La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. Sans plus attendre, on vous dévoile la seconde partie notre 308ème sélection des clips de la semaine.

Nia Smith – High
High de Nia Smith est une chanson qui parle de laisser derrière soi des personnes, des relations, des emplois et des centres d’intérêt qui avaient autrefois le pouvoir de définir qui on est. Selon l’artiste, le morceau est “sur le fait de dépasser des choses qui vous faisaient autrefois sentir au sommet du monde”, et elle le décrit comme “émotionnel et doux, tout en étant onirique et réflexif”.
Dans le clip, on voit Nia Smith assise seule à un arrêt de bus, sous la neige. Au fil de la chanson, elle reste toujours au même endroit, mais les saisons changent autour d’elle : la neige laisse place à un temps beau et doux, les fleurs et l’herbe commencent à pousser autour de l’arrêt. Progressivement, le cadre devient verdoyant, et elle finit par s’installer directement sur l’herbe, dans ce nouvel environnement qui symbolise le passage du temps et le fait de dépasser ce qui était autrefois central dans sa vie.
Feu! Chatterton – Ce qu’on devient
Après une série de concerts pour promouvoir leur excellent album Labyrinthe, nos chers français Feu! Chatterton ont donné rendez-vous à quelques privilégiés dans des lieux parisiens atypiques dont un pressing. La dernière rencontre a eu lieu au sein de Print, espace hybride au cœur de Ménilmontant qui abritait autrefois un central téléphonique – pour les plus jeunes d’entre nous, faites l’effort de chercher ! – pour découvrir le clip de leur chanson Ce qu’on devient.
Pour cette chanson à forte dimension romantique – au sens littéraire du terme -, la bande d’Arthur Teboul joue la carte de l’errance nocturne dans la ville. Dans Ce qu’on devient, Arthur Teboul pose une question vertigineuse à laquelle répondre est un exercice souvent peu aisé. Hantée par la question du temps qui passe, Ce qu’on devient rappelle aussi que la beauté – les fleurs, la lune – peut surgir dans la banalité du quotidien – traduite ici par le bitume -. Les paysages urbains, zones ordinaires, deviennent de véritables espaces de révélation.
Capter cette poésie se devait d’être inscrit dans un travail contemplatif sur la ville et presque cinématographique. C’est chose faite ! Le geste artistique est signé par le réalisateur Sacha Teboul, jeune frère du parolier. Toute la force émotionnelle du clip réside dans le mouvement continu vers l’avant. Les protagonistes ne se croiseront quasiment qu’en toute fin. La figure récurrente du coquelicot, fleur consolatrice et symbole du souvenir est LA touche poétique du clip. Le changement – ici le fait de basculer dans l’âge adulte – n’est pas une perte mais bien la condition du bien devenir.
Vince Staples – Cotton
L’américain Vince Staples vient de dévoiler son nouvel album Cry baby, et avec lui le 3e extrait clippé Cotton.
Il y a 2 semaines dans White flag, Staples brossait le portrait d’une Amérique désenchantée gangrénée par le racisme quotidien et institutionnel en chantant sa lassitude mais aussi sa détermination à ne pas baisser les armes. Son clip percutant le montrait en train de peindre en blanc le drapeau aux 51 étoiles puis le cribler de balles.
Cotton, c’est l’étape d’après (ou d’avant). Le drapeau troué devient ici un filtre à travers lequel défile l’histoire de l’Amérique noire. Staples remonte le fil du temps, des champs de coton où furent exploités des millions d’esclaves jusqu’aux combats pour les droits civiques et aux violences qui continuent de frapper les communautés afro-américaines. La liberté conquise au prix du sang n’a pas mis fin aux discriminations.
Mais Cotton ne se limite pas à un constat. Le morceau célèbre aussi la force de la culture noire américaine et le rôle fondamental de la musique dans les mouvements d’émancipation. Du gospel au blues, de la soul au hip-hop, Vince Staples rappelle que ces expressions artistiques ont accompagné les luttes, porté les espoirs et façonné l’identité culturelle des États-Unis bien au-delà des seules communautés qui les ont fait naître. La musique est politique.
