Si vous aimez les disques instrumentaux, les expérimentations musicales et les voyages immobiles, alors suivez nous ! Voyou a dévoilé il y a quelques jours son nouveau projet Chroniques terrestres vol.2.


Après Chroniques terrestres vol.1 sorti en 2021, l’artiste français multi-instrumentiste Thibaud Vanhooland alias Voyou poursuit ici son travail de recherche et d’expérimentation. C’est un nouvel épisode, tout aussi libre, tout aussi riche et protéiforme. Comme le suggère le visuel de l’album réalisé avec Lila Poppins, une porte vers un monde coloré et mouvant, le musicien nous offre une parenthèse dans notre quotidien. De quoi déambuler le cœur léger. Cette chronique est une histoire qui se raconte en huit titres, huit compositions originales et singulières aux titres évocateurs. De La vie la nuit à Adieu l’été, on traverse des paysages au fil du temps.
Les rideaux s’ouvrent sur une clairière. La vie la nuit c’est l’éveil de la nature. Sur la pointe des pieds, quelque chose prend vie. On croit entendre les grillons chanter. Voyou nous a ici concocté un morceau hyper aérien, qui nous fait entrer en quelques secondes dans le projet. Le clavier mène la danse, donne le tempo. Puis la mélodie, sublimée par les cuivres, nous invite à découvrir la grandeur d’un royaume.
Si nous parlions de titres évocateurs, ce royaume fait battre nos cœurs sur Le départ. Démarrage en fanfare, c’est un morceau hybride, entraînant et solaire. Sur des airs de samba, on se dandine de gauche à droite, d’avant en arrière. Les percussions réveillent les êtres endormis. Dimanche porte lui aussi bien son nom. Voyou nous présente un dimanche ensoleillé, rond, une boucle marquée par le beat et cette phrase au clavier.
Celui qui viendra clore la parenthèse s’intitule Adieu l’été. Introduit par le son de la guitare, Adieu l’été est un regard heureux et nostalgique par la fenêtre. La voiture roule doucement, les vacances sont derrière nous. Une douce mélancolie. Le morceau s’étire et nous laisse saisir des voix d’enfants au loin.
Chroniques terrestres vol.2 est également un album ponctué par deux featurings très réussis. Voyou tend le micro au rappeur Tuerie sur Hula Hoop. Entre jazz, rap et pop, on se laisse bercer par une mélodie riche tout en souplesse. Alors que Tuerie nous conte la vie d’artiste, Voyou fait danser un éventail d’instruments.
La déesse de la mer Yemaya est célébrée sur le morceau éponyme. La talentueuse Lubiana accompagne Voyou d’abord à la kora, puis de sa voix. Chanson sublime et onirique, nous voilà conquis. Si l’entrée se rapproche d’un état méditatif, il se révèle dans un second temps. Le jour de Yemaya, orisha et « Queen of the seas », c’est aussi une grande fête. Lubiana nous invite dans cette tradition de sa voix aérienne.
La déesse de la mer a toute sa place dans ce projet. Car Chroniques terrestres c’est avant tout un riche répertoire d’images et de sons puisés dans l’imaginaire du musicien, la nature et les éléments, les jeux d’échelles. On repense à l’album Les bruits de la ville sorti en 2019, ou Les Royaumes Minuscules 4 ans plus tard. Voyou, en tant que véritable cuisinier, articule ses trouvailles le long d’arrangements et d’harmonies diverses. Le dehors est partout, et pourtant si loin.
On tend l’oreille au début du morceau Chronique terrestre. Des voix se mêlent au chant des oiseaux. On s’accroche. Presque comme une radio, ce sont les multiples stimuli qui une fois seuls, demeurent quelque part en nous. Chronique terrestre c’est aussi une sorte de marche du monde, au pas lent et rassurant. De l’autre côté de la rue, En ville s’anime. Des images viennent de toutes parts. Déambulation dans l’espace public et véritable orchestre, les voix se tuent puis reprennent. On se surprend à aimer l’agitation de la foule.

Cette chronique est l’odyssée de Voyou, mais pourquoi « suave » ? Je crois que j’ai surtout appris l’utilisation de ce mot au Brésil. Pour une musique, un instant de bien être, un mot irremplaçable pour nos cinq sens, et que j’aime tant. Si j’aimerais l’utiliser plus souvent, voici que Chroniques terrestres vol.2 tombe à pic. C’est tout à fait ça, c’est un album suave. À la fois lumineux, tendre et qui vise juste, qui nous enveloppe dans sa danse au bon moment. Évidemment les cuivres sont au rendez-vous, mais aussi toute une collection de guitares, clavier, batterie. Avec ses chroniques, Voyou se dédouble jusqu’à devenir orchestre. C’est pour lui l’occasion d’expérimenter, d’aller où il en a envie. Nous qui sommes également amateurs de chroniques, on le comprend. Et surtout on en profite. C’est un plaisir d’entrouvrir chaque porte dont est composé le projet, de se laisser surprendre. Car « suave » c’est peut-être la petite chose au cœur d’une journée, que l’on n’aurait pas pu prédire et qui fait toute la différence.