À l’occasion de leur passage au Foul Weather Festival, nous avons retrouvé Lime Garden entre deux dates françaises. Les filles sont revenues sur leur album Maybe Not Tonight, leur collaboration avec Charlie Andrew, les joies et les incertitudes de l’âge adulte, mais aussi sur la place des femmes dans l’industrie musicale.

La Face B : Salut les filles !
Lime Garden : Salut !
LFB : Première question obligatoire : comment allez-vous ?
Lime Garden
Chloe Howard : Bien, il fait un peu chaud, mais on profite du soleil.
Annabel Whittle : Oui, contente d’être de retour en France. On adore être ici.
LFB : Vous étiez où avant d’arriver ici ?
Lime Garden
Annabel Whittle : À Saint-Brieuc, pour le festival Art Rock !
LFB : Vous décrivez votre musique comme de la “Wonk Pop”. Qu’est-ce que ça signifie pour vous ?
Lime Garden
Annabel Whittle : Je crois qu’on utilisait surtout ce terme il y a quelques années. Au début, notre musique était peut-être plus pop, et le côté “wonk” lui donnait quelque chose d’un peu plus étrange, plus décalé. Mais aujourd’hui, je ne sais même plus si on décrirait encore notre musique comme ça. Je ne sais pas vraiment comment on la définirait maintenant.
Chloe Howard : Peut-être juste… “vraiment incroyable”. (rires)
LFB : Avez-vous ressenti une pression du public entre One More Thing et Maybe Not Tonight ?
Lime Garden
Chloe Howard : Je ne pense pas qu’on ait ressenti de pression venant du public. La pression venait surtout de nous-mêmes. Évidemment, on aime nos fans et on veut faire une musique qui leur plaise, mais au final, on fait de la musique avant tout pour nous. Donc oui, on a été dures avec nous-mêmes, mais les fans ne nous disent pas quoi faire.
Annabel Whittle : Exactement.
LFB : Pensez-vous qu’il y ait une continuité entre les titres de vos albums, comme deux morceaux d’une même phrase ?
Lime Garden
Chloe Howard : Oui, je pense que c’était une décision à moitié consciente, cette idée d’avoir une phrase.
Leila Deeley : Je me souviens de cette sensation. C’est cool qu’il y ait une impression d’ensemble, de continuité. Ça ressemble un peu à une question et une réponse.
Chloe Howard : Oui, quand on a commencé à envisager Maybe Not Tonight comme titre, on parlait de toutes les raisons pour lesquelles ça fonctionnait, et ça faisait clairement partie des choix conscients.
LFB : Parlons de la création de l’album. Vous avez travaillé avec Charlie Andrew, qui a collaboré avec Wolf Alice ou alt-J. Qu’a-t-il apporté à votre musique ?
Lime Garden
Annabel Whittle : Oh, énormément de choses. On lui a fait écouter les démos et il a immédiatement eu une vision très claire de ce qu’on pouvait en faire.
Chloe Howard : Oui. On voulait travailler avec lui parce qu’avec Alt-J notamment, il mélangeait les sonorités électroniques et les guitares d’une manière qui correspondait exactement à ce qu’on recherchait. Et il n’était ni trop pop, ni trop rock.
Annabel Whittle : Il avait ce talent pour garder quelque chose de très vivant tout en restant précis et soigné. Pas pop au sens lisse du terme, pas rock non plus… quelque part entre les deux.
Chloe Howard : Et au final, il est devenu une partie du groupe plus qu’un simple producteur. Bien sûr, il produisait le disque, mais ça ne ressemblait jamais à quelqu’un qui nous disait quoi faire. Pendant l’enregistrement, il faisait vraiment partie de notre famille.
LFB : Et comment vous êtes-vous rencontrés ?
Lime Garden
Annabel Whittle : Grâce à notre label.
Chloe Howard : Oui, ils nous avaient donné une liste de producteurs potentiels. On avait déjà quelques noms en tête, et Charlie faisait partie des gens qu’on suivait depuis un moment.
Ensuite, on a fait une session d’écriture avec lui pour voir si le courant passait… et ça a tout de suite matché.
LFB : Votre musique semble constamment osciller entre insouciance et mélancolie. C’est ça, devenir adulte ?
Lime Garden
Annabel Whittle : C’est surtout apprendre à comprendre qui on est, grandir, trouver sa place. Peut-être davantage entrer dans l’âge adulte, justement.
Chloe Howard : Je pense que c’est simplement la vie. Trouver à la fois la joie et la tristesse dans tout ça. La vie, quoi.
LFB : Votre musique est aussi à la fois très cool et extrêmement précise. Comment travaillez-vous cet équilibre entre le lâcher-prise et la rigueur ?
Lime Garden
Chloe Howard : Bonne question… je ne sais pas vraiment.
