Interviews
Les entrevues cartes sur table - Épisode 4
Cette année, La Face B vous propose comme série de l'été les entrevues cartes sur table. Le principe est simple : l'artiste ou le band pioche une ou plusieurs cartes de tarot et nous donne son interprétation (on aurait aimé jouer les madames Irma mais on n'y connait rien). On lui demande ensuite de nous donner une musique à laquelle ça lui fait penser, de son répertoire ou non, et ainsi constituer votre playlist de l'été de vos artistes préférés.
Pour ce troisième épisode des cartes sur table, on a parlé aussi bien de chevaliers, de l’Argentine, de Kia 2013, de prendre soin de soi et des autres, de à quel point c’est beau d’être dans un band et de passer de se lancer dans le vide.
Nectar Palace
L'As d'épée et Le Mat

J'ai déjà tiré, et c'est l'As d'épée qui sort en premier.
Écoute, l'As d'épée, ça évoque mon enfance. Tu ne t'attendais pas à ça. Entre trois et six ans, on ne me voyait jamais sans épée, j'en avais toujours une sur moi, un vrai mini-chevalier. J'attaquais mon chat. Je ne réussissais jamais, mais je tentais. Peut-être que la carte évoque le fait que je dois faire une introspection en vue de mon prochain album, repenser à mon enfance. Je vois aussi de l'algue, alors peut-être que je devrais visiter une ville portuaire.
La couronne, c'est peut-être un avertissement, genre fais gaffe, ne t'enfle pas trop la tête, sinon tu vas recevoir une épée dedans. Les petites flammes, moi je les vois comme des zestes de citron pour accompagner mes martinis. J'hésite entre les deux, j'aime le dirty, mais qui suis-je si je n'essaie pas les zestes de citron ? Un peu de zeste dans ma vie pour le prochain album. As d'épée, out.
J'en tire une petite dernière, et c'est Le Mat. Là, j'aimerais m'adopter un chat. Je vois un petit chacal sur la carte, mais tout ça me semble un peu interchangeable. Je me vois en train de me dandiner au sommet d'une montagne, avec un chat qui me suit partout. J'en sais trop peu, mais j'aime le soleil, alors peut-être que je pourrais m'acheter un nouveau top pour complémenter la fourrure de mon chat. Ce que ça m'inspire au fond, c'est la liberté, la sécurité, le bien-être, l'été, surtout avec ce grand soleil dessus. Le personnage a une petite fleur dans la main et son baluchon accroché à un bâton, et oui, ça me donne envie de partir en voyage. Je contemplais le Vietnam, en février prochain ou sinon en février 2028. C'est loin, mais je fais de la musique, alors peut-être que ça va lever et que je vais me booker un show à Saigon.
La chanson qui me vient en tête
Rapidement, comme ça, ça m'évoque le vidéoclip de My Little Dark Age, avec son esthétique un peu gothique par moments. C'est une chanson de MGMT que j'adore, et instinctivement, c'est ma réponse.
Le vœu à lancer dans l'univers
Jouer aux Francos 2027. C'est mon souhait, et on va le manifester. D'ailleurs, c'est écrit juste là sur la carte.
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Luan Larobina
L'As de deniers, le Valet de coupe et Le Pape

Je retourne les trois cartes. On a l'As de deniers, le Valet de coupe et Le Pape. Le Pape, ça, c'est drôle. Ceux-là, je sais un peu c'est quoi, mais je ne vais pas essayer de te dire ce qu'ils veulent dire officiellement, je vais te donner mon interprétation à moi.
Le Pape, il me fait penser à mon père. C'était sa fête hier, et c'est un lion, alors je trouve qu'il y a comme une énergie de roi, de royauté. L'As de deniers qui sort d'un nuage dans le ciel me fait un peu penser au drapeau de l'Argentine, avec le soleil au centre. Récemment, je suivais beaucoup la Coupe du monde à la FIFA, et bon, on a fini par perdre, mais ça me ramène à l'Argentine. Ici, on a un valet qui tient une coupe avec un poisson dedans. Il a l'air d'avoir des vagues comme couronne, et il se tient peut-être devant la mer, sur une plage. Ça me fait un peu penser à la Gaspésie.
Tout ça mis ensemble, ça me fait penser au dernier single que j'ai sorti, parce que c'est une chanson pour mon père. La Gaspésie est une grande inspiration pour moi, et dans cette chanson, j'ai mélangé mes racines québécoises, mon côté latin et l'Argentine. Si on cherche, si on crée, ça me ramène vraiment à ça.
