On est allé voir le phénomène Angine de Poitrine au Grand Mix

Parce que l’on ne vit pas dans un bunker et que l’on aime la musique, nous avons été comme tout le monde emporté par le tsunami Angine de Poitrine. Le duo québécois était présent le 29 mai dernier au Grand Mix à Tourcoing. L’occasion d’aller constater par nous même si la hype autour du projet était méritée. On vous la fait courte : oui et mille fois oui.

Comme chaque histoire qui nous mène vers Tourcoing et le Grand Mix, notre aventure du vendredi commence en voiture. Sous la chaleur de plomb de cette fin du mois de mai, c’est accompagné de l’excellent W.O.W.A de Ghinzu que les kilomètres défilent. Un concours de circonstance a permis au concert d’Angine de Poitrine de passer du club à la grande salle et forcément les places se sont vendues en quelques secondes.

Au vu de la hype grandissante depuis quelques mois et leur fameuse session KEXP, on ne peut s’empêcher de se sentir chanceux de pouvoir découvrir Khn et Klek dans notre salle préférée. Une salle à taille humaine, chose qui ne risque donc plus d’arriver avant un moment pour Angine de Poitrine et c’est sans doute tant mieux.

Après la petite galère traditionnelle pour trouver une place où se garer, on entre dans la salle alors que le concert de Under The Reefs Orchestra est déjà entamé. On le sait, il n’est jamais évident d’ouvrir pour des groupes très attendus, et encore plus ici avec Angine de Poitrine, mais les belges ont rempli cette épreuve avec classe et talent.

Il faut dire que la filiation entre les deux projets est assez évident, Under The Reefs Orchestra proposant une musique instrumentale intense et puissante et toute aussi mouvante que celle de leurs cousins québécois.

Quelques minutes d’attente pour le changement de plateau et la musique reprend ses droits. Vous vous attendiez à l’arrivée du duo aux pois noir et blanc (et non pas rouge et jaune comme Dorothée) ? Manqué ! C’est Les Jours De La Semaine des Charbonniers de l’Enfer qui résonne.

Un morceau de musique traditionnelle québécoise qui permet à tout le monde de se rappeler que ces deux là viennent de l’autre côté de l’Atlantique et que, comme beaucoup de leurs compatriotes, ils sont très fiers de leur pays et connaissent l’importance de le rappeler autant que faire se peut.

Finalement, nos deux héros masqués débarquent sur scène et dès que les premières notes d’Angor vont vibrer tout le public, une pensée vaporeuse se transforme en évidence absolue : on va assister à quelque chose d’unique.

En quelques secondes, un lien évident se créé entre le groupe et le public, un lien qui ne va jamais se briser pendant les 1h15 que durera le concert. Entre humour, moments surréalistes et une « musique de musiciens » qui se transforme avec une facilité déconcertante en musique digne de stade qui pourra prétendre à prendre la suite du Seven Nation Army des White Stripes, la magie Angine de Poitrine opère pour le plus grand bonheur de toutes les personnes présentes ce soir là.

Mantra-rock dada-pythago-cubiste comme ils se plaisent à la nommer, la musique d’Angine de Poitrine est avant tout le pur produite de deux cerveaux québécois. Une matière vivante qui mélange les influences, ici autant musicales que visuelles, qui s’autorise tout et qui nous ballade du math-rock au funk en passant par le punk, le métal et le disco sans jamais dissoner.

La preuve dès le second morceau, Yor Zarad voyage délirant, aussi hypnotique que perturbant, aussi jouissif qu’épuisant. Comme on l’avait imaginé, la musique d’Angine de Poitrine se vit avant tout en live, elle se nourrit des énergies pour grandir et devenir incontrôlable.

Ce qu’il est important de noter aussi, c’est que derrière le vernis de « projet visuel » se cache surtout deux musiciens sacrément bons et au diapason. Car au final on défit quiconque de tenir plus d’une heure d’une musique à l’intensité folle, le tout en portant des maques en papier mâché à travers lesquels on ne doit pas voir grand chose.

Le reste du concert est à l’avenant de ces deux premiers morceaux : une musique qui prend son temps (la plupart des morceaux font entre 6 et 8 minutes), hypnotique mais jamais répétitive, qui évolue en permanence et qui nous surprend autant par son évidence que par sa technicité.

Comment ne pas se décrocher la mâchoire (et les oreilles) face à des morceaux comme Mata Zyklek ou l’excellente Ababa Motel, qui, chacune dans un style différent, nous entraine dans une sorte de transe collective qui trouvera son paroxysme avec les deux tubes évidents du duo : Sarniezz et la fabuleuse Fabienk. Sherpa, excellent premier morceau de leur Vol 1., viendra conclure la fête de manière parfaite.

8 morceaux pour plus d’une heure de concert, les lumières se rallument et chacun se regardent, entre grand sourire, choc évident et la sensation d’avoir assisté à un moment privilégié qu’on se racontera ému dans dix ans, comme beaucoup de concerts vécus au Grand Mix.

On fait un grand triangle avec les doigts à Angine de Poitrine qu’on aime énormément. On les aime d’autant plus que l’on a envie de se dire que leur musique, au succès aussi improbable que fulgurant, permettra sans doute au public de découvrir une scène québécoise aussi variée qu’excellente qu’on a nous plaisir à défendre encore et encore dans ces pages.

Alors n’hésitez pas, soyez curieux, de la même curiosité qui vous a poussé vers la musique d’Angine de Poitrine et laissez vos oreilles être charmée par Bibi Club, Virginie B, La Sécurité, Vanille, Choses Sauvages, Allô Fantôme, Velours Velours et tous les autres. On est prêt à prendre le pari que vos oreilles nous remercieront.

Retrouvez notre chronique de Vol II. par ici

Crédit Photos : David Tabary

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