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Les clips de la semaine #315 - Partie 2

La musique ça s’écoute, mais parfois ça se regarde aussi. Chaque semaine, La Face B vous sélectionne les clips qui ont fait vibrer ses yeux et ses oreilles. On vous invite maintenant à découvrir la seconde partie de notre 315ème sélection des clips de la semaine.

Théa - Létal (ft. Rebeka Warrior)
Létal est le quatrième single extrait de Popstar Speedrun, premier album de Théa attendu pour le 2 octobre. La collaboration avec Rebeka Warrior n'a rien d'anecdotique : c'est une rencontre entre deux univers qui partagent la même façon d'habiter les marges. Le morceau se situe au croisement du punk, de la rave et de la hyperpop, avec une production qui ne cherche pas à adoucir le propos, car elle l'amplifie. Les paroles sont directes, presque brutales dans leur lucidité : la nuit comme seul espace habitable, avec ce refrain qui claque : « la nuit c'est bleu, la vie c'est létal ». Le clip, réalisé par hs.unknow avec qui Théa avait déjà travaillé, joue la carte du dépouillement radical : fond noir, lumières bleutées, fumée. L’esthétique d'une warehouse à trois heures du matin. Certaines séquences semblent tirées d'une vieille cassette, la résolution pixelisée donnant l'impression d'images survivantes, de fragments arrachés à un passé flou. Les deux artistes apparaissent parfois diffractées, leurs visages se confondant, comme une façon visuelle de matérialiser la fusion de leurs univers. Ce n'est pas un clip qui cherche à impressionner, mais un clip qui cherche à dire quelque chose, et qui y parvient.
Isaac Delusion - Out of the blue
Isaac Delusion revient avec un nouveau single, Out of the blue, et nous livre un nouveau clip d’une simplicité méthodiquement travaillée.
Pendant trois minutes, on voit le chanteur, tout de bleu vêtu, face à l’océan. Ce qui est particulièrement remarquable dans ce clip, c’est la synchronicité des paroles et du visuel. Répétant « Don’t let it catch you », il ne cesse de danser face aux vagues qui se fracassent devant lui. Elles se succèdent dans un enchaînement répétitif, faisant écho aux vagues émotionnelles qu’il faut affronter sans relâche.
Lorsque l’océan se calme, il se retourne pour nous faire face sur ces phrases « You’ve got one more battle to do » et « A storm is never meant to last ». C’est également l’occasion de faire un léger changement de décor, passant d’un rivage rocheux à une plage de sable, amplifiant cette idée de retour à la tranquillité.
Avec Out of the blue, Isaac Delusion fait de l’océan le miroir de son état émotionnel, dans un clip à l’esthétique soignée et au timing millimétré.
TVOD – Meetings
Les brooklynois de TVOD avaient commencé avant l’été, la rentrée sonne l’heure du retour de la vague promotionnelle de leur album The Farm. Si les animaux vous avaient manqué dans les dernières sorties, cette fois-ci c’est bon, ils sont bien là.
Tourné à l’arrache dans une laiterie à Chemillé-en-Anjou avec des images texturées façon VHS surannée, Meetings reprend les codes DIY désormais bien caractéristiques de l’esthétique de TVOD. L’exploitation laitière du Maine-et-Loire devient une scène punk où le frontman expulse ses déboires sentimentaux à ses confidents bestiaux le temps d’un tournage.
Guitares accrocheuses, rythmique entrainante, synthé scintillant, Meetings joue sur une répétition dynamique. Souvent en retrait, le chant de Tyler Wright est cette fois plus incarné. La joyeuse bande de TVOD prouve une fois de plus qu’elle sait faire en matière de délicieux chaos !
Marguerite - bellevie
On vous avait déjà parlé du clip de belle vie, mais Marguerite revient cette fois avec une version résolument estivale. Pour rappel, le titre capture l’essence des petits riens du quotidien. Portée par une énergie immédiate et entraînante, la chanson célèbre une joie simple, presque instinctive, née de l’attention portée à ce qui nous entoure.
