Rencontre avec Memorials

Memorials a dévoilé en début d’année All Clouds Bring Not Rain, un album hypnotique et ambitieux, politique et poétique. On a eu le plaisir d’échanger avec Verity et Matthew lors de leur passage au Grand Mix en avril dernier. On a parlé de leur manière de travailler, d’écriture, du besoin de capter des émotions imparfaites et du monde qui nous entoure.

Version anglaise plus bas / English version below

La Face B : La première question que je pose toujours aux gens, c’est : comment allez-vous aujourd’hui ?

Verity Susman : Bien, assez fatiguée. C’est le dernier jour de notre tournée française. Et c’est aussi la première tournée du nouvel album. Une première tournée est toujours assez intense, parce que c’est la première fois qu’on joue ces morceaux sur scène.

Matthew Simms : Il n’y a que deux chansons que nous avions déjà jouées auparavant dans tout le set. Ça a été assez stressant, mais là, on commence à atteindre le côté amusant de l’expérience.

Verity Susman : Oui, ce moment où tu n’as plus besoin d’être en concentration totale chaque seconde du concert.

La Face B : Votre duo s’est formé à travers votre travail sur des bandes originales de films. Est-ce que vous avez l’impression que Memorials est né d’un heureux hasard, voire d’un coup du destin ?

Matthew Simms : J’aime les heureux hasards. On parle toujours d’heureux hasards quand on travaille sur quelque chose.

Verity Susman : Oui, en studio.

Matthew Simms : Les heureux hasards, c’est génial.

Verity Susman : Oui, il n’y avait aucune intention au départ, donc c’était vraiment un heureux hasard.

Matthew Simms : Oui, et ça s’est un peu…

Verity Susman : Est-ce que c’est le destin ?

Matthew Simms : Je ne sais pas si c’est le destin, peut-être. C’est difficile à dire. Ce qui est sûr, c’est que c’est très amusant de voir où tout ça peut nous mener. On nous a proposé un concert, et c’est ce qui nous a poussés à trouver comment jouer certaines chansons. Ensuite, tout s’est développé naturellement à partir de là…

Verity Susman : Ce n’est qu’au moment où nous avons commencé à composer ensemble pour des bandes originales que nous avons réalisé que nous avions beaucoup plus de choses en commun musicalement que nous le pensions. Nous avions déjà fait quelques petites choses ensemble, différents projets, mais je ne crois pas que nous nous connaissions vraiment aussi bien sur le plan musical. Puis, quand nous avons commencé à travailler sur les musiques de films et que nous avons découvert que nous réfléchissions de façon très similaire à beaucoup d’aspects de la musique, je me suis dit que nous aurions pu faire quelque chose ensemble depuis longtemps. Pourtant, même si nous nous connaissions déjà, ça ne nous était jamais vraiment venu à l’esprit auparavant.

La Face B : Oui, c’est comme si vous étiez amis et que vous aviez découvert une autre facette l’un de l’autre à travers le travail.

Matthew Simms : C’est vrai, nous sommes toujours restés en contact.

Verity Susman : Et nous étions amis à travers la musique, nous faisions déjà de la musique ensemble, mais je crois que nous ne savions pas… Nous adorons tous les deux la soul music, par exemple, mais à travers la musique que nous avions faite auparavant ou les projets que nous avions partagés, je ne pense pas que nous l’aurions deviné. Des choses comme ça. Et je pense que c’est une influence évidente dans la musique que nous faisons aujourd’hui, mais aussi dans tout ce qui se passe en coulisses, notamment dans la production et l’écriture des chansons.

La Face B : Comment construit-on une musique en duo qui donne pourtant l’impression qu’il y a dix personnes qui jouent ?

Matthew Simms : C’est un autre aspect qui a été vraiment… Je ne sais pas si « libérateur » est le bon mot, mais pour moi, ça a été extrêmement plaisant. Il y a une vraie liberté quand nous ne sommes que tous les deux. Nous ne nous marchons pas vraiment sur les pieds. Nos univers se croisent dans le sens où nous influençons mutuellement ce que fait l’autre, mais les instruments que nous jouons ne se recoupent pas tant que ça.

Verity Susman : Non.

Matthew Simms : Du coup, ça nous donne énormément de liberté.

Verity Susman : Oui, et nous travaillons ensemble autant sur la musique que sur les paroles.

Matthew Simms : Tout est plus simple quand vous n’êtes que deux.

Verity Susman : Je crois aussi.

Matthew Simms : Quand il y a beaucoup d’opinions différentes, il est parfois difficile de trouver une direction. Alors que lorsqu’il n’y a que deux personnes, tu as quelqu’un avec qui échanger, ce qui est précieux. Quand tu es seul, tu peux facilement te perdre : soit tu te disperses constamment sans jamais terminer quoi que ce soit, soit le doute s’installe et personne n’est là pour te dire : « Non, cette idée est vraiment bonne. Va dans cette direction. » À l’inverse, trop d’opinions peuvent aussi devenir un problème. Nous, nous avançons simplement très vite.

Verity Susman : Je pense aussi que nous avons tous les deux des opinions assez affirmées sur ce que nous faisons musicalement. Quand nous aimons quelque chose ou quand nous ne l’aimons pas, nous sommes très francs l’un avec l’autre. Du coup, il y a beaucoup de retours. Dans certains groupes, pour que tout fonctionne, il peut finir par y avoir une personne qui dirige les choses d’une certaine manière. Alors qu’entre nous, parce que nous ne sommes que deux et que nous avons…

La Face B : Une sorte de démocratie ?

Verity Susman : Une démocratie qui fonctionne probablement justement parce que nous ne sommes que deux et parce que nous nous sentons libres d’exprimer nos opinions l’un à l’autre. Il est difficile d’avoir une démocratie vraiment fonctionnelle quand il y a davantage de personnes. On retrouve ça partout, non ?