La chanson qui me vient en tête
C'est justement mon single, que j'ai composé avant les Francouvertes, Voz de mi vida. Je voulais vraiment une chanson qui marie mes deux identités, quelque chose de festif, que les gens peuvent chanter, de rassembleur. Je trouve que ça a vraiment créé cet effet-là. C'est la première fois que je co-composais avec Cédric Saint-Onge, qui a écrit une partie de la musique. Tout ça s'est fait ensemble, et moi j'ai écrit les paroles. Je m'adresse à mon père de manière très intime, mais ça peut aussi être très général, pour n'importe qui a dû s'intégrer dans un autre pays, la communauté immigrante par exemple. Je parle des liens qui se tissent à travers la musique, de la façon dont on peut briser les frontières de la langue pour se rassembler autour d'un point commun.
Sur la carte, je vois aussi la mer, derrière le valet, et moi je suis fan de la mer. J'adore aller me baigner dans les rivières. Cet été, pour la première fois depuis très longtemps, je ne suis pas beaucoup en Gaspésie, parce que j'ai plein de spectacles ailleurs, ce qui est génial et pour quoi je me sens très reconnaissante. Mais tout de suite après cette entrevue, on file vers la Gaspésie avec Ced, passer une semaine là-bas. J'ai vraiment hâte de me baigner.
Le vœu à lancer dans l'univers
Je suis vraiment reconnaissante d'être là où je suis en ce moment, j'ai l'impression d'avoir tout ce dont j'ai besoin. Mais si je pouvais avoir de la prod de spectacle, ce serait incroyable. J'ai déjà une merveilleuse équipe qui se complète bien, j'ai signé en label, en booking, j'ai ma gérante, mais je fais encore ma prod de spectacle moi-même, et c'est beaucoup de charge mentale et d'organisation. J'aimerais me libérer de ça pour faire plus de musique, compléter ma belle équipe avec une prod de show bientôt.
Et comme la coupe avec le poisson me fait penser à un génie qui sort pour exaucer les vœux, j'utiliserais mon deuxième pour dire que je travaille en ce moment sur mon prochain album. J'espère qu'il aura une belle réception, que les chansons se rendront au cœur des gens, et que je continue mon chemin en restant attentive.
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Stéphanie Boulay et Elliot Maginot
Le Cavalier de bâton, La Mort, le Roi de deniers, Le Chariot et le Cavalier de coupe

Stéphanie commence. Elle tire trois cartes, en tourne une et laisse les deux autres face contre terre, juste parce que ça faisait beau, que c'était symétrique. Et déjà, elle trouve que ça en dit long sur son tirage. La première, c'est le Cavalier de bâton. Elle y voit un homme en grosse armure, préparé pour la guerre, sur un cheval qui a l'air d'un cheval de carrousel à l'envers, comme si ça se passait plutôt mal pour lui. Il tient un bâton dans les mains, et pour elle, le bâton, c'est les ressources. Comme il est à l'envers, elle se dit qu'il y a peut-être des problèmes de ce côté-là.
Elle retourne ensuite ses deux autres cartes. La Mort à l'envers, et le Roi de deniers à l'envers aussi. La Mort renversée, elle la lit comme une pulsion de vie, un renouveau. Ces dernières années, elle avait l'impression qu'il n'y avait plus beaucoup de perspectives d'avenir reluisantes pour elle, et là c'est le contraire qu'elle ressent. Elle recommence à aimer des choses qu'elle aimait moins avant, elle sent du plaisir, de l'énergie, de la curiosité, l'envie d'apprendre. Ce qu'elle croyait être la fin de quelque chose, c'est en fait le début d'autre chose. C'est cliché, mais c'est ça. Et comme les cartes sont à l'envers, elle se dit que ses fondations sont peut-être un peu shaky en ce moment. Le Roi de deniers renversé, elle le rattache d'abord au résiduel d'une relation passée, puis en rit en imaginant que ça annonce plutôt un chum un jour extrêmement riche. Sauf qu'au fond, ce n'est pas ce qu'elle souhaite, elle aimerait mieux gagner son propre moulin. Le portrait global qu'elle en tire, avec le désert qu'elle finit par remarquer derrière le cavalier, c'est celui d'une traversée du désert. Un combat, oui, mais un désert qui ne sera peut-être pas si long avant d'aboutir quelque part.
