D’un pas certain, billie dévoile « j’avance »

Les adeptes de cold-wave sauce francophone auront trouvé leur bande-son. Avec j’avance, son premier EP, billie trace un sillon dans un univers que l’on cantonne, peut-être trop encore, à l’anglophonie. Et le résultat est là : une musique puisant dans les références post-punk, des textes en français portés par une poésie certaine et des vocalises qui rappellent Françoise Hardy.

Billie

Les premières sorties ont toujours une saveur particulière. C’est la première pierre d’un édifice artistique, la première porte qui s’ouvre sur tout un univers. Et évidemment, certains débuts résonnent plus fort que d’autres, nourris au fil des mois par des teasings, des indices et une identité artistique dans laquelle on se reconnaît. C’est le cas de j’avance, premier EP de billie, composé de 5 morceaux qui forment à eux une musique hybride, que l’on aime à situer quelque part sous la Manche, entre post-punk, cold-wave et chanson poétique. Un mélange qui satisfait nos oreilles, où billie s’approprient des références britanniques souvent monopolisées par ses homologues masculins.

God Save Our Reines

Dans les notes de j’avance sonne comme une évidence l’écho des studios londoniens où le projet a pris forme. Depuis l’est de Londres – quelque part entre le MOTH Club et le Shacklewell Armsbillie et son amoureux Zacharie Berdugo (Aykaraz) ont façonné un EP imprégné d’une aura post-punk indéniable. Les influences sont limpides : basse mélodiques, synthés froids reverb en hommage aux Joy Division, mélodies vaporeuses dans la lignée de Cocteau Twins et une production qui fait une jonction parfaite entre la froideur du punk et la douce langueur de la dream pop.

Mais billie ne se contente pas d’adopter les code brits. Dans ses textes, elle manie une poésie brute et évocatrice, avec une base rock indéniable, qui oscille entre l’urgence de Niagara et l’élégance pop d’une France Gall. Et lorsqu’elle chante la terre explose, difficile de ne pas entendre un clin d’œil à Fabienne Thibeault. Dans ce morceau où bat l’angoisse existentielle du Monde est Stone, billie choisit d’en faire une version plus frontale, avec des éclats shoegaze dans la voix et une production punk bien plus nerveuse, portée par une batterie puissante et un refrain « Ça explose, ma tête explose, la terre explose ».

Montée d’adrénaline et vertiges mélancoliques

L’EP se déploie sur des tableaux divers. S’il s’ouvre frontalement avec amy, qui vient planter le décor d’une énergie sans équivoque, il dévoile très vite d’autres nuances. ami imaginaire, avec sa mélancolie flottante, invoque les souvenirs d’une enfance révolue, tandis que parle-moi parfois creuse la faille intime du deuil et raconte l’absence avec une pudeur bouleversante « Tu sais les yeux au ciel Mes pleurs scintillent De tes lumières qui m’éclairent ». A l’autre bout du spectre, on trouve j’avance et la terre explose, qui sonnent comme des cris d’urgence, une sorte de course effrénée contre la fin d’une ère mais aussi l’après.

Cette construction donne à l’EP une dynamique palpitante. L’enchaînement de morceaux vaporeux et de montées punk plus marquées crée un relief hyper intéressant, renforcé par un final qui sonne comme un déluge sonore. La diversité des thématiques lui donne également une jolie couleur et donne envie de creuser encore, vers un album ou un second EP, peut-être. j’avance laisse ce sentiment étrange mais finalement assez doux, d’impression de divaguer entre deux réalités : un pied sur le pavé froid des ruelles sombres de la capitale anglaise, l’autre dans un rêve moelleux où les souvenirs se confondent dans la reverb.

Avec j’avance, billie signe identité forte, portée par une esthétique sonore qui commençait à nous manquer dans le paysage actuel. Accompagnée des Kids Return à la production, elle s’entoure de ceux qui, comme elle, cultivent un amour des mélodies organiques et des harmonies électriques. Après une prestation au MaMa Festival, une série de premières parties pour Clara Luciani et une Maroquinerie en ligne de mire, une chose est sûre : billie avance, et même, fonce. Il s’agit juste de bien rester accroché à son wagon.

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