Matthew Simms : Les groupes ont souvent besoin d’un leader pour faire avancer les choses. Il faut que certaines décisions soient prises. Je crois beaucoup à l’idée d’avancer et de construire quelque chose qui donne un avenir vers lequel tendre.

La Face B : Quand j’écoute votre musique, j’ai l’impression que ce qui compte, c’est de capturer une émotion et un instant plutôt que de figer une perfection fictive.

Matthew Simms : Oui.

Verity Susman : Oui, c’est une belle formule, « figer une perfection fictive ».

Matthew Simms : C’est une très belle formule, non ? Je vais te la piquer. Oui, c’est vraiment au cœur de notre démarche. L’émotion passe toujours avant la perfection. Et les imperfections humaines font partie de ce qui rend la musique intéressante à écouter, plutôt que d’essayer d’effacer tous les plis et toutes les aspérités.

La Face B : Oui, parce qu’avec la musique moderne, on peut recommencer encore et encore et encore.

Matthew Simms : C’est vrai. Les possibilités créent d’autres possibilités, mais aussi des limites. Je pense qu’il y a beaucoup à dire sur la manière d’intégrer les avantages de l’enregistrement numérique et du travail à domicile. C’est formidable d’avoir notre petit studio installé dans un garage ; ce n’est pas un système entièrement analogique. J’ai commencé à enregistrer quand j’étais jeune sur un simple quatre pistes à cassette. Et conserver un peu de cette mentalité au fil du temps m’a beaucoup aidé dans ma façon d’aborder l’enregistrement.

La Face B : On ressent l’humanité dans votre musique, tu vois. On a l’impression que ce n’est pas un ordinateur qui joue. Et ce que j’aime dans All Clouds Bring Not Rain, c’est ce côté très ludique, comme si vous exploriez toute la musique que vous aimez pour la transformer et lui insuffler une nouvelle vie. C’est comme une musique qui traverse les époques, mais que vous vous appropriez. C’est profondément humain.

Matthew Simms : C’est vraiment agréable à entendre.

Verity Susman : Oui, c’est très agréable.

Matthew Simms : Oui, ça fait plaisir.

Verity Susman : Il faudrait que tu écrives notre…

Matthew Simms : Oui, tu devrais écrire notre communiqué de presse ! C’est parfait. Je veux dire… Nous sommes tous les deux, comme on le disait tout à l’heure, de grands collectionneurs de disques. Et une grande partie de ce que nous faisions avant de créer ce groupe, et que nous faisons toujours aujourd’hui, consiste à partager les choses que nous aimons, que ce soit de la musique, de l’art ou simplement quelque chose qui nous fait rire. J’espère d’ailleurs que l’humour présent dans ce que nous faisons transparaît, parce que certaines manipulations de bandes magnétiques nous font vraiment rire. C’est à la fois drôle et sérieux.

Verity Susman : Je suis d’accord.

La Face B : Comment avez-vous pensé l’ordre des morceaux de l’album ? Parce qu’il est en perpétuelle évolution. C’est comme des montagnes russes, avec des hauts et des bas. J’ai aussi l’impression que certaines chansons font écho à d’autres. Quand quelque chose est très intense, ce qui précède ou suit devient très calme.

Verity Susman : Oui, nous avons passé beaucoup de temps à réfléchir à ça. Il y a notamment une chanson, Watching the Moon, pour laquelle nous ne trouvions pas de place sur la première moitié du disque. Elle n’a vraiment trouvé son sens qu’une fois déplacée sur la seconde moitié. Nous aimions beaucoup cette chanson, mais elle paraissait peut-être plus conventionnelle que les autres. C’était davantage une chanson pop et nous ne trouvions pas l’endroit idéal pour elle. Nous avons même envisagé de ne pas l’inclure sur l’album. Mais finalement, le fait qu’elle arrive après… elle arrive après Wildly Remote, c’est bien ça ?

Matthew Simms : Elle sort de Lemon Trees. Et c’est justement ce qui était passionnant. Pour ce qui est du séquençage, nous accordons énormément d’importance à la taille d’un disque. En général, tu as environ vingt-deux minutes par face. Sur cet album, nous avons un peu repoussé cette limite. Nous avions beaucoup de matière : environ vingt chansons. Mais seules quatorze ont été enregistrées parce que nous avons assez vite façonné ce que nous voulions que l’écoute soit.

Verity Susman : Je crois que nous avons toujours pensé que Watching the Moon appartiendrait à la face A. Puis ça n’a pas fonctionné. Ensuite, nous nous sommes dit qu’elle ne figurerait peut-être même pas sur l’album. Et finalement… Je pense qu’en concert aussi, nous constatons que certaines chansons fonctionnent parfaitement à une place donnée. Puis tu les déplaces et elles produisent un effet totalement différent.

Matthew Simms : Tout est une question de focalisation, non ? La manière dont les passages plus calmes influencent les moments plus bruyants. Ce contraste est essentiel. C’est même ce qui manque parfois. Pour le dire positivement, ce qui m’enthousiasme dans les choses que j’aime, ce sont les contrastes. J’espère que nous avons un peu de ça dans ce que nous faisons. Les moments les plus doux sont vraiment délicats et enregistrés avec une chaleur particulière. Puis ils se retrouvent confrontés à quelque chose de beaucoup plus agressif et frontal. L’idée est que chaque extrême rende l’autre encore plus intense.

Verity Susman : Et nous sommes arrivés à cette idée grâce à la scène, en vivant ce genre de voyage émotionnel pendant les concerts, puis en nous demandant comment retranscrire cela sur un disque.

