Vous aimez les voix qui vous prennent capables de vous emporter en quelques secondes ? Ça tombe bien, car Crystal Murray risque de vous plaire ! Cette année, elle nous livre Anatomy of a Cry, un EP brut, qui dissèque les émotions à vif. Dans ce projet, pas de faux-semblants : c’est une plongée honnête dans l’enfance, les cœurs brisés et la confrontation à soi-même.


Keystar : l’enfance qui interroge
Keystar ouvre Anatomy of a Cry avec beaucoup de pudeur et de sincérité. Dès les premières secondes, Crystal Murray choisit quelque chose de très brut : une guitare acoustique, une voix presque nue, et une émotion qui arrive sans filtre. La chanson parle du lien complexe qu’on entretient avec l’enfance et avec l’image qu’on s’était construite de soi-même plus jeune. À travers des images comme celle de l’enfant qui tourne sur lui-même dans une robe d’été, elle évoque la liberté, l’innocence et le rêve d’être celui ou celle qu’on imaginait devenir. Le morceau montre aussi le vertige qu’il y a à réaliser ses rêves sans savoir comment les habiter émotionnellement. Le refrain, avec cette question répétée “Am I here?” traduit très bien ce trouble intérieur. En ce sens, « Keystar » parle autant d’ambition que d’identité, autant de réussite que de décalage intérieur. C’est une chanson très intime, presque à vif.
73 : nostalgie et paix intérieure
73 plonge dans une nostalgie onirique et spatiale, écrite avec Sega Bodega. Crystal Murray nous transporte dans une scène précise : 1973, cheveux au vent, écoutant Syd Barrett. C’est une madeleine de Proust sonore, où le passé se mélange au présent pour révéler une vérité simple mais puissante : le moment actuel avec soi-même devient tout ce qu’on aime. Loin d’être une faiblesse, la vulnérabilité s’impose ici comme une ouverture, une invitation aux “lentes fissures” de l’âme qu’on accueille au lieu de les fuir. Avec son prisme électronique profond et aérien, le morceau fait la paix avec l’imperfection, transformant la nostalgie en une présence apaisée et entière.
Sweet : l’ironie libératrice
Sweet surprend par son énergie positive et ironique. Crystal déconstruit l’idée que tout peut être “gentil” ou parfait : rien n’est jamais purement sucré, et on porte tous des masques parfois pour faire semblant que tout va bien. Mélange d’humour, d’honnêteté et de fragilité, le morceau montre la tension entre ce qu’on affiche et ce qu’on vit vraiment. Au lieu de jouer les dures, elle rêve d’un monde sans faux-semblants, toujours bon, et refuse de détourner les yeux de ses moments les plus durs. Les cris de tristesse cèdent la place à ceux de l’acceptation libératrice : c’est cru, c’est drôle, et profondément vrai.
Après son virage vers Londres, ses adieux à son ancien label et une écriture instinctive née de sessions avec son guitariste Adrian Edeline, Anatomy of a Cry est un cri primal, mathématique et pourtant profondément humain. Crystal Murray abandonne les masques d’artiste détachée pour une vulnérabilité qui fait mouche : un EP court mais intense, qui résonne comme un miroir tendu à nos propres émotions.