Les rencontres en festival sont de plus en plus réduite. On a donc profité de nos 10 minutes à We Love Green pour poser le maximum de questions à Soulwax. On a parlé de leur dernière album, All Systems Are Lying, de leur label, Deewee, et de notre remix préféré du duo.

La Face B : A quel moment de la création de l’album vous avez réalisé que vous aviez fait un album sur le monde, l’amour et la musique ?
Stephen Dewaele : Wow. Peut-être maintenant.
David Dewaele : On n’est pas vraiment conscient de ce qu’on fait. C’est après quand il y a des interviews où on parle avec d’autres gens. Peut-être que tu as raison, inconsciemment, c’est vraiment toujours là. Et le monde, l’amour, c’est tout ce qui reste dans le moment.
Stephen Dewaele : C’est un peu la beauté aussi, le fait qu’on n’est pas conscient de ce qu’on fait. C’est un peu ça qu’on cherche parce que de plus en plus, dans notre vie, tout est très calculé. En fait, ce que tu dis, c’est quelque chose qu’on n’aurait jamais pu savoir parce que le processus était tel qu’on n’avait pas vraiment de dialogue sur une stratégie. On avait le sentiment dès le début de faire quelque chose qui était instinctif.
LFB : C’est un album inconsciemment politique en fait.
Stephen Dewaele: Oui, parce que c’est normal.
David Dewaele : C’est autour de toi. C’est partout. Ce n’est pas que tu ne veux pas être politique. Je pense qu’on ne vit pas dans une bulle ou un truc comme ça. C’est après que beaucoup de gens nous ont parlé des paroles et ont dit que telle chose est de l’IA ou que c’est une critique sur ça. Peut-être que c’est quelque chose qui est venu inconsciemment.
LFB : Dans la création de l’album, est-ce qu’il y avait quand même une volonté de laisser passer de l’humanité dans la perfection des machines ?
Stephen Dewaele : Oui, ça c’est clair. À la fin de l’album, on s’était rendu compte qu’il y avait une vraie cohérence. Mais pendant la création des morceaux, on ne s’en est pas rendus compte. Mais comme tu le dis, c’est vrai que même inconsciemment, tu fais des choix parce que l’instinct veut te pousser quelque part.
LFB : Je trouve que c’est aussi un album qui laisse beaucoup de place au chant et à l’humanité dans le chant. C’est quelque chose que vous avez eu tendance à réduire sur les lives avant la sortie de cet album. Je trouve que maintenant, le chant est beaucoup plus présent. Ca rappelle un peu les premiers albums de Soulwax avant Nite Versions.
Stephen Dewaele : on a voulu faire un mélange des deux.
David Dewaele : Je pense qu’on a un peu ce luxe, créativement, de ne pas être que DJ ou de ne pas être qu’un groupe indie rock. Je pense pour les chants, ce n’est vraiment pas facile dans le moment. On a essayé de faire un mix un peu parce qu’on vient de ce monde.
LFB : A l’inverse, je trouve qu’il y a quelque chose d’intéressant aussi : la musique parle autant que les paroles. Je pense notamment à un morceau comme Polaris, où le mot Polaris n’est jamais dit dans le morceau, mais le ta-na-na, ta-na-na, ça fait comme si vous disiez Polaris sans le dire.
David Dewaele : Je n’y ai jamais pensé. Tu as peut-être raison. L’écriture, pour la moitié des morceaux, c’était vraiment David et moi. Et sans vraiment de stratégie. On allait au studio et on voyait ce qui venait. Et dans Polaris, c’était vraiment quelque chose que je faisais sur la piano. Et après, c’était cool. Alors, si on explique, ça a un peu l’air stupide mais d’un autre côté, on aimait vraiment bien cette naïveté. Quand tu prends un instrument et que ce tu fais est bien, il ne faut pas trop penser. On entend beaucoup de musique avec beaucoup de réunions, d’opinions et de pensées. Là, je pense qu’on voulait faire autre chose, juste ce qui était vraiment normal pour nous.
LFB : Vous avez enregistré cet album d’une manière différente de FROM DEEWEE parce que vous l’aviez enregistré d’une traite, sans choisir la meilleure take en plus mais celle qui vous représentait le plus et c’était vrai.
David Dewaele : Quand je l’écoute maintenant, même les chants, je me dis que ça aurait pu être mieux si on avait fait autre chose (rires).
Stephen Dewaele : Avec FROM DEEWEE, on pensait aussi que les contraintes nous avaient poussé à devenir créatifs d’une autre manière. Et je crois qu’avec cet album-ci, on voulait faire quelque chose d’autre. Tout ce qu’on vient de dire, le subconscient, l’instinct, est plus important que les contraintes.