La Face B : Pour moi, il y a trois chansons parfaitement placées. La première, la dernière — Wholly Invisible — qui est évidemment une chanson de fin. Et puis il y a Mediocre Demon au milieu de l’album, qui est le morceau le plus impressionnant et le plus long. J’ai l’impression qu’elle est placée là parce qu’on arrive au milieu du voyage et que vous nous plongez soudain dans quelque chose de psychédélique, étrange et extrêmement intense.

Matthew Simms : J’adore l’idée que tu retournes le disque et que tout semble soudain avoir basculé.

Verity Susman : Comme si tu te demandais : « Qu’est-ce qui vient de se passer ? »

Matthew Simms : Oui. Nous avons eu énormément de discussions à ce sujet.

Verity Susman : C’est vrai. Matthew voulait absolument que Life Could Be A Cloud ouvre l’album et moi, je n’en étais vraiment pas sûre. Mais aujourd’hui, je suis finalement convaincue. C’est étrange parce que nous la jouons en dernier dans le set et elle fonctionne aussi très bien à cette place-là. Mais toi, tu as toujours été persuadé qu’elle devait être…

Matthew Simms : Dès que nous l’avons eue, j’ai su que c’était le début. Tout le reste découlait naturellement de là. Et je suis d’accord pour Wholly Invisible aussi.

Verity Susman : Celle-là ressemble vraiment à une chanson de clôture.

Matthew Simms : J’ai toujours été convaincu qu’elle devait terminer l’album.

Verity Susman : C’est probablement l’une de mes chansons préférées du disque.

Matthew Simms : Aujourd’hui, les gens n’écoutent plus vraiment les albums comme ça.

Verity Susman : Non, à cause du streaming. Les auditeurs décrochent souvent avant la fin. Mais nous avons décidé de ne pas compromettre ce que nous estimions être la bonne façon d’écouter le disque simplement pour répondre aux logiques du streaming. Nous avons donc ignoré ça et conservé l’ordre qui nous semblait juste.

La Face B : J’adore Dropped Down The Well. Je crois que c’est ma préférée sur l’album. Elle est vraiment frontale, très intense.

Verity Susman : Celle-là, nous la jouons sur scène depuis environ un an. Nous voulions ajouter un nouveau morceau au set. Nous l’avons écrit puis commencé à le jouer presque immédiatement. Aucun des autres morceaux n’a eu ce traitement.

Matthew Simms : Son enregistrement a été assez difficile parce que nous savions exactement ce que nous voulions entendre. Et parfois, quand tu as une idée très précise du résultat recherché, c’est frustrant parce que tu poursuis sans cesse quelque chose que tu n’arrives jamais totalement à atteindre. Mais au final, j’en suis assez satisfait. Nous voulions quelque chose de très frontal et je pense que nous y sommes parvenus sans que ça devienne trop agressif ou désagréable.

La Face B : C’est suffisamment agressif.

Matthew Simms : Oui, c’est parfait. Il y a une ligne très fine à trouver.

La Face B : J’ai l’impression que tout est… parfaitement dosé.

Matthew Simms : L’ampli du studio a joué un rôle important dans ce résultat, avec cette réverbération un peu cassée.

Verity Susman : Oui, et nous avons aussi utilisé un orgue qui se trouvait dans le studio en France où nous enregistrions. Il était légèrement désaccordé. Au départ, nous pensions ne pas l’utiliser, mais nous nous sommes dit que nous allions quand même l’enregistrer, puisque cela ne prendrait que quelques minutes. Puis, au moment du mixage, le Farfisa était devenu l’orgue principal. Mais lorsque nous avons retiré ce discret orgue désaccordé…

Matthew Simms : Je ne me souviens plus du modèle exact. C’était un vieux truc des années 70…

Verity Susman : Organophone ? Ou bien…

Matthew Simms : Non, ça c’est l’ampli. L’ampli saturé.

Verity Susman : Oui, le Prestige. Nous l’avons noté dans les crédits. Bref, c’était un très vieil orgue électrique. Et quand on le retirait du mix, tout fonctionnait moins bien. C’était un accident complet. Cette légère désaccordance, enfouie dans le mix, faisait en réalité toute la différence.

Matthew Simms : Et sur Life Could Be A Cloud, il y a aussi ce grand accord au milieu du morceau…

La Face B : La première chanson de l’album est comme… un indice sur ce que l’on va traverser ensuite.

Matthew Simms : Il y a de petits fragments de bande magnétique provenant du… C’était exactement notre intention.

La Face B : Et c’est comme deux chansons réunies en une seule.

Verity Susman : C’est bien que tout cela soit ressorti…

Matthew Simms : C’est vraiment agréable à entendre parce que tu évoques exactement certaines des idées dont nous avions parlé.

Verity Susman : Nous l’espérions… Mais on ne sait jamais si tout cela va réellement être perçu. C’est agréable de voir que ça passe.

La Face B : Comme vous le disiez, c’est davantage un album à écouter en vinyle qu’en streaming.

Matthew Simms : C’est comme ça que j’écoute les disques. Je suis très attaché à ça. Le streaming… tout ce genre de choses ne procure pas la même sensation. C’est pareil pour les livres. J’ai envie de lire des livres, des magazines, même des journaux. J’ai besoin de les tenir dans mes mains.

Verity Susman : Et puis il y a aussi la qualité sonore une fois que tout est compressé sur un téléphone. À moins d’utiliser des systèmes vraiment haut de gamme…

Matthew Simms : Il y a quelque chose de particulier dans le fait de mettre un disque sur une platine.

Ou une cassette.

Ou un CD.

