LinLin : BIG (FRENCH) MOM

Matriarche d’une proposition artistique qui puise dans l’électro sans renier le rap, LinLin largue les amarres et ouvre un nouveau chapitre de la musique française. DISCO INFERNO, son premier album, est une lettre d’amour adressée aux bras du dance-floor.

Nombreux sont les projets récents à célébrer l’héritage de l’electro, qu’il soit britannique ou chicagoan. Mais combien peuvent se prévaloir d’être français ? De FKA Twigs à Tiffany Day en passant par la très cohérente Charli XCX, l’engouement s’est répandu et ces artistes (toutes féminines, fait notable) ont ouvert la voie, instaurant la tendance de rendre hommage à ces genres fondateurs. LinLin, elle, œuvre depuis plus d’un an à affiner sa musique. À la différence des noms cités, elle revendique, et revendiquera toujours, son identité de rappeuse avant toute chose. Si BOOGEYMAN, qui vient tout juste de fêter son anniversaire, s’inscrivait dans un boom-bap pur et dur, l’artiste n’a cessé de surprendre à chaque nouvelle sortie.

Le Club tricolore

Pour évoquer une dernière fois BOOGEYMAN avant de passer à DISCO INFERNO, rappelons que LinLin avait été pionnière dans l’art de l’appropriation à la française, première de sa génération à avoir bâti un clip entier autour des couleurs du tricolore, elle a ainsi posé les jalons d’une tendance que des artistes comme ruccie, Tiakola et bien d’autres se sont ensuite chargés de perpétuer. 

Avec DISCO INFERNO, LinLin rejoue le même pari, tout en affirmant haut et fort que la fête est éminemment politique. Du « Tous les jours moi je fuck le FN » sur BLACC* à la chaleur réconfortante et fugace de PETIT CHÉRI, ce premier album a tout du paradis pansement pour qui sait l’écouter. Les messages d’émancipation du corps féminin portés par + voisinent avec une posture résolument rebelle, celle d’une artiste mise de côté, par la société comme par ses proches, qui reprend la parole et l’espace qui lui reviennent de droit. La France tient son hymne club.

Danser et résister

L’album se structure en deux parties bien distinctes. La première s’ouvre sur une intro scandant en boucle « Time for music », avant d’enchaîner six titres ancrés dans un club sound résolument actuel, ou dans des genres qui ont retrouvé une seconde vie récemment, à l’image de BLACC* et sa Miami Bass, ou de + et son bouyon effréné. En son centre, l’interlude DISCO INFERNO FM souffle la poussière sur les années 90 : CŒUR DE PIRATE convoque le fantôme de la reine de la pop française que LinLin cite elle-même, Mylène Farmer, tandis que CRUSH et sa house entraînante rappelle les heures de gloire de Robin S et son intemporel Show Me Love

Son outro, ALIVE, est un moment hors du temps, une synthpop qui vient parfaitement ralentir la cadence et faire le bilan de toutes les sensations traversées depuis le début. « Le DJ sauve ma vie, faut que ma nuit soit un refrain. » L’album n’aurait pu porter d’autre nom que DISCO INFERNO. Deux mots aux racines latines qui, mis bout à bout signifient apprendre dans l’enfer/la douleur. C’est exactement ce que LinLin crache tout au long, les canines acérées. Le club comme thérapie, comme espace pour repousser ce qui fait mal, et danser malgré tout.

Avant de se précipiter et de s’interroger sur la suite, l’album mûrira et familiarisera nos oreilles à ses sonorités. Les auditeur·ices intègreront petit à petit la communauté qu’elle appelle ses Charlottes, en référence aux enfants de LinLin, l’impératrice du manga One Piece. Ce qui est certain, c’est qu’elle porte une proximité avec ses soutiens comme une vraie nakama, ce lien d’amitié propre à l’univers japonais dont elle s’inspire. Il y aura un avant et un après DISCO INFERNO, et plus largement, une empreinte LinLin durablement gravée sur le drapeau tricolore.

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