LFB : Avec le recul dans la création de vos albums, est-ce que vous avez l’impression que la musique de Soulwax, en tant que producteur, en tant que personnes qui font des remix, c’est une grande toile et parfois il y a des fils du passé qui résonnent dans la musique d’avant de manière inconsciente ?
David Dewaele : Peut-être.
Stephen Dewaele: Oui, sans doute. Et de plus en plus, on essaie d’être de moins en moins conscient. Parce que ce sont les accidents qu’on aime vraiment. Sur les anciens albums, quand on doit les réécouter, ce qu’on aime, ce sont les choses qui sont venues un peu par accident.
LFB : C’est retrouver une part d’enfance en fait, à chaque fois que vous créez ?
David Dewaele : Oui. Mais tu sais, si tu regardes notre ADN, c’est différent de beaucoup d’autres gens autour de nous qui sont vraiment dance music, electronic music, ou des choses comme ça. Nous, on sait comment c’est, quand tu joues avec des autres gens. Et on aime un peu cette imperfection. Mais c’est mélanger tout ça dans une manière qui nous intéresse.


LFB : Et justement, quel plaisir vous prenez à construire, déconstruire, reconstruire, redéconstruire votre musique entre ce que vous faites en album et ce que vous faites en live ? Parce que le live est un DJ set joué avec des instruments.
David Dewaele : Quand on écrit les morceaux et on enregistre, c’est David et moi. Peut-être que c’est moi qui fait la batterie ou David qui fait un truc comme ça. Et quand on joue en live, Ce n’est plus que nous, c’est devenu un autre truc. C’est Soulwax. Et de temps en temps, on se sent des touristes chez Soulwax.
LFB : Toi, tu as un peu le rôle de frontman et tu dépends des autres alors que dans le studio tu ne dépends de personne.
Stephen Dewaele : Oui, et l’idée de frontman, on n’a jamais vraiment été contre mais je pense qu’on vient de cette génération un peu indie rock où cette idée d’un frontman était déjà pour nous un peu drôle. Mais tu as raison, on bouge toujours entre ces deux lignes.
LFB : Vous êtes patron de Dewee. Quand on est patron de Dewee, est-ce qu’il y a quelque chose d’important à ce que la sortie de Soulwax ne prenne pas toute la lumière des autres sorties qui doivent être dans le label ?
Stephen Dewaele: Oui, c’est quelque chose qu’on prend en compte. Mais là aussi, en patron de Deweee, on n’est pas vraiment tout seul. Pour chaque release, on essaie de faire la même chose qu’avec Soulwax. Mais les gens ne sont peut-être pas autant intéressés dans un 12 inch qu’un album de Soulwax. Alors on cherche à trouver un peu l’équilibre et on fait le plus possible pour faire écouter la musique des autres gens. Mais il y a des choses sur lesquelles on n’a pas la main.
David Dewaele : Je pense aussi que nous, on a un système quand on finit un morceau ou un album, même si c’est avec quelqu’un d’autre ou sur Soulwax, on est déjà partis pour un autre truc. Et avec Soulwax, et je pense aussi peut-être avec Charlotte et Bolis et beaucoup d’autres choses sur Dewee, ça continuait et tu ne peux rien faire. Ce n’est pas vraiment rien faire mais tu es un peu subjectif pour tout ça.
LFB : Vous êtes un peu des stakhanovistes de la musique.
David Dewaele : Oui, mais c’est cool. Parce qu’on aime vraiment bien faire un truc et enchaîner avec autre chose. Là je pense même même sortir l’album, ça fait déjà huit ou neuf mois, c’est déjà vieux. Mais là, quand tu viens sur la scène, tu te dis : wow, ça vit encore. Là, on va aller aux USA et tout. Il faut toujours reprogrammer un peu notre cerveau. Parce qu’on a déjà, on a fini l’album de Charlotte & Boris, et il y a beaucoup d’autres choses aussi.
LFB : C’est quoi votre remix préféré que vous ayez fait ?
David Dewaele : Toi, tu peux dire le tien.
LFB : C’est Best in the Class de Late of the Pier.
David Dewaele : Ah, cool ! Nous aussi. Mais c’est dur de demander ça parce qu’on n’a pas de favori, on en oublie beaucoup. Ça se passe de plus en plus. On est quelque part et dès le moment où on entend un truc, on se dit « Waouh, c’est cool ça ! », et quelqu’un nous dit « Oui, c’est vous. ».
Crédit photos : Cédric Oberlin