participation de Clairo, Back of a truck petit diamant de l’album), d’autres plus introspectifs (Forgive is to Know, Come Apart), et des moments d’émotions brutes fabuleux (Different Light et sa ligne de basse discrète mais ô combien importante, la fabuleuse To Feel No Way).


On pourrait voir dans American Stories un recueil où chaque morceau peut trouver une existence solitaire mais qui ne dévoile au final ses vraies intentions qu’accompagné de ses camarades. Cette idée de lier les différences, de faire vivre en communauté les histoires, les influences et les genres musicaux est la qualité la plus importante de l’album autant qu’un véritable acte poétique.

Car au-delà de la musique, il faut prêter l’oreille aux propos de Rostam, il faut lire les textes comme on lirait des poèmes, pour y voir les histoires, les images, pour comprendre la où la voix se brise, là où elle s’élève, là où elle nous interpelle.

Que ce soit lorsqu’elle se fait mystérieuse ( « I only ever wanted you to feel freed of it » phrase répétée à l’envie dans Like A Spark), résiliante ( « I know that the world will come apart
I hope that the pain is gonna stop » dans Come Apart) ou plus sombre « And though the truth is still obscured I think some truth could still be heard » dans Forgive is to Know), la poésie de Rostam est vivante, humaine et brûlante, avec une volonté claire de rendre le texte lisible et une part essentielle de l’expérience American Stories.

Dans The Weight, Rostam nous dit « They can force a resignation, But can’t stop a formation » et de notre point de vue, il n’y a pas meilleure manière de résumer American Stories. Grand album musical, il est surtout un véritable acte de résistance et peut-être une manière d’allumer l’étincelle d’un changement à venir.American Stories est un album rempli tout à la fois d’espoir et d’humanité dont les, nombreuses, écoutes nous font devenir un peu différent.

Et après tout n’est-ce pas là l’objectif de toute œuvre artistique ?

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