Leila Deeley : On est assez perfectionnistes, mais la musique qu’on écoute est souvent très détendue, très relâchée, et c’est ce qui nous inspire. Je pense que cette combinaison crée ce son-là.
Chloe Howard : Personnellement, j’aime l’idée qu’il y ait une structure très claire, une sorte de grille. Et à l’intérieur de cette grille, on peut faire ce qu’on veut. Le fait d’avoir des éléments très travaillés — jouer au clic, utiliser une boîte à rythmes — fixe les limites dans lesquelles on peut ensuite être libres.

LFB : J’imagine que parmi vos inspirations, il y a des groupes féminins. Mais on cite encore très souvent des hommes. Est-ce qu’il y a une pression à prouver que vous pouvez faire aussi bien qu’eux ?
Lime Garden
Annabel Whittle : Oui… voire mieux. C’est l’objectif.
LFB : Est-ce difficile pour vous de partager vos émotions ? Surtout à une époque où tout semble devenir une mise en scène des émotions.
Lime Garden
Chloe Howard : Oui et non. Être dans un groupe implique forcément une part de performance. Il y a des facettes de nous que seules nous connaissons, qu’on ne montre pas forcément sur scène ou dans notre image publique.
Mais notre musique, elle, vient réellement de nous. Là-dedans, il n’y a aucun jeu d’actrice. Tout vient d’expériences personnelles.
LFB : Sur l’album, on a l’impression que la face A est plus lumineuse, jusqu’à Maybe Not Tonight, puis que la face B devient plus sombre à partir de Body…
Lime Garden
Chloe Howard : Oui, je pense que c’est juste tout un spectre d’émotions. On les traverse toutes.
LFB : Dans Body, y a-t-il une part de chacune d’entre vous ?
Lime Garden
Chloe Howard : C’est moi qui ai écrit les paroles, mais je pense qu’on peut toutes s’y reconnaître. Je crois que beaucoup de femmes ou de jeunes peuvent comprendre ce sentiment. Ça parle directement de comparaison.
Annabel Whittle : Être dans cette industrie pousse forcément à se comparer aux autres, surtout quand on est une femme. C’est difficile. Il y a aussi beaucoup de gens assez cruels, et ça joue forcément.
LFB : Le fait de travailler avec des hommes peut-il aider à changer ce regard ?
Lime Garden
Annabel Whittle : Non, je ne pense pas.
Chloe Howard : Je crois surtout que c’est lié au fait d’avoir grandi à l’ère numérique. Il y a énormément de comparaison partout. Je ne pense pas que ce soit uniquement une question d’être une femme dans l’industrie ; c’est aussi quelque chose de générationnel.
LFB : Charlie Andrew vous a-t-il aidées à prendre confiance ?
Lime Garden
Chloe Howard : Oui, il a été incroyable. Avant les prises de voix, il me demandait toujours très profondément de quoi parlaient les paroles, dans quel état d’esprit j’étais quand je les avais écrites. Ensuite, il essayait de me replonger dans cet état-là.
Leila Deeley : Et il le faisait avec énormément de douceur. L’atmosphère était vraiment chaleureuse.
Chloe Howard : Grâce à ça, j’ai enfin eu l’impression que ma voix sonnait exactement comme je l’avais toujours imaginée sur ce disque. Il a réussi à faire ressortir ça. C’était une expérience très différente ; je ne m’étais jamais sentie aussi à l’aise avec quelqu’un en studio auparavant.



LFB : Une autre question sur un personnage de vos chansons : qui est ce “she” dans Lifestyle ? Une projection de vous-mêmes ?
Lime Garden
Annabel Whittle : C’est un peu l’énergie du “top 1 %”, tu vois. L’anti-goat. (sourire)
LFB : Est-ce que vous avez finalement trouvé le style de vie dont vous rêviez ?
Lime Garden :
Chloe Howard : Oui, complètement. Même si ça ne ressemble pas du tout à ce qu’on imaginait.
Annabel Whittle : Il y a moins d’argent que prévu… mais les vibes sont bien meilleures que tout ce qu’on pouvait espérer.
LFB : Finalement, c’est déjà un rêve de vivre de votre musique. Vous en rêviez depuis toujours et aujourd’hui vous le faites.
Lime Garden
Annabel Whittle : Oui, exactement.
LFB : Pour finir, partagez-moi quelque chose que vous avez aimé récemment : ça peut être n’importe quoi.
Lime Garden :
Annabel Whittle : Il y a une série qui s’appelle Industry qu’on adore en ce moment.
LFB : Franchement, vous les Britanniques, vous avez de la chance avec vos séries !
Lime Garden
Annabel Whittle : Oui ! Et le nouvel album de My Precious Bunny est vraiment super. Elle vient de Brighton.