La Face B : J’aimerais parler du titre de l’album et aussi des paroles. J’aime beaucoup le double sens de All Clouds Bring Not Rain, parce qu’on peut l’interpréter de façon positive ou négative selon son point de vue, son état d’esprit ou son humeur.

Verity Susman : Et selon l’endroit où l’on vit aussi.

La Face B : Et cette expression vient du passé, je crois.

Verity Susman : Oui, de l’époque élisabéthaine. Du XVIe siècle, dans les années 1500. C’était un proverbe de cette époque-là. Nous l’avons trouvé complètement par hasard.

Matthew Simms : Encore une fois, c’est une histoire de partage. C’est toi qui me l’as envoyé.

Verity Susman : Je l’ai trouvé en ligne alors que je cherchais tout autre chose.

Matthew Simms : Oui, et quand tu me l’as envoyé, nous avons immédiatement pensé : « Voilà le titre. » C’est un peu comme ça que nous fonctionnons. Nous partageons énormément de choses entre nous.

La Face B : Ce qui est drôle, c’est que si l’on pense à ce titre d’un point de vue humain, un nuage peut laisser passer le soleil ou au contraire porter une tempête en lui. Et je trouve que l’album parle beaucoup de ça. Rien n’est totalement noir ou blanc. Tout dépend du contexte. Il y a énormément de nuances et je retrouve aussi cela dans les paroles.

Verity Susman : Oui, rien n’est clairement d’un côté ou de l’autre.

La Face B : J’ai l’impression que l’album est écrit de cette manière. Il est rempli d’apparences, de rêves et d’images cachées. Ce qui est dit n’est pas forcément ce que cela signifie.

Verity Susman : Oui, oui, oui. Je pense que tout cela est bien présent.

La Face B : Est-ce que vous écrivez en images ? Est-ce que le cinéma ou les films influencent votre façon d’écrire des chansons ?

Verity Susman : Matthew écrit énormément. Tu écris tout le temps, non ?

Matthew Simms : Je suis très observateur, donc j’écris quelque chose tous les jours. Parfois ce ne sont même pas des textes construits. Ce sont simplement des notes. Tu peux feuilleter mes carnets et y trouver des fragments qui serviront ensuite à construire quelque chose…

Verity Susman : Oui, ensuite je prends ce que Matthew a écrit, je l’édite, je déplace certaines choses, j’en retire, j’en ajoute.

Matthew Simms : Pour certaines chansons, il y a même une dernière étape où nous sommes assis ensemble et où nous essayons soit de donner du sens à tout cela, soit de le tordre dans une autre direction.

La Face B : Comme un puzzle.

Verity Susman : Exactement, c’est vraiment comme un puzzle. Et comme la musique existe déjà à ce stade, il s’agit de trouver des paroles qui fassent sens avec elle et d’essayer d’en faire émerger une signification.

Matthew Simms : C’est aussi un autre aspect passionnant de notre collaboration. Je n’avais jamais travaillé avec quelqu’un sur les paroles auparavant.

Verity Susman : Moi non plus. Jamais.

Matthew Simms : Dans un groupe, c’est assez difficile de faire des paroles un véritable travail collaboratif.

Verity Susman : Oui. Je pense aussi que nous avons des approches légèrement différentes de l’écriture. Quand j’écris, c’est généralement directement pour une chanson et j’ai tendance à être un peu plus directe. Toi, tu es plus mystérieux, plus oblique. Et je crois que cette combinaison fonctionne bien.

Matthew Simms : Oui, c’est assez complémentaire.

La Face B : J’ai l’impression que Memorials est devenu une entité qui rassemble vos caractéristiques respectives pour créer quelque chose de nouveau. C’est très intéressant parce qu’on peut aussi se perdre dans les paroles, indépendamment de la musique.

Matthew Simms : Exactement ! Encore une fois, je n’ai jamais vraiment été dans un groupe où l’on accordait autant d’attention aux paroles. Et c’est quelque chose que j’apprécie énormément. Nous y consacrons beaucoup de temps. C’est une partie essentielle de ce que nous faisons.

Verity Susman : Et je pense qu’une partie de cela vient du fait que tu peux écrire quelque chose qui est simplement une observation, mais qui peut aussi contenir un autre sens. Puis, quand tu prends cette phrase et que tu la places dans un contexte musical, ou à côté d’une autre phrase, une nouvelle couche apparaît. On se demande alors : qu’est-ce que cela signifie réellement ? Quelque chose qui semblait anodin peut soudain acquérir une forme de poésie ou d’émotion.

Matthew Simms : Oui. Et parfois, on ne s’en rend même pas compte au départ. Peut-être que nous étions quelque part, dans un restaurant, et qu’une personne a dit quelque chose qui nous a fait rire. Souvent, ce sont simplement des observations que personne d’autre ne comprendrait vraiment, parce que personne ne sait à quoi elles font référence. C’est souvent de ce genre de détails que nous partons.

La Face B : J’ai encore deux questions. J’en ai une un peu étrange. Peut-être qu’inconsciemment, l’album et les paroles reflètent l’état du monde actuel, où rien n’est vraiment ce qu’il paraît être. J’y vois quelque chose de presque politique dans l’écriture.

Verity Susman : Oui, je pense que c’est vrai. Mediocre Demon, en particulier, contient beaucoup de lignes que l’on pourrait interpréter de manière politique. C’est cette idée dont tu parlais, celle du puzzle. C’est un peu ce que l’on ressent quand on essaie de donner du sens à quelque chose.

Si tu parles d’une dimension subconsciente, je pense qu’elle existe probablement dans notre manière de créer, dans ce qui nous attire dans la musique, puis dans les paroles. Ensuite, nous prenons du recul et nous nous disons : « Oui, il y a un sens là-dedans. » Mais d’où vient-il exactement ? Je ne sais pas.