TeddyBear – Chaussures roses
Avec Chaussures Roses, TeddyBear transforme sa présentation en mini-film introspectif teinté de rose et de références à la culture chaleureuse du nord. François Damiens en prime.
En seulement 4 minutes, il nous fait rentrer dans sa tête à grands coups de plans serrés, rythme saccadé et de réflexions personnelles. En quête de soi, il cherche l’écoute des autres, mais semble très seul et incapable de saisir le monde qui l’entoure; les protagonistes semblant gênés par les confessions du grand gaillard et peu enclins à l’épauler. Les scènes du quotidien, marquée par la grisalle du nord, témoignent de la banalité d’un sentiment universel, le besoin de se confier, de se connecter, sans que cela ne trouve forcément un écho chez les autres.
Finalement, il suffit d’une personne réceptive pour tout dénouer et trouver chaussure (rose) à son pied ! Et le meilleur moyen de trouver ces personnes, c’est de tenter, d’aller au devant d’autrui. Quitte à ce que tout ce qu’on puisse en retirer, ce soit un godet et un moment de convivialité.
La Bul feat Isadora – Papayou
Est-ce une parodie ou est-ce que nous sommes face à ce qui risque de devenir le gros tube de l’été ? Nul ne le sait et c’est sans doute là le plus grand talent de Malik Bentalha.
L’humoriste ressuscite cette semaine La Bul, sosie du célèbre rappeur marseillais, et nous offre Papayou, son nouveau titre extrait de son 200ème album en featuring avec Isadora (incarnée par Sarah Lélé, clone presque parfait de Theodora).
Et c’est là que le génie frappe, car les deux ont réussi à capter tout ce qui fait le charme (ou tout ce qui irrite selon certain.e.s) chez les deux musiciens pour nous offrir un morceau parfaitement rythmé, qui n’a pas à rougir de la comparaison. Bien sûr, les paroles tirent sur la corde et nous entrainent dans quelque chose d’absolument absurde, souvent très drôle (coucou Basile Boli) et qui rentre dans la tête des les premières mesures.
Le clip est à la hauteur du morceau. Ainsi Papayou est un clin d’œil permanent à deux univers. On alterne ainsi entre le côté amoureux de Marseille, de scooter et du Vélodrome et un univers ultra coloré, presque onirique de l’autre.
On s’amuse ainsi à repérer toutes les références présentes dans la vidéo (et elles sont nombreuses) et une nouvelle fois on s’incline devant le talent de Bentalha.
Vivement la prochaine vidéo.
Weezer – We Might As Well Be Strangers (ft. Wednesday)
Le temps a t-il un impact sur Weezer ? On est en droit d’en douter et c’est sans doute tant mieux. Depuis plus de 30 ans, le groupe californien nous offre une musique qui traverse le temps, à base de gros riffs de guitares et de pensées presque toujours adolescentes.
Certains y verront sans doute un syndrome de Peter Pan mal digéré, nous on y voit surtout un groupe qui traverse les époques et touche toutes les générations qui s’approchent de sa musique. La preuve la plus récente étant la déclaration d’amour d’Olivia Rodigo à leur musique et leur nouveau titre cette semaine qu’ils partagent avec Karly Hartzman, chanteuse du groupe Wednesday.
We Might As Well Be Strangers ne surprendra donc personne, mais une nouvelle fois ça n’est pas pour nous déplaire. Le morceau porte en lui une mélancolie réconfortante, pour une musique dans laquelle on adore se lover.
Rivers et Karly nous chantent l’éloignement de deux personnes qui deviennent peu à peu étrangères l’une face à l’autre, devenant presque des fantômes dans la vie de l’autre avec tout ce que cela apporte de souffrance et d’incompréhension.
