Gener8ion : Love & Tears, ou l’art de ne choisir aucune case

Près de dix ans après ses débuts, Surkin dévoile Love & Tears, premier album de Gener8ion, projet hybride mené aux côtés de Romain Gavras.

Avec Love & Tears, Gener8ion signe un disque qui refuse de se laisser enfermer dans une seule case. Né d’une envie de dépasser le format club et de faire dialoguer le son avec l’image, l’album avance par fragments, sans jamais perdre sa cohérence émotionnelle. Onze morceaux qui alternent ballades mélancoliques et montées électroniques, et dessinent au fil de l’écoute le portrait d’un artiste touche-à-tout, nourri d’influences variées.

L’album s’ouvre sur God Hate Space, en compagnie de 070 Shake. Le morceau prend son temps : la montée synthétique se construit peu à peu, portée par des chœurs, tandis que la voix transcrit le besoin d’être aimée, d’être vue, et son refus de l’incertitude. Vient ensuite Heart of Blue, au rythme bien plus rapide, qui happe littéralement l’auditeur dans un tourbillon. La voix s’y dépouille progressivement (tant dans le texte que dans la texture), jouée et rejouée sur la deuxième partie, jusqu’à donner l’impression d’un paysage qui ne cesse de bouger, impossible à fixer.

Avec STORM II, avec Yung Lean, on retrouve le morceau dont le clip, par la grandeur de sa chorégraphie, a beaucoup fait parler. Au-delà de l’image, le titre met en avant la dimension collective chère à Gener8ion, porté par un refrain entêtant qui entraîne immédiatement la danse. Place ensuite à Love & Tears, en featuring avec Yannis de Foals, titre éponyme de l’album. Le tempo ralentit, les notes scintillent comme dans un rêve, et le chant se fait mélancolique. Un morceau d’une grande beauté, porté à l’écran par le visage de Charlize Theron.

Seeburg marque un temps d’expérimentation. Les synthés laissent place à des guitares qui viennent créer le contraste, Surkin jouant ici frontalement avec les textures et les sonorités. Suit Neo Surf Prelude, courte introduction, qui dit l’amour de voler, la liberté que cela procure, et l’unique regret de devoir un jour revenir au monde. Cette idée se prolonge dans Neo Surf, à nouveau avec 070 Shake : un titre entraînant où le chant alterne calme et urgence.

2034 mise sur des instruments plus organiques : batterie, cordes, puis arrivée de synthés clairs qui viennent nuancer la gravité des cordes. STORM I, toujours avec Yung Lean, lui répond en miroir, entre guitares, batteries et synthés, porté par le rap entraînant de l’invité suédois, jusqu’à une fin qui sature légèrement le son. Avec Try, en compagnie d’Adèle Castillon, l’album explore une montée progressive de sonorités électroniques. La voix, modifiée, alterne français et anglais pour raconter un amour passé dont on ne parvient pas à se détacher, parti pour quelqu’un d’autre.

L’album se referme sur Glacier Rose, morceau apaisé qui condense en quelques minutes toutes les sonorités traversées sur le projet. Loin de clore le disque sur un repli, le titre distille au contraire des certitudes, de l’espoir, et une vraie envie d’aller vers l’avenir.

Avec Love & Tears, Gener8ion signe un premier disque généreux, où chaque morceau semble être une pièce d’un puzzle plus vaste, fait d’amour, de larmes et de danse. Une œuvre qui prouve que la forme, ici, compte tout autant que le fond.

Ecouter Love & Tears :

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