Puis c'est au tour d'Elliot. Il tire d'abord le 3 d'épée. Trois épées dans le cœur, ça lui parle de sa relation avec Meg. Ça fait quatre ans, et il y a peut-être eu trois années où ils ont combattu leurs patterns, appris à se connaître, à se comprendre, avant d'arriver à la quatrième en sachant qu'ils veulent continuer, avancer ensemble, sur des bases solides. Pas trois ans de marde, plutôt trois ans de découverte et de travail. Le plus gros du travail est fait, et à partir de maintenant, ils peuvent se reposer un peu.
Sa deuxième carte, c'est Le Chariot, à l'envers. Là, il éclate de rire, parce que c'est clairement sa vieille minoune, sa Kia 2013, un vieux crisse de chariot qui va bientôt finir à l'envers dans la scrap, avec ses deux sphinx dont un plus slow que l'autre. Mais derrière la blague, il y a le Cavalier de coupe, un nuage qui lui tend une coupe qu'il n'a pas l'air de vouloir, qu'il semble même refuser. Elliot y lit un dilemme intérieur, une pesée de pour et de contre, le combat de ne pas devenir un vieux con en vieillissant. Résister à boire le Kool-Aid, à s'éteindre un peu, même s'il reconnaît qu'il y a plein d'avantages à devenir un vieux con, vu le nombre de gens qui choisissent cette avenue.
La chanson qui nous vient en tête
Avec le petit personnage à la flûte qui a des airs de ménestrel, Stéphanie se met à chanter cette ambiance de vin clairet où tout tourne, tourne, tourne. C'est un genre musical à petites dominantes qu'Elliot adore, et ça colle bien à la carte. Elle propose aussi For The Living d'Elliot Maginot pour ce ménestrel qui court dans la prairie vers sa coupe. Puis elle pense à Laisse aller la vie, parce que la vie, c'est un peu nul parfois, mais c'est pas grave. Elliot embarque, cent pour cent, parce que la vie, c'est aussi la mort, inévitablement. Laisser aller, et ça va arriver. La mort n'est pas ton amie ni ton ennemie, c'est juste ça. Il n'a plus peur de son nom, même s'il a encore fucking peur de la mort.
Les vœux à lancer dans l'univers
Stéphanie souhaite d'abord des choses à Elliot, avec tendresse. Qu'il ne recommence pas à boire, qu'il continue de travailler sur son couple, qu'il fasse attention de ne pas avoir d'accident avec sa vieille minoune, et une voiture en bon état pour l'avenir. Elliot lui renvoie la balle en lui souhaitant de se trouver vite un bon planificateur financier, parce que selon lui la moula s'en vient en flot continu.
Pour eux-mêmes, Elliot souhaite qu'ils continuent d'avoir du fun. Ils sont tous les deux un peu alignés dans un mode ambition, structuration, placer ses pions, penser au prochain step, et ils blaguent tellement sur le fait de devenir de vieux plates que ça pourrait devenir une prophétie auto-réalisatrice s'ils n'y prennent pas garde. Continuer à avoir du fun, donc, sans que fun veuille dire irresponsable. Stéphanie renchérit, parce que c'est justement quelque chose qui lui est difficile depuis longtemps. Elle calcule tout, se demande si profiter aujourd'hui va la rendre trop fatiguée demain, toujours raisonnable, raisonnable, raisonnable. Elle finit par se souhaiter à elle-même, et à lui, de la légèreté. Slacker un tour. Parce qu'ils sont rivés sur un beat de hustle, de grind, alors que la moula finira bien par venir.
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Muhoza & Carson
La Lune, La Papesse, le Cinq d'épée et le Trois de deniers

On décide de piger ensemble, chacun retourne une carte et on essaie de deviner à plusieurs ce qu'on y voit. Assez vite, on réalise que chaque carte colle à quelqu'un de la gang, comme si le paquet nous connaissait déjà.
La Lune, c'est Éloi. La carte nous ramène tout de suite à l'éclipse lunaire récente à Montréal, celle qu'on a tous trouvée insane. On y voit le soleil et la lune à la fois, un côté lumineux et un côté plus introspectif, et c'est exactement Éloi. Il y a des moments où il est loin, où c'est comme si ce n'était pas lui, et d'autres où il est là, présent. Sur la carte, il y a aussi un homard et deux chiens qui regardent tous vers le haut, vers la lune qui est en même temps un soleil. Comme si l’astre avait de l'autorité sur tout le reste, que toutes les attentions étaient fixées sur lui. Ça, c'est Éloi quand il joue devant tout le monde. Le monde est concentré sur lui, mais lui reste concentré sur le but et sur la mission.