La vidéo de Jasper Graham pour le titre est elle aussi un grand moment de nostalgie qui fleure bon les 90’s. Un décor simple et unique, une colorimétrie un peu passée et le groupe qui joue son morceau avec une intensité digne des plus grands playblack alors que la caméra tourne et se rapproche de chaque membre bien concerné par son affaire. Tout ce qu’on aime au final.
Weezer dévoilera le Gold Album, son vingtième, et très attendu, projet en août prochain.
Hélène Barbier – Marcel
Cette semaine, Hélène Barbier a annoncé la tournée mondiale de son album Panorama, passant par le Canada, les États-Unis et surtout six dates françaises. Dans le même temps, elle en a profité pour offrir un clip à son titre Marcel.
Contrairement à beaucoup de nos politiques français, la Québécoise ne souffre pas de phobie administrative, mais semble quand même se retrouver dans un labyrinthe de l’étrange lorsqu’il s’agit de s’occuper de ses papiers. En résulte Marcel, un titre qui porte en lui une certaine angoisse, entre des paroles en forme de pensées internes qui laissent pointer une sensation de perte et d’incompréhension et un morceau qui joue de ce cycle presque dystopique pour offrir un chaos constant, presque dissonant qui amplifie l’histoire de Marcel.
La vidéo l’accompagnant, qui mêle prises de vue réelles et animations amplifie ce sentiment presque lynchéen de se retrouver dans un univers où tout bouge, rien n’est tangible et devient presque oppressant.
Ainsi, malgré les couleurs vives, les personnages animés qui accompagnent les chorégraphies pleines de non sens d’Hélène Barbier offrent un rendu proche de la folie douce qui nous fascine autant qu’il nous inquiète.
Tout ici prend la mesure du morceau et de la boucle sans fin qu’il laisse transparaitre et de notre côté, on y verrait presque un clin d’oeil aux 12 travaux d’Astérix.
Avez-vous votre laisser passer A 38 ? Non, mais nous avons Marcel d’Hélène Barbier !
Ibeyi – Offerings
Les deux jumelles poursuivent le dévoilement progressif de leur prochain album. Ibeyi partage Offerings, morceau éponyme du disque attendu pour la fin du mois de juin. Les sœurs Diaz partagent en morceaux fluide dans lequel les genres et les atmosphères ce mélange aisément. On passe de sonorités électroniques et orchestrales à des paroles déclamées puis chantées.
Avec toujours une intention d’appeler l’auditeur à la contemplation. Le clip répond aussi à cette attente. Corry Van Rhijn et Roman Pichon Herrera ont réalisé le clip de Offerings, sous l’impulsion et les idées des jumelles cubaines. On y voit la Havane, sa vie quotidienne et sa mer.
LA Priest – Into The Sky
Cette semaine, LA Priest est de retour avec Into The Sky, premier extrait d’un nouveau projet à parraitre prochainement.
Fruit de sa collaboration avec Boys Noize, Into The Sky nous entraine avec lui dans une danse euphorique où le rythme ne faiblit jamais. Un morceau porté par un rythme percussif et des nappes synthétiques vibrantes qui permettent à la voix de Sam Eastgate de s’envoler ver les cieux. Into The Sky est un morceau libre, joyeux et humain à la fois qui annonce une nouvelle direction pour le musicien, ou plutôt un retour à certaines sonorités explorées dans sa jeunesse musicale mais qu’il avait tenu éloigné de lui pendant trop longtemps.
Pour accompagner ce morceau, Joseph Bird Jr. et LA Priest profitent du ciel bleu et du désert de Joshua Tree pour nous offrir un clip hautement cinématographique où le musicien se transforme en héros futuriste en pleine fuite à la recherche d’une vérité dont seul son cœur semble avoir la clé.
Pleine de références à un cinéma libre des années 70, la vidéo d‘Into The Sky semble être la première porte à une histoire que LA Priest semble décidé à nous délivrer comme un puzzle.
Pour le reste, le musicien viendra présenter son nouveau projet le 24 juin projet dans le cadre intimiste du Silencio.