Probablement du simple fait de vivre dans ce monde, d’absorber ce qui nous entoure et de laisser notre esprit traiter tout cela à sa manière. Nous ne nous asseyons jamais en disant : « Écrivons une chanson sur tel ou tel sujet. » Nous essayons simplement de rester ouverts et de suivre là où la musique et les mots nous emmènent.

La Face B : C’est difficile de vivre dans le monde actuel. Un jour, on voit un dirigeant déclarer qu’il va bombarder un pays, puis le lendemain affirmer que tout va très bien. Et même si l’album a été écrit avant certains événements récents, j’ai l’impression que ce contexte change notre manière d’écouter la musique et de l’interpréter.

Verity Susman : Oui. Je ne pense pas qu’il y ait une influence directe, mais nous parlons souvent de politique. Nous écoutons les mêmes podcasts politiques et nous échangeons beaucoup sur ces sujets.

Matthew Simms : J’ai toujours un peu de mal avec la musique qui cherche à imposer un message. Cela ne veut pas dire que je suis contre les idées ou les convictions. J’aime simplement quand les choses restent subtiles. Et je pense que cette dimension est probablement présente dans notre musique, mais de façon involontaire. Si cela répond à ta question.

Verity Susman : Je ressens la même chose. Je n’ai jamais voulu faire une musique qui soit didactique. Mais il est inévitable d’être influencé par ce qui nous entoure.

La Face B : On peut amener les gens à réfléchir sans forcément leur dire quoi penser.

Matthew Simms : Oui. Réfléchir davantage serait déjà très utile. Et aussi accepter que d’autres personnes puissent avoir des opinions différentes. C’est quelque chose qui s’est un peu perdu. Le tribalisme n’apporte rien de bon. On peut comprendre plusieurs points de vue à la fois, et parfois il n’existe tout simplement pas de bonne réponse.

Verity Susman : C’est exactement ça. Les choses ne sont presque jamais totalement d’une manière ou totalement d’une autre. La plupart du temps, elles sont un mélange de beaucoup de choses.

Matthew Simms : Oui. Et c’est justement ce qui est triste aujourd’hui. Tout est devenu tellement extrême. Il y a évidemment un côté de cet extrême sur lequel je préférerais me trouver, mais… tu vois ce que je veux dire.

La Face B : J’ai une dernière question. À travers cette interview et même avant celle-ci, j’ai l’impression que Memorials vous a ouvert de nouvelles voies créatives. Est-ce que vous pensez déjà à la suite ?

Matthew Simms : Nous avons déjà commencé à travailler un peu dessus, non ?

Verity Susman : Oui, sur le troisième album. Nous avons aussi un projet avec une chorale qui arrive bientôt.

Matthew Simms : Oui, j’ai vraiment hâte.

Verity Susman : Ce n’est pas encore officiellement annoncé, mais cela se passera cet été en France. Ensuite, nous allons nous mettre au travail sur le prochain album. Nous avons déjà des idées et, comme tu le disais, nous avons commencé à écrire quelques petites choses.

Matthew Simms : Je pense que l’une des choses que nous faisons plutôt bien, c’est nous fixer de nouveaux défis. Pour cet album, par exemple, nous avons travaillé différemment de ce que nous avions fait sur le premier disque, Music for Film: Tramps!. Cette fois, nous avons simplement écrit des chansons. Nous ne pensions pas au processus d’enregistrement, nous écrivions, tout simplement. Nous réalisions des démos, mais elles étaient surtout suffisamment abouties pour que nous puissions comprendre les chansons, nous les faire écouter mutuellement et nous souvenir des accords.

Puis nous avons commencé à imaginer le son que nous voulions obtenir. C’est souvent comme ça que les choses naissent. Une grande partie de nos discussions actuelles tourne autour de ça. Je ne sais pas si on peut appeler ça des expériences, mais ce sont de petites pistes que nous n’avons pas encore explorées, ou des méthodes de travail qui pourraient nous conduire vers quelque chose de nouveau. Nous sommes très attirés par les façons de créer que nous n’avons pas encore essayées.

Verity Susman : Oui, peut-être en explorant davantage l’espace dans lequel nous enregistrons.

Matthew Simms : C’est une idée importante, oui.

Verity Susman : Pour le prochain album.

Matthew Simms : Et puis il y a peut-être aussi la chorale. Nous verrons ce que cela donnera.

La Face B : Merci beaucoup.

Memorials : Merci à toi. C’était une interview vraiment intéressante.

Crédit Photos : David Tabary

Retrouvez les influences musicales de MEMORIALS par ici

English Version

La Face B: The first question I always ask to people is, how are you today?

Verity Susman: Good, quite tired. This is the last day of our French tour. And it’s the first tour of the new album. And the first tour is always quite intense, because it’s the first time playing the songs.

Matthew Simms: There are only two songs that we’ve played before, and the whole set. It’s been quite stressful, but we’re kind of getting on the fun side of it.

Verity Susman: Yeah, where you don’t have to have total concentration every single second of the gig.

La Face B: Your duo came together through your work on film scores. Do you feel that Memorials is like a happy accident and a stroke of fate in some way?

Matthew Simms: I like happy accidents. We always talk about happy accidents when we’re working on things.

Verity Susman: Yeah, in the studio.

Matthew Simms: Happy accidents are brilliant.

Verity Susman: Yeah, there was no intention, so it was a happy accident.

Matthew Simms: Yeah, and it’s kind of just…

Verity Susman: Is it fate?