Cette nouvelle version prend des airs de carnet de route et retrace l’été de la chanteuse, entre trajets en transports pour rejoindre les différents festivals auxquels elle participe, moments sur scène face à des fans déchaînés et instants de complicité avec son équipe. Une plongée spontanée dans les coulisses de son été, qui colle parfaitement à l’esprit léger et solaire de belle vie.
Noé Preszow - Y’a un monde
Avec Y’a un monde, Noé Preszow signe un morceau frontal, construit autour d’une batterie répétitive et d’un texte qui multiplie les images pour dessiner un autre horizon. Le titre oppose notamment l’omniprésence, la consommation et la recherche de statut à une conception plus libre de l’existence, où l’on peut « rêver ni d’être riches ni d’être puissants ».
Le clip adopte une esthétique en noir et blanc particulièrement dépouillée. Filmé en gros plan, le visage de Noé Preszow occupe l’image tandis qu’il interprète le morceau face à la caméra. Un choix visuel minimaliste qui accompagne le caractère direct de cette nouvelle proposition.
Dinosaur Jr. - Everything At Once
Everything At Once ressemble à une conversation qui aurait raté son dernier mot. Dinosaur Jr. y fait du désamour une matière flottante, quelque chose qu’on traîne derrière soi comme une armure devenue trop lourde. L’image d’un chevalier surgit alors moins comme celle d’un héros que comme le vestige d’un combat dont l’issue est depuis longtemps scellée. Rester, attendre, encaisser : le morceau avance ainsi, à tâtons, dans les débris d’une histoire qui ne sait plus comment finir. Puis tout se confond, le manque, l’orgueil, les regrets, jusqu’à ce vertige où l’on comprend qu’on peut encore livrer bataille à quelqu’un qui, lui, a déjà quitté le champ.
La musique du groupe continue de trouver une forme simple, énergique et durable, sans pour autant être vide de sens. Leur nouvel album, There Near, est déjà disponible.
Alex Amen - Peaches
Jouant avec le désir comme avec une mauvaise blague, Peaches aguiche, provoque, puis laisse derrière elle un goût plus sombre qu’il n’y paraît. Dans ses harmonies affleure pourtant une douceur presque inattendue, une chaleur qui arrondit les angles et laisse entrevoir quelque chose de plus fragile.
Derrière la désinvolture, un monde entier semble s’effondrer en silence : des matins passés à écouter la pluie, des prénoms murmurés dans le vide, des souvenirs qui refusent obstinément de prendre leur retraite. Le titre, lui, ne pleure jamais tout à fait. Il préfère fanfaronner au bord de la blessure, avec cette superbe légèrement bancale des âmes qui ont compris, trop tard, qu’on ne possède jamais vraiment personne.
Une nouvelle fois, Alex Amen imprime sa marque. Son captivant dernier album, Sun of Amen, continue de déployer ses effets, gagnant en profondeur et en impact au fil des écoutes.
Girls in Hawaii - Goddess
Près de dix ans après Nocturne, Girls In Hawaii poursuit son retour avec Eldorado, attendu le 25 septembre 2026 chez Capitane Records. Après l'introspection contemplative de Is It Happening Right Now? et la quête d'un idéal aussi fascinant qu'insaisissable portée par Eldorado, le groupe belge dévoile aujourd'hui Goddess, troisième extrait de l'album. Une nouvelle étape dans ce retour, qui explore cette fois une autre forme de quête : celle de l'inspiration.
Dès les premières secondes de Goddess, on retrouve ce qui rend Girls In Hawaii si singulier : des guitares lumineuses, des harmonies aériennes et cette voix douce et fragile d'Antoine Wielemans. Une atmosphère planante et délicate, portée par des accents légèrement seventies et une vibe qui n'est pas sans rappeler Travis, Grandaddy ou The Flaming Lips. Goddess se révèle encore plus solaire que ses deux prédécesseurs. Pourtant, derrière cette légèreté se cache une interrogation intime : comment trouver l'idée qui donnera naissance à une chanson ?