Chloe Howard : J’essaie de me souvenir si j’ai vu des films récemment… Ah oui, j’ai vu Le Diable s’habille en Prada 2 !
Leila Deeley : Sinon, on regarde énormément de vidéos YouTube débiles dans le van. Et honnêtement, c’est génial.
Annabel Whittle : On a regardé une super vidéo sur l’observation des oiseaux aussi. Incroyable. Et puis celle sur Bigfoot aujourd’hui…
Chloe Howard : (montrant une petite poupée) Ça, c’est ma mini-moi que Leila m’a fabriquée. Je l’emmène partout avec moi. C’est un peu mon porte-bonheur.
Annabel Whittle : C’est légèrement inquiétant… mais aussi réconfortant.
ENGLISH VERSION BELOW

La Face B : Hello girls !
Lime Garden
Hello !
LFB : Let’s say it’s the first question, how are you ?
Lime Garden
Chloe Howard : Good, a bit hot, but enjoying the sunshine.
Annabel Whittle : Yeah, happy to be back in France. Love it here.
LFB : Where were you before heading here ?
Lime Garden
Annabel Whittle : Saint-Brieuc, at the Art Rock Festival !
LFB : You describe yourself your music as Wonk Pop. Could you explain to me what does it mean for you ?
Lime Garden
Annabel Whittle : Well, I think we said Wonk Pop a few years ago.I think we said Wonk Pop in the beginning because our music was maybe a bit poppier, and Wonk gave it a bit of an edge. But, I don’t know if we would still describe our music as that. I don’t know what we would describe our music as now.
Chloe Howard : Maybe like, really amazing. (laughs)
LFB : Did you feel any pressure from your audience between One more thing and Maybe not tonight ?
Lime Garden
Chloe Howard : I don’t think we felt pressure from our audience. I think we felt pressure from ourselves, definitely. Obviously we love our fans and we want to make music that they enjoy, but ultimately we make music for ourselves. So, I think, yeah, we were hard on ourselves, but the fans can’t tell us what to do.
Annabel Whittle : Absolutely, yeah.
LFB : Do you think, well, I guess it’s more unconsciousness, but do you think there is a continuation between the two pieces of sentences of your album’s names ?
Lime Garden
Chloe Howard : Yeah, I think that was maybe a semi-conscious decision to have a phrase.
Leila Deeley : I remember that feeling. It’s cool that there’s a sense of completion. This feels quite question and answer.
Chloe Howard : It happened, but that was part of, like, we floated Maybe not tonight as a name and then we were talking about all the reasons why it might be good and that was definitely, yeah, one of those conscious decisions.
LFB : Let’s talk of the making of the album. For this record, you’ve been working with Charlie Andrew who worked with Wolf Alice, Alt J, what did he bring to your music and how did you work together ?
Lime Garden
Annabel Whittle : Oh, he brought so much. I mean, he just, like, we played in the demos and he just, like, had a vision of what we should do with them straight away.
Chloe Howard : Yeah, I think he, I mean, he, we wanted to work with him because he, kind of, the way, with Alt J specifically, the way he mixed, like, electronic music and guitar music was kind of exactly the kind of sound that we wanted. And he also wasn’t too pop-leaning, wasn’t too rock-leaning.
Annabel Whittle : He had a sort of knack at, like, keeping things feel very much alive, but, like, still, kind of, tight and polished. But, like, yeah, not, like, pop, but not, like, rock, somewhere, sort of, in between, I guess.
Chloe Howard : Yeah, and I feel like he became a part of the band rather than being a producer. Like, obviously, he produced it, but it felt more like he was a band member rather than he was telling us what to do. It was like he was part, he became part of our family for the time we recorded.
LFB : And how did you meet each other ?
Lime Garden
Annabel Whittle : Through our label.
Chloe Howard : Label, yeah. They gave us a list of potential producers, and we, kind of, yeah, we had a few in mind anyway. And he’d always, kind of, been on the radar as well.
And then, yeah, we met through that, and we had a writing session with him to, kind of, figure out if we vibed, and we all instantly… And we all instantly, like, clicked. So, yeah, it was good.
LFB : About pure music, I’d say your music is right between carelessness and melancholy. Is that being an adult ?
Lime Garden
Annabel Whittle : It’s like, kind of, figuring out who you are and coming of age, I guess. I’m more into adulthood, more so, maybe. I feel like it’s, sort of, yeah, finding where you lie.
Chloe Howard : I think that’s life, in general. Finding the joy and the sadness of it all. I think that’s just life, isn’t it?
LFB : Life, but… In the meantime, your music is half cool and half super precise. How do you work with this kind of fluidity between careless and that let’s say accuracy ?
Lime Garden
Chloe Howard : Yeah. I think… That’s a good question. I don’t know. I think… I don’t know.