Matthew Simms: I don’t know if it’s fate, maybe. It’s hard to say. It’s definitely fun, trying to keep seeing where it leads. We got offered the one gig which kind of made us figure out how to play some songs. It’s just kind of snowballed from there without…

Verity Susman: It wasn’t until we started making music together for the soundtracks that we realised that we had more in common musically than we thought before, I think. We’d done different things together, small projects, but I think we didn’t really know each other musically that well. And then, once we started working on the film soundtracks and realised we thought in a similar way about a lot of things to do with music, then I started thinking, we could have done something ages ago. But even though we knew each other, I think it didn’t really occur to us before.

La Face B: Yeah, it’s like you were friends and you discovered another part of each other during work.

Matthew Simms: It’s true, we always stayed in touch.

Verity Susman: And we were friends through music, and we were doing music together, but I think we didn’t… We both really love soul music, but from the music that we’d made before and the things we’d done together before, I don’t think we would have known that. Things like that, and I think it’s an obvious influence in the music that we’re making, but I think behind the scenes, especially with the production, and the songwriting, it is quite an influence.

La Face B: How do you create a duo, music as a duo? That sounds like there’s ten people playing with you.

Matthew Simms: That’s another side that’s been really… I don’t know if liberating is the right word, but for me it’s been really fun, the freedom when it’s just the two of us. We kind of don’t tread on each other’s toes so much. Your world and my world cross over in terms of… We have an influence on what each other does, but our instruments we play, the list of instruments doesn’t cross over so much.

Verity Susman: No.

Matthew Simms: So it gives us a lot of freedom.

Verity Susman: Yeah, and we work together on the music and the lyrics.

Matthew Simms: It’s just easy when it’s just two of you.

Verity Susman: I think it is.

Matthew Simms: When there’s lots of opinions, it can be harder to find a direction, whereas we learn quite quickly that if it’s just two people, you’ve got someone to bounce off of, which is useful, whereas if you’re on your own, you can very much get lost in the… Either you get distracted all the time and you never really finish anything, or the self-doubt creeps in and you’ve got no one there to be like, no, that idea is really good. Go that way. Also, when there’s too many opinions, that can also lead to… So we’re just really quick.

Verity Susman: I think we’re also quite opinionated about what we’re doing musically, and if we like something or we don’t like something, we’re quite open with each other. So you get there’s a lot of feedback rather than… Sometimes I think it’s possible within other groups that in order for the group to function, there can end up being one person who is leading things in a way, whereas between us, because it’s just the two of us, and we’ve…

La Face B: It’s kind of a democracy.

Verity Susman: It’s a functioning democracy probably because there is only two of us and because we’re both quite… We feel quite free to express our opinions with each other about what we’re doing. It’s hard to have a really functioning democracy when there’s more than that number of people. You find it with everything, don’t you?

Matthew Simms: Bands need the leader to push through. Stuff has to get done. I think that I’m quite a big believer in forward motion and working towards bands having a future to work towards.

La Face B: When I listen to your music, I get the impression that what matters is capturing an emotion and a moment rather than freezing a fictional perfection.

Matthew Simms: Yeah.

Verity Susman: Yeah, that’s a good phrase, freezing a fictional perfection.

Matthew Simms: That’s a good phrase, isn’t it? I’m going to use that one. Yeah. Yeah, I mean, that is definitely the centre of a focus, isn’t it? Emotion always over perfection. And sort of human imperfections being part of what is interesting to listen to rather than lining out all the creases.

La Face B: Yeah, because, you know, with modern music, you can try again and again and again and again.

Matthew Simms: You can. Yeah, choices create choices and sort of limitations. I think there’s a lot to be said to sort of both incorporating some of the things that digital recording and sort of home, I mean, it’s nice that we have our little home studio set up in a garage and, you know, it’s not an all analogue set up.

I started recording when I was younger just on a four-track cassette. And sort of maintaining some of that mentality forever, I think it’s been really useful to sort of the way I think about the recording process.

La Face B: You can feel the humanity in your music, you know. It’s like it’s not a computer playing the music. And what I like in your… in all of… all of Claude’s Bruno Rain is like it’s something very playful and like if you are like exploring all the music you love and transforming and breathing new life into it, you know. It’s like it’s music past through times but you make it yours, you know. It’s human. Yeah. Yeah, definitely.

Matthew Simms It’s really nice. And what I like in your… in all of…

Verity Susman: Yes. It’s nice.

Matthew Simms: Yeah. It’s nice to hear.

Verity Susman: We need you to write our…

Matthew Simms: Yeah, you should write our press release for us. That’s great. I mean, yeah. I mean, we’re both… again, like we were discussing, we’re both big record collectors and a lot of what we… before starting this band, I guess, and still continue to do is sharing a lot of things we like, whatever it is, whether it’s music or art or… and something that’s just funny, which again, like, I think hopefully the humour in what we do comes across because we do make ourselves laugh with some of the tape noises particularly. it is funny and serious at the same time.

Verity Susman: I agree.

La Face B: how did you think of the track list of the album? Because it’s, like, constantly evolving. It’s like a roller coaster, up and down. And I think, like, some song is an echo of the other. You know, when something is really intense, so before or after is really calm, you know?

Verity Susman: Yeah, we spent quite a lot of time thinking about that. And one song in particular, Watching the Moon, we couldn’t find a space for it on the first half of the record. And it only made sense once we moved it to the second half. So we liked it as a song, but it seemed more conventional maybe than some of the others. It was like a pop song and we did not have a spot. So we were almost thinking we weren’t going to put it on there. But then it coming after… it comes after Wildly Remote, right?

Matthew Simms: It comes out of Lemon Trees. So that’s what was really exciting about it. But the track listing and the… we very much focus on size of a record. So you get roughly 22 minutes-ish. We pushed it a bit on this record. For this, we had a lot of material. We had about 20 songs, but only 14 got recorded because we kind of shaped it into what the listen would be fairly early on.