Car Goddess parle avant tout de création. De ces moments où l'inspiration se fait attendre, où l'on cherche un point de départ, où chaque idée semble mauvaise avant même d'avoir eu le temps d'exister. Lionel Vancauwenberge décrit cette difficulté avec franchise : « Cette chanson parle d'une muse, ou de l'inspiration en général. J'ai souvent essayé de me représenter l'inspiration dans les moments où il n'y en avait pas, c'est vraiment l'obsession constante. Trouver une idée, le point de départ d'une chanson, c'est assez pénible pour Antoine et moi. Il faut un peu se tromper soi-même pour se lâcher et se mettre à écrire, passer ce moment un peu honteux où tout semble sonner mal et où on a envie d'arrêter. J'ai fini par imaginer cette muse comme une statue grecque au bord d'une piscine, c'est assez cliché je sais, mais ça a marché. La chanson a une vibe un peu 70's, et quelque part elle est la preuve que ça a fonctionné. »
En transformant le blocage créatif en image, Girls In Hawaii fait de Goddess une chanson sur cette étrange nécessité de continuer à chercher, même lorsque rien ne semble fonctionner.
Les paroles prolongent cette idée de renaissance. « Now it's time to rebirth / Look up to the sky », chante Antoine Wielemans, tandis que les images de danse, de joie et de ciel donnent au morceau une légèreté presque enfantine.
Le clip, réalisé par Simon Vanrie, épouse parfaitement cette philosophie. Une succession d'images et de plans où les yeux apparaissent sous toutes leurs formes — en sparkler, en iris, à travers une longue-vue ou une vitre glacée — se mêle à des portraits et des paysages tournés par Simon Vanrie, mais aussi par Laure Dubernet, Christopher Yates, Pablo Crutzen, Romain Ferrand et Grégoire Maus. L'ensemble fonctionne comme un "cadavre exquis visuel", où les séquences se répondent librement et où chaque image semble faire naître la suivante.
Il y a quelque chose de profondément cohérent dans cette manière de filmer Goddess. Le clip ne cherche pas à expliquer la chanson, mais lui laisse un espace pour accueillir et interpréter ce visuel, ou simplement se laisser guider par la chanson. Comme l'inspiration elle-même, les images semblent surgir sans prévenir, trouver leur place, puis laisser la suivante prendre le relais.
Après Is It Happening Right Now? et Eldorado, Goddess apporte ainsi une nouvelle couleur au cinquième album de Girls In Hawaii. Là où les deux premiers singles exploraient l'introspection et la poursuite d'un idéal, ce troisième extrait revient à la source : le besoin de créer, malgré le doute.
Et finalement, Goddess pourrait être l'une des clés d'Eldorado. Une muse, une idée, une chanson. Peu importe la forme, du moment qu'elle nous donne envie de commencer ou recommencer.
Le groupe présentera son nouvel album sur scène à Paris, avec une première date le 22 septembre au Supersonic, puis le 5 novembre à La Cigale, avant de poursuivre sa tournée en France et en Europe.
Danielle Ponder - Sun and Moon
Avant la sortie de son très attendu deuxième album Everything Has Changed, prévu pour le 9 octobre chez Dead Oceans, Danielle Ponder dévoile Sun and Moon. Après la déclaration d'affirmation de soi portée par Power, l'ancienne avocate spécialisée dans la réforme de la justice pénale — reconvertie en figure majeure de la soul à 39 ans — revient avec une nouvelle facette de ce projet capital : l'exploration intime et lucide d'un amour dont elle a choisi de se libérer.
Dès les premières secondes de Sun and Moon, on retrouve ce qui fait la force unique de Danielle Ponder : une soul pétillante et acidulée, gorgée de peps et portée par une voix pleine d'incarnation. On y décèle cette puissance, ce velours et ces demi-tons si particuliers qui évoquent irrésistiblement la profondeur d'une Nina Simone. Produit par Mike Elizondo et Barney Lister, avec des percussions signées Bartees Strange et Nate Smith, Sun and Moon déploie une mélodie accrocheuse et entraînante qui donne envie de chalouper et danser. Mais ne vous méprenez pas ! Danielle Ponder règle bien ses comptes et aborde le cycle épuisant des relations amoureuses asymétriques et inégales, où l'autre ne recherche que la poursuite sans jamais vouloir s'engager.