Leila Deeley : How do we work with that? We’re quite, like, perfectionists. But then, like, the music that we listen to is pretty laid-back, and that’s, like, what inspires us. So I feel like that combination leads to that sort of sound, maybe.
Chloe Howard : Yeah, I don’t know. I think there’s an element… This is me speaking personally, but I like it when there’s, like… For our songs, there’s kind of, like, a clear grid, right ? And then that’s setting the realm of what we’re doing. And then within that grid, you can kind of do whatever you want. But by having the super-processed…
Whether that’s, like, playing to a click or, like, using a drum machine or something, that kind of sets the parameters for what you can do within it.
LFB : I guess your inspirations, are, like, I hope so, some women bands. But most of the time it’s men, so there’s a kind of pressure. I guess you say yourself you can do as good as the men do.
Annabel Whittle : Yeah, better. Even better. That’s the goal, yeah.
LFB : Is it difficult for you to share with others your emotions ? And in the meantime, we’re in a time where everything is about acting emotions. How do you deal with that ?
Lime Garden
Chloe Howard : Oh, no, I think it’s… Obviously, there is definitely a part acting within being in a band. I think, like, you know, there’s an element of all of us, I would say, that only we know, and, like, we don’t necessarily show on stage, or, like, that’s not who we are as, like, professionals in a band.
But I think our music comes from us, definitely. There’s no acting within that. Like, that’s very much personal experience.
LFB : Because on your album, it is like side A is more lightful, until, I guess, Maybe not tonight, and then the B side, which starts from Body, is more darker…



Lime Garden
Chloe Howard : Yeah, I think it’s just a spectrum of emotion, right ? Yeah. We have all of them.
LFB : I also wanted to know more specifically if there is a part of yourself in the song Body of each other, or just one of you ?
Lime Garden
Chloe Howard : Well, I read the lyrics, but I think we all relate to it. I think every woman or young person would relate to that. Yeah, that’s just drawn straight from comparison.
Annabel Whittle : Being in this industry and comparing yourself to other people, and being a woman in the industry as well. It’s hard. There’s a lot of people out there who are quite mean, so there’s a part of that that plays into it too.
LFB : As you work with men, can it help to change the point of view of it ?
Lime Garden
Annabel Whittle : No, I don’t think so.
Chloe Howard : I think it’s just growing up in the digital age, especially, I think there’s a lot of comparison. I wouldn’t say it’s so much of being a woman in the industry, I feel like it’s just kind of a generational thing, maybe.
LFB : Did Charlie help you to get some trust with that ?
Lime Garden
Chloe Howard : Yeah, he was amazing. He did this thing, especially with the vocal takes, where before we started doing it, he’d ask me deeply what the lyrics were about, and what mindset and headspace I was in when I wrote them. And then he’d try and take me back there, and I think…
Leila Deeley : But he’d be so gentle about it as well, it was a really warm…
Chloe Howard : Yeah, it was great, and I feel like from that I got… My voice sounds exactly how I’ve always wanted it to sound on this record, because he brought that out, and it was a really cool experience. It was very different, I’ve never felt so comfortable with someone in the studio like that before.
LFB : Another question about people in songs : who’s “she” in Lifestyle ? Is that a projection of yourselves ?
Lime Garden
Annabel Whittle : She’s just the top 1%, sort of vibe. Anti-goat. (smiles)
LFB : At least, do you think you found the lifestyle you’ve been dreaming of ?
Lime Garden
Chloe Howard : Definitely. It doesn’t look how we thought it would.
Annabel Whittle : Less money in it than we thought. But the vibes are better than we could dream of.
LFB : This is like a dream to do this. You’ve been dreaming of all the time doing music. You’re basically doing it.
Lime Garden
Annabel Whittle : Yeah, exactly.
LFB : Could you share me some favourite things you liked recently it can be whatever you want…
Lime Garden
Annabel Whittle : Oh, there’s a TV show called Industry that we’ve been loving at the moment. It’s like a British sort of…
LFB : You guys in UK are lucky with your TV shows !
Lime Garden
Annabel Whittle : Yeah !
Leila Deeley : My Precious Bunny‘s new album is really good. She’s local to Brighton.
Chloe Howard : I’m trying to think if I’ve watched any movies recently. Oh, no, I saw Devil Wears Prada 2 !
Leila Deeley : We watched a lot of stupid YouTube videos, actually, in the van. Which has actually been great.
Annabel Whittle : We watched this really good one about bird watching as well on YouTube. That was amazing. Really good. What was the one that we watched today ?
Leila Deeley : On Hillbilly ?
Annabel Whittle : No, the one before that. Oh, the one about finding Bigfoot. Oh, yes.
Chloe Howard (showing a little doll) : This is my mini that Leila made for me that I take everywhere with me. It’s sort of a good luck totem. And this has been on the mind.
Annabel Whittle : It’s slightly unnerving, but also comforting.