Verity Susman: I think we always thought Watching the Moon would be a side A piece. And then it didn’t work. And then we were like, oh, maybe it’s not going to go on the album.

So it has… And I think in the gigs as well, that’s what we find, that there are certain songs that work in their position. And then you move them in, and they can have a completely different effect.

Matthew Simms: Like it’s a focus, isn’t it? The way the quieter stuff affects the louder stuff, I think that’s The contrast. It’s what’s missing. Putting it in the positive, it’s what’s exciting about things I really like are the contrasts. And I hope we have some of that in what we do. The quieter stuff being quite gentle and recorded in a way that’s quite warm sounding. And then the way that butts up against the more aggressive stuff being pretty in your face. Hopefully that’s… The idea behind that is that it makes both more extreme.

Verity Susman: And we got to that from playing live and having that sort of journey within a gig and then thinking how are we going to bring that back onto the record.

La Face B: For me, there are three songs that are perfectly… It’s the first one and the last one, Only Invisible. It’s obviously a song for the ending. And there is a song in the middle of the album, Mediocre Demon, which is the most impressive track and longest track. And I think it’s put in the middle, like you’re in the middle of the journey and we put you a psychedelic, weird, very intense song.

Matthew Simms: I love the idea that you turn over the record and then it’s as if everything’s gone a bit.

Verity Susman: Like, what’s happened?

Matthew Simms: Which is, that was very… We had a lot of discussions about this.

Verity Susman: We did. Matthew really wanted Life Could Be A Cloud to be the first one and I really, really wasn’t sure at all. But now I’ve come round to it, I think. We play it last in the set, strangely, and it’s working really well last, but you were always certain it should be…

Matthew Simms: As soon as we had that one, I was like, that’s the start and then the listen flows from there. And I agree with Wholly Invisible too.

Verity Susman: That one definitely seems like an ending song.

Matthew Simms: I was set on that one being the end.

Verity Susman: I think that’s one of my favourite songs on the album though.

Matthew Simms: I don’t listen to records like that.

Verity Susman: No, because of streaming. And so people just kind of drift off before the end. But we decided we weren’t going to compromise what we thought was the right listen for it as a record for the purposes of streaming. So we just ignored that and did it the order that we want.

La Face B: I really love Dropped Down The Well. I think it’s my favourite in the album. It’s really in your face, really intense.

Verity Susman: That one we’ve been playing live for about a year. We wanted a new song in the set and we wrote it and then started playing it really soon. We didn’t play any of the others live.

Matthew Simms: Recording that was quite hard because we knew what we wanted it to sound like. Sometimes when you’ve got that in your head what you want it to sound like, it’s kind of frustrating because you’re endlessly chasing something that you can’t quite achieve. But I was pretty satisfied. We wanted it to sound pretty in your face. I think we got there without it sounding too nasty.

La Face B: It’s aggressive enough, you know.

Matthew Simms: Yeah, that’s great. There’s a fine line. Yeah, it’s fine.

La Face B: I feel like It’s always… Just perfect.

Matthew Simms: The amp in that studio was part of the secret with that, with that sort of broken reverb.

Verity Susman: Yeah, and we used an organ that was in the studio in France that we went to. The organ was very slightly out of tune and so we thought maybe we’re not going to use it but we’ll just record it while we’re here. It’ll take five minutes. And then when we came back and we were mixing, the Fafisa was the main organ but when we took away the very quiet out of tune…

Matthew Simms: I can’t remember what it was. It’s an old 70s…

Verity Susman: Organophone or is that the…

Matthew Simms: No, that’s the amp. That’s the distorted amp.

Verity Susman: Yeah, the Prestige. We’ve written it on the liner notes. I looked it up anyway.

It’s just a very old electric organ. But when you took it out of the mix it didn’t work so well at all. And that was just a complete accident. Just a slightly out of tune-ness buried quite in the mix and it really made a difference.

Matthew Simms: And on Life Could Be A Cloud, the big chord in the middle.

La Face B: the first song of the album is like… It’s a clue to what we’re going through.

Matthew Simms: There’s little bits of tape from the… That’s exactly the intention.

La Face B: And it’s like two songs in one song.

Verity Susman: It’s good that it’s all come…

Matthew Simms: It’s really nice to hear because you’re saying all the things that we… Some of the ideas that we discussed.

Verity Susman: We were hoping…. But then you never know if any of that will come across. It’s nice that it does.

La Face B: As you said, it’s more an album to listen to on vinyl rather than on streaming

Matthew Simms: That’s how I listen to the records. I’m really stuck on it. I think streaming… Anything like that just doesn’t feel… Same with reading books. I want to read books or magazines even. Newspapers. I’m like, I want to hold it.

Verity Susman: But it’s also just the quality of sound once it’s compressed on the phone. Unless people are doing really high quality stuff.

Matthew Simms: There’s something about putting on a record like that.

Or a cassette. Or a CD.

La Face B: I want to talk about the title of the album and the lyrics too. I really like the double meaning of the album title (All Clouds Bring Not Rain) because it can be interpreted as either positive or negative depending on your perspective and your mind and your mood.

Verity Susman: And where you live. Yeah.

La Face B: And the sentence is something from the past, I think.

Verity Susman: Yeah, from Elizabethan times. So 16th century, 1500s. It was a proverb from that time. And we found it randomly.

Matthew Simms: Again, it’s another thing. You shared it with me.

Verity Susman: I found it online looking for something else entirely.

Matthew Simms: Yeah, and you sent it. And straight away we were just like, that’s the title. That’s kind of how I can’t sing about sharing stuff. It’s quite a lot of that.

La Face B: It’s funny because it’s like, if you think of it as a human perspective, if you are a cloud, you can let it pass through the sun or you can have a storm in you. And I think the album says a lot of that. You’re not all black or white, it depends. There’s a lot of variation and I think there’s a lot of this thing in the lyrics too.