La Papesse, c'est Carson. On y lit la sagesse, la figure qui remet le groupe dans la ligne droite, celui qui nous pousse à partir tôt, à faire les choses comme il faut. Le plus sage de la gang, souvent le premier à trancher, à nettoyer les affaires quand ça traîne. Quand il parle, on l’écoute comme on écoute un sage.
Le 5 d'épée, c'est Déric. Il est comme dans une posture de combat, de celui qui est prêt à aller à la guerre tout seul s'il le faut, même si les autres ne sont jamais bien loin. On y devine quelqu'un qui les a tous battus, avec le sourire du gagnant, fier de sa victoire. C'est Déric dans un cypher ou un rap battle, celui qui passe et qui bat tout le monde.
Et le 3 de deniers, c'est Bianca. On l'identifie vite comme la carte de l'argent, la carte de la moula. Ce qui est drôle dans l'affaire, c'est que Bianca sort justement de la banque cette semaine, alors la voir piocher le 3 de deniers, ça fait un peu flipper de synchronisme. Et le clin d'œil parfait, c'est que sa chanson préférée de l'album, c'est justement Moula. Tout se répond. Les cartes l'ont dit, on va avoir de la moula en masse en 2027,
La chanson qui nous vient en tête
Là, ça part dans tous les sens, parce que les quatre cartes réveillent plusieurs tounes à la fois, et chacune répond un peu à sa personne. Le 3 de deniers et son argent, c'est clairement Moula, la chanson préférée de Bianca tombée pile sur sa carte, ce qui nous nous hallucine de voir tout s'aligner comme ça. La papesse, ça évoque Take the time, avec son idée de sérénité et de balance, celui qui reste tranquille pendant que ça brasse autour. Il y a aussi 9 à la 1, parce que même quand tu penses être seul, tout le monde est là pour toi, t'es jamais tout seul. Et La Lune d'Éloi appelle forcément une chanson ensoleillée, du genre Partie de plaisir. Bref, chaque carte a sa toune.
Le vœu à lancer dans l'univers
Prends soin de toi. C'est le message qu’on souhaite à tout le monde et le titre de notre album aussi. Tant qu'à lancer un vœu dans l'univers, celui-là, on se le souhaite à nous-mêmes autant qu'aux autres.
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Le Winston Band
Le Six de bâton

On pige une carte, et c'est un cavalier, avec sa couronne un peu style Noël posée sur un bâton.
Le cheval, forcément, ça va bien avec ce qu'on fait, parce qu'on joue une musique un peu de “paysan”. Notre inspiration principale, c'est une musique rurale, le zydeco, la musique cajun du sud de la Louisiane, des créoles et des cajuns qui ont eux aussi une grosse culture du cheval. Une de leurs traditions très fortes, ce sont les trail rides, des promenades à cheval le dimanche qui finissent dans une grange où un band joue. On a eu la chance d'assister à l'une d'elles il y a deux ans. Ça nous inspire, même si on en est très loin, parce que nous, on vient de la ville, de Montréal, et on n'a pas grandi dans une culture équestre.
En revenant à la carte, il y a cinq lances bien tendues vers le ciel. Ça nous représente un peu, ces cinq hommes. Mais il y en un sixième bâton. Ça serait l'entité du Winston, celle qui passe devant l'individualité des cinq branches et vient les sublimer. Ça va faire 15 ans l'année prochaine qu'on joue ensemble, alors six cartes, ça tombe juste. Nos cinq individualités, plus l'entité commune, ce sixième sens qui résume toute l'aventure. Après 15 ans, certains d'entre nous ayant même été colocs, le sens du collectif finit par prendre une place immense. Et au fond, c'est le cavalier qui détermine notre destin dans la course folle vers l'avenir.
