Chez La Face B, on adore les EP. On a donc décidé de leur accorder un rendez-vous rien qu’à eux dans lequel on vous présentera une sélection d’EP sortis récemment. Aujourd’hui, on s’intéresse aux projets de Pussy Miel, de Roma Luca et de No Sex Last Night.
Pussy Miel – Bee Raged

Avec Bee Raged, leur premier EP sorti en mars dernier chez A Tant Rêver du Roi, Pussy Miel pose le décor d’un son brut naviguant entre grunge bien sale et élans punk. Les filles déclarent leur amour aux saturations et à la spontanéité en jouant sincèrement.
Don’t know s’ouvre sur une intro hyper stoner à prime abord, c’est saturé, ça grésille follement, il y a clairement de la vie là-dedans ! Dans une transition plus power punk entre les deux parties, l’énergie se rapproche de celle captée d’un concert. Très musical, le morceau laisse peu de place à une ligne de chant distante, plus minime, scandée plus que chantée. Le tout nous est balancé sans fioriture, on vire vite dans une ambiance grungy. Sur Covid, c’est nettement plus nerveux, c’est la tentation de l’explosion imminente. Le chant y est plus présent, plus enragé lorsqu’on nous assène telle une nouvelle injonction « Feel good » en souvenir d’une époque où nous étions en plein bouleversement sanitaire. La cadence s’intensifie avec Lack of understanding. Moins explosif que les précédents, le morceau joue sur une boucle plus rythmée, plus vive voire carrément plus insistante. Place à l’hymne fédérateur Wasted dont nous vous parlions il y a quelques mois maintenant. Pussy Miel y signe un morceau à la croisée de toutes leurs inspirations avec des éclats pop bien sentis. Plus punk dans sa ligne de chant, une frontalité plus directe nous frappe en pleine face. Le message est clair. Quand on arrive dans le monde des adultes, on se heurte souvent à sa construction identitaire et s’il y a bien quelque chose que l’on rappelle, c’est qu’on ne nous changera pas.
Pas de détour ni concession, Pussy Miel vous a prévenus. Le morceau est efficace. Pussy Miel ferme Bee Raged avec un titre en français : Délivré. Oubliez toute référence à La Reine des Neiges s’il vous plait. Hors de question de lâcher prise, les guitares se répondent, laissant place à des variations en cours de route plus que des coupures franches.
Roma Luca – Séléné

En mars 2025, Roma Luca (ex moitié de feu Ottis Cœur) faisait sa première sortie au format EP à son nom propre : Invisible figure. Pour cette deuxième sortie, Roma Luca convoque la mythologie grecque et plus particulièrement la déesse de la Lune : Séléné. A l’instar de la figure mythologique, la chanteuse livre un EP marqué par les dilemmes personnels et les luttes intérieures.
Intro nous fait entendre deux voix féminines, nues sur presque 30 secondes. Une ouverture sans texte, les émotions s’installent sans les mots. La pureté à l’état brut, le charme doux. Un morceau bien minimaliste qui s’insère comme un moment suspendu, comme une incantation à Séléné – qui justement trouve sa place juste après ! – ?
Sur Séléné, on retrouve tout le phrasé si délicat de Roma Luca. Le synthé et les percussions discrets parsèment ce morceau très crépusculaire, l’ambiance est comme mystique, on y voit une danse douce à la lumière tendre de la lune. Il y a quelque chose d’émouvant dans cette chanson. Ne baissons pas les bras est dans le prolongement de cette émotion. Persévérance, espoir, résilience sont parfois des mots qui font bien dans le décor et pourtant ils résonnent si bien avec la douce Ne baissons pas les bras. Chanson féministe ? Nulle place ne sera accordée au doute. A mesure que le morceau avance, la voix de Roma Luca prend de l’aisance, de la confiance tout en conservant une simplicité dans le message qui nous responsabilise sans nous faire culpabiliser. Une montée émotionnelle en crescendo pour une victoire progressive. Sur le plan purement musical, c’est un véritable habillage pour la voix : les percussions sont discrètes mais précises, la guitare électrique qui s’invite lorsque la colère dans la voix s’installe et des synthés qui prennent des airs de cuivres.
Nettement plus énervée, Du noir sur la colline convoque une image beaucoup plus sombre, l’ambiance y est plus brumeuse. Roma Luca ne nous parle pas d’un peintre qui aurait mis accidentellement un coup de pinceau sur sa colline fraîchement peinte mais bien des incendies ravageurs qui n’en finissent plus de rythmer nos étés. L’urgence y est matérialisée soniquement par ce synthé qui prend des allures d’alarmes, cette guitare électrique tranchante, le morceau oscille entre un rock puissant et psychédélisme déroutant. Organique et électronique, la ballade Les histoires que j’aime questionne avec beaucoup de tendresse les romances plus ou moins échouées. On passe tous par la reproduction de schémas dans les histoires d’amour, on sait ce qui cloche mais on y va quand même parce qu’il y a bien un truc qui fait la différence. Parfois insignifiantes, elles prennent une place chère dans les souvenirs. Le phrasé y est faussement naïf et le morceau joue comme ironiquement sur la répétition des sonorités.
La conclusion Seras-tu encore là ? s’affirme comme une lente respiration, la question y est beaucoup répétée avec plus ou moins de distance. Comme un dernier cri déchirant. On renoue avec un moment musical minimaliste qui gagne en puissance pour mieux redescendre avec quelques distorsions improbables pour mieux se raccrocher au réel de la situation idéalisée des retrouvailles espérées.
No Sex Last Night – NSLN

Rosalie et Erwan forment le duo No Sex Last Night, héritiers de la coldwave/EBM made in France. Ils font partie de nos multiples rendez-vous manqués de 2025 au point que ça devenait un véritable running gag. La seule solution que nous avons trouvé pour vous parler d’eux : les sorties de leurs différents singles qui par chance étaient clipés. Mis bout à bout, ils ont donné naissance à leur premier EP NSLN. Avis aux tourneurs, un plateau No Sex Last Night x PAR.SEK ça peut être super canon !
Nsln qui ouvre l’EP éponyme installe une ambiance minimaliste introductive très indus et presque anxiogène. Des paroles restent en surface, comme distantes, incompréhensibles. Le décor est posé ! Beaucoup plus froide, clinique dans son approche,
Paralysée donne plus de place aux synthés puissants qui inscrivent le morceau immédiatement dans une EBM saisissante. La voix de Rosalie conserve une distance, jouant sur un aspect monotone pour mieux épouser des effets.
Regarde-moi s’affirme comme si ce n’est plus rythmique, plus physique mais moins froid que Paralysée. Cette fois-ci le duo chante vraiment à deux voix et s’expose beaucoup plus, récit d’une romance impossible. La première ligne du couplet est digne d’un Raymond Devos : « 3 fois rien c’est déjà trop ». Dans ce niveau de dépouillement, on se dirait chez Odezenne. La rythmique y est moins intensive, les silences structurent le morceau pour laisser plus de place à une mélancolie planante qui se manifeste en quelques lignes de chants désabusés.
Paradis renoue avec une mélodie plus dansante, plus lumineuse avec ses synthés scintillants. Paradis donne l’illusion que quelque chose de plus gai finira par voir le jour mais certaines notes nous rappellent que la vie n’est faite que de contrastes. C’est toute la beauté du projet No Sex Last Night.