Car Sun and Moon parle avant tout d'émancipation et d'indépendance. Elle affirme sans détour : « Sur cet album, je règle davantage de comptes que je ne l'aurais fait auparavant. Parce que j'en ai fini avec cette idée de placer les hommes au centre de ma vie et de croire que leur validation pourrait enfin me rendre digne. »
Les paroles prolongent cette métaphore céleste d'un amour qui ne se croise jamais vraiment : « My baby loves me like the sun loves the moon / Cause when I'm leavin', that's when he sees my light », transformant le constat d'un jeu psychologique du chat et de la souris inutile en une affirmation lumineuse de son indépendance.
Le clip, réalisé par Fede Kortez, épouse parfaitement cette philosophie solaire et illustre bien la chanson. Tourné au Sénégal — pays où un voyage fondateur à l'âge de 17 ans avait marqué son parcours —, le clip a cette composition de couleurs vibrantes et acidulées qui donne une envie immédiate de sourire et bouger, tout en célébrant l'émancipation féminine et la réappropriation de son propre pouvoir.
Après Power, Sun and Moon apporte une nouvelle nuance à l'univers d'Everything Has Changed. Là où son premier album Some of Us Are Brave (2022) marquait son arrivée tonitruante, ce nouveau single témoigne d'une artiste en pleine possession de ses moyens, libérée du perfectionnisme et bien décidée à savourer chaque instant de son parcours. « Je suis simplement là pour profiter du voyage », conclut-elle. Une philosophie qui transforme son épreuve intime en une véritable célébration.
KABBEL – Reward (ft. Perturbator)
Des nouvelles de KABBEL ! Gregory Hoepffner connu dans ses multiples autres side projects (Almeeva, Jean Jean, SURE., ex-Time To Burn) est de retour ! Pour promouvoir ce nouveau titre tiré de son premier album à venir en octobre prochain When The War Is Over, le producteur a un invité de choix : le grand Perturbator.
Motion designer de profession, Gregory Hoepffner s’est positionné sur tous les fronts et notamment à la réalisation de son clip où s’entremêlent images de live, paysages urbains nocturnes aux lumières froides, collages et distorsions au volant. Un clip percutant et très marqué darkwave.
Musicalement, on retrouve les synthés glacés et les textures industrielles appréciés chez les deux hommes. Reward explore le thème de l’auto-réalisation artistique. Bien sûr, on s’en doute le rêve artistique est au-delà de complexe, le chemin est également parfois long. KABBEL joue la carte de l’intensité comme étant celle de la récompense dans laquelle l’expérience humaine est au cœur du parcours de tout musicien indépendant peu importe le genre musical choisi.
Late Again - To Stop The Time
Dans des endroits bondés, j’ai parfois cette impression, et encore plus fréquemment quand j’attends un train, un métro ou un bus, d’être ailleurs. De me voir jouer et déambuler dans un film, ou un jeu vidéo. Trop tard, « Game Over … » j’ai loupé le métro. Rafael Melo, alias Late Again, artiste brésilien basé à Brooklyn, s’empare de cette temporalité autre pour composer des morceaux de dream pop réconfortants. Voilà un allié pour nous accompagner dans cette nouvelle journée.
To Stop The Time est le premier titre du dernier EP de Late Again, I Dreamt I Was Awake. Ce morceau est une plongée dans un rêve, un arrêt sur image, presque sans début ni fin. Comme ouvrir la porte d’un monde parallèle, qui s’étend avant et après ce claquement de porte. Le clip, ainsi que toute la DA de ce projet, est porté par une esthétique forte et cohérente. Que ce soit dans les paroles ou l’image, on retrouve cette dimension onirique et évanescente. To Stop The Time s’écoute allongé sur l’herbe, un lecteur cassette à la main. Les couleurs de ce monde sont vives et saturées, avec un ciel qui ressemble presque à celui d’un fond d’écran Windows.
Sans aucun doute, Late Again habite aussi son propre jeu vidéo. On relève les transitions et les effets spéciaux un peu à l’ancienne. I Dreamt I Was Awake c’est ce qui se passe dans notre tête une fois qu’on a les yeux fermés, notre inconscient se charge des détails techniques. En espérant avoir éveillé votre curiosité, il n’est pas trop tard pour aller jeter un œil (et une oreille) au projet.