Il y a aussi un air triomphant sur la carte, un côté un peu prince. On a justement une chanson où on dit que le Winston Band est arrivé. C'est la fierté, l'attention, malgré ceux qui ont voulu nous faire du tort. On a vaincu, on est encore là après 15 ans, et la couronne de laurier, on les a laissés derrière nous. Ce n'est pas la couronne en or de la bourgeoisie, c'est plus un truc de petit comte. On n'est pas sur le gros stage ce soir, mais on a une couronne de laurier pareil. Cette couronne évoque aussi la nature et un peu Noël, et c'est une drôle de posture, la nôtre. On fait une musique traditionnelle, mais on vient d'un milieu urbain, alors on réinvente ces traditions. Une grande partie de cette mission passe par le Mardi Gras qu'on organise à Montréal, pour raviver cette tradition de carnaval encore vivante en Louisiane, en Haïti, en Colombie, au Brésil, ce moment où on se rassemble et où on retourne l'ordre du monde. C'est notre façon de décloisonner les traditions et d'emprunter la culture d'ailleurs pour mieux nous connaître nous-mêmes. Au final, les six lances disent une chose. Notre triomphe, on l'atteint en s'unissant, en mettant l'ego de côté. Le cavalier, c'est notre unité, la musique qui nous rassemble. On est plus que la somme des parties.
La chanson qui nous vient en tête
Il y a d'abord notre chanson Fais attention, celle où on dit qu'on est arrivés. Avec le lien à Noël, il y a aussi notre petit medley des fêtes. Mais au fond, comme c'est la famille et l'unité de la musique qui ressortent, on penche pour Winston Express, avec ses thèmes d'aller en haut de la montagne, d'avancer ensemble. Et en y repensant, ça fait vraiment penser à la chanson du Mardi Gras, n'importe quelle vieille version de la Mardi Gras song.
Le vœu à lancer dans l'univers
D'abord, l'espoir que Québec solidaire fasse une percée aux élections de novembre. Ensuite, un vœu qui vient d'une de nos chansons, faire attention. Et là, il y a un double sens qu'on aime bien. Faire attention à ce qui s'en vient, parce qu'on vit des temps dangereux, sous une menace ultra-capitaliste, fasciste, avec l'urgence environnementale, et qu'il faut se préparer. Mais faire attention aussi dans le sens de prendre soin des autres. Parce que la solution, une des solutions, c'est justement de prendre soin les uns des autres, dans nos différences.
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Mantisse
La Tour et le Cavalier des deniers

Je vais commencer par le Cavalier des deniers. C'est un cavalier en armure sur un cheval noir harnaché de rouge, qui tient un pentacle presque transparent, de la même couleur que le fond tout jaune. Il regarde vers un champ un peu désertique. Le truc que j'ai réalisé en dernier, c'est qu'il est debout sur de la terre où il y a de l'herbe. Donc finalement il n'est pas dans le désert, c'est comme s'il était dans la seule zone de vie autour d'un endroit aride. Par rapport à mon album, c'est intéressant. Je l'ai sorti en avril dernier et on n'a pas fait beaucoup de spectacles, c'est mon premier festival de l'été et donc le dernier aussi. On est un peu en train de relancer la vitalité de ce projet, qui n'a pas eu la réception souhaitée. Peut-être que je suis un peu le cavalier en ce moment, de retour de mon été où j'ai fait mon pèlerinage à moi. Je reviens, mais sur une terre florissante, une terre d'espoir. C'est aussi un premier album dans un nouveau genre, avec de nouveaux musiciens et musiciennes. Il y a un truc de renouveau, de se demander quelle sera la destinée, le parcours. C'est tout nouveau, même si ça fait dix ou quinze ans que je fais de la musique au Québec.
Pour ce qui est de la Tour, ça, c'est fucked up. La carte numéro 16 des arcanes majeures. Une tour grise enflammée, dont deux personnes se jettent la tête la première. Au sommet, un éclair l'a frappée, donc on devine qu'il a causé l'incendie. Il y a une couronne mystique qui flotte au-dessus, en bon état, pas affectée par le feu, juste là. Il fait très noir. Si j'essaie de l'analyser, il y a une catastrophe causée par quelque chose de naturel, donc peut-être inévitable. Et des choses qui me sont arrivées dans ce projet, je n'avais pas beaucoup de contrôle dessus. J'ai fait ce que je pouvais avec ce que j'avais et j'en suis très fier. Peut-être que la tour, c'est l'image du truc solide, monolithique, et que cette catastrophe amène un appel à l'humilité, à accepter que les choses sont parfois hors de notre contrôle. Il y a la couronne aussi, donc je me dis qu'il y a peut-être un statut bien ancré qui est détrôné. Les deux personnages sautent probablement pour échapper à un statu quo établi d'avance.
Est-ce que j'ai eu l'impression de me jeter dans le vide avec ce projet ? Oui, définitivement. Jouer d'un instrument sur scène, ça faisait des années que je n’avais pas fait ça. Faire l'album aussi c’est se jeter dans le vide, c'est des savoirs de studio que je connaissais moins, donc une courbe d'apprentissage phénoménale. Beaucoup de doutes, tout en étant confiant dans l'approche, parce que j'écris de la musique depuis longtemps. Je travaille avec des personnes que j'adore et qui sont extra-talentueuses, dont Marie-Pierre Arthur, Velours Velours, François Lafontaine, Étienne Coppé. Ce projet, c'était un choix de mouvance, d'aller ailleurs, de vouloir être musicien à tout prix dans un milieu difficile. J'ai été beaucoup en Europe dans les dernières années, ça m'a permis de me rapprocher de gens qui ont parfois un biais par rapport au rap, et ça veut dire que tu n’es pas approchable pour faire du songwriting. C'est quelque chose que j'ai décomplexifié, parce que j'écris beaucoup pour d'autres ces temps-ci. Peut-être que je saute de la tour en feu parce que quelque chose stagnait. J'avais besoin d'essayer de nouvelles choses et de vaincre des peurs.
Et on revient au Cavalier, justement, parce que là je ne vais pas rester immobile. Ce petit bout d'herbe, ça fait presque friche agricole, il y a tout à replanter. Il y a cet espoir au loin, la montagne verdoyante. Le pentacle donne presque l'idée d'une carte, avec les points cardinaux, il se demande par où aller. Et c'est une grosse pièce d'or, ça veut peut-être dire que je vais avoir les moyens de me donner ce que je veux. Je pense que c'est assez juste, assez ancré dans la réalité.
La chanson qui me vient en tête
Ça me fait penser aux prochaines chansons. Je travaille sur le deuxième album, j'ai plein d'inspiration. J'ai passé deux mois en Europe avec ma guitare, j'ai beaucoup composé, et là je suis de retour au Québec et je tape dedans parce que j'ai l'énergie et le temps. L'album est finalement ancré dans un passé. Je vois souvent, dans mes albums seul comme avec le groupe (LaF), qu'on commence par faire son coming of age, peu importe l'âge qu'on a. Tu closes les émotions de l'adolescence, et une fois que c'est fait tu peux explorer la vie adulte. Moi j'ai fait l'album de ma vie adulte jusqu'à maintenant. Et là je ne sais pas où je m'en vais, mais la prochaine musique a peut-être plus à voir avec la direction et la projection qu'avec des choses vécues au présent. La Tour, elle, me fait penser à ma chanson Pluton, parce qu'elle est un peu désastreuse. Il y a cet espoir lointain, pas négatif, mais une espèce d'abandon face à des situations qu'on n'arrive pas à contrôler. Et en même temps je suis en plein cycle de renouvellement. Tout ça parle plus au futur qu'au présent, peut-être.
Le vœu à lancer dans l'univers
Il faut ré-universaliser la danse. C'est un des outils de révolution. On ne danse plus, les hommes encore moins que le reste des gens, et ça nous aiderait à être mieux dans notre corps, à avoir de meilleurs liens avec les autres. Beaucoup des problématiques de notre société sont liées au manque de communauté, au manque d'endroits où extérioriser ce qu'on vit. Je parle de ce que je connais au Québec, on n'a pas eu de grandes attaches à ces traditions de la danse. Je m'inclus là-dedans, je découvre ça dans les dernières années. J'ai pris quelques cours de tango argentin, c'est fucking tough, je pars de loin parce que je n'ai jamais vraiment dansé. Je ne suis pas un danseur, je danse pour le plaisir, mais j'aime tout ce qui est two-step, en mode old-timer, country. C'est super accessible, quelqu'un te montre trois moves et tu les fais toute une soirée avec trop de plaisir. Si on débloque notre rapport au corps comme ça et qu'on fait plus confiance aux autres, on ne se dit plus “je ne sais pas danser”, on se dit “juste bouge, personne ne te regarde”. Je pense comme ça parce que j'étais très gêné avant, et à un moment j'ai réussi à faire fuck it. Ça a fait trop de bien. Danser pour être moins gêné, pour communiquer, pour qu'on soit curieux et curieuse de découvrir ce qu'on ne connaît pas au lieu de rester dans ses œillères. La danse comme la poésie, ce sont des choses qui peuvent n'avoir aucune structure, aucune institution qui les gouverne. Le fait qu'il n'y ait pas de moule autour leur donne une inventivité révolutionnaire, parce que tu ne peux pas les mettre dans une boîte. Et c'est ça qui est beau.
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