Verity Susman: Yeah, where it’s not clear one way or the other.

La Face B: But I think it’s like, the album is written in this style. It’s there with pretences, dreams and hidden images. It’s not what you say, it’s not what it means.

Verity Susman: Yeah, yeah, yeah. I think all of that stuff is there.

La Face B: Do you write in images? Do movies or cinema influence you when you’re writing songs?

Verity Susman: Well, Matthew writes a lot. You just write a lot of the time, don’t you?

Matthew Simms: I’m very observational, so I’ll write every day something. Sometimes it’s not even pieced together. You might flick through things of mine to form…

Verity Susman: Yeah, then I take what Matthew’s written and then edit it and mix things around, take and then add things to it.

Matthew Simms: Some of this, a couple of them, there’s a final stage where we’re just sat together, either making sense of it or twisting it in another way.

LA Face B: It’s like a puzzle.

Verity Susman: Yeah, exactly, it is like a puzzle. And we have the music already there, so it’s fitting to get lyrics that make sense of the music and trying to find some meaning in that.

Matthew Simms: That’s another side to this, working together. I’ve never worked with anyone on lyrics.

Verity Susman: I haven’t before, no, I haven’t.

Matthew Simms: In any band, it’s quite hard to make that a collaboration.

Verity Susman: Yeah, I think we have a slightly different approach to writing. When I write, it’s usually for a song and I think I tend to be a bit more direct and you’re a bit more obscure. So that combination, I think, works well.

Matthew Simms: A complementary thing a bit.

La Face B: It’s like Memorials in an entity with your traits, bringing one into the band. It’s really interesting because you can get lost in the lyrics too, outside of the songs.

Matthew Simms: Exactly! Again, I’ve never properly been in a band where there’s so much attention on the lyrics, which is good. I enjoy that side of it. We really focus on it. It’s a big part of it.

Verity Susman: And I think some of it probably comes from… You write something that might be observational, but there could be another meaning in it. But just as a thing, then when you lift that and you put it in the context of music, maybe in the context of another sentence, then there’s another layer of, what does it mean? Or there’s some poignancy to something that might have been…

Matthew Simms: Often isn’t. You might realise it. If we’ve been somewhere and heard someone say something in a restaurant or something that’s made us laugh somewhere, but often it’s observational in a way that no one else would really get what I’m referring to anyway. What the sort of thing that we start from.

La Face B: I have two more questions. I have a weird question. Perhaps, inconsciously, the album and the lyrics reflect the state of the world right now, where nothing is what it is.

There is something almost political in the writing, I think.

Verity Susman: Yeah, I think so. I think Mediocre Demon, especially, there’s lots of lines that you could take as having some political meaning. It is that thing of, like you say, a puzzle. That’s sort of how it feels, trying to make meaning out of something.

If what you’re saying is that there’s a sort of subconscious element to it, and I think that’s probably there in how we’re making it, what we’re drawn to in the music, what we’re drawn to then in the lyrics. And then we make it all and then stand back and think, yeah, there is this meaning, where does that come from? I don’t know, but it’s probably just being in the world and absorbing things and your mind.

So, yeah. Processes them in some way. We don’t sit down with an intention to write a song about this or that, but we’re trying to be open to following where the music and the words take us.

La Face B: It’s hard to be in this world right now, you know, because we have a madman who said, I’m going to bomb this. And the next day he said, yeah, everything is great, you know. And I think there is something like that, but the album has been before that, but it’s like impact on the world, and we can see the music very differently.

Verity Susman: Yeah. We talk… I don’t think there’s the direct influence, but we do find ourselves talking a lot about politics and we listen to similar politics podcasts and that sort of thing.

Matthew Simms: I struggle with music that has any message that kind of forces it. And that’s not to say… I like the subtlety of it, and I think it’s unintentionally there, but it is probably there, if that answers your question.

Verity Susman: Yeah, I feel the same. I mean, things can be… I’ve never wanted to make music that’s really didactic, but I think inevitably you end up influenced by what’s around you.

La Face B: You can make people… Like, not giving an opinion, but make people think

Matthew Simms: Yeah, thinking… More thinking would be really useful. And also people being understanding of different opinions. Yes. That’s sort of been lost. Tribalism is not useful. You can be on a few sides, and sometimes there isn’t a right answer.

Verity Susman: That’s the thing. Things aren’t exactly one way or another. Most things are some sort of mishmash of…

Matthew Simms: Yes, actually, it’s really… That side of it is really sad, because it’s become so extreme. I mean, there’s one side of the extreme that I’d prefer to be on, but… You know what I mean? Yeah, yeah.

La Face B: I have a final question. Through the interview and before that, I get the impression that Memorials has opened new avenues of creativity for you. And are you already thinking about what’s happening next?

Matthew Simms: We’ve already started a little bit of work on it, right?

Verity Susman: Yeah, album number three. We’ve got a project coming up with a choir.

Matthew Simms: Yeah, really looking forward to that.

Verity Susman: That’s not really announced yet, but that’s in the summer in France. And then we’re going to work on the next album. We’ve got ideas for it, and like you say, we’ve started to write little bits.

Matthew Simms: I think one of the things… We’re often quite good at setting us… Like with this record, One of the things we did differently to the first album, the Waterslides record, is that we just wrote. We didn’t think about the recording process, we were just writing. We were making demos, but the demos were often listenable enough for us to know what the songs were and play each other… Have memories of the chords.

And then we had an idea of how we wanted it to sound. So there’s often ideas like that, so that’s a lot of what we’ve been discussing. It’s sort of…I don’t know if it’s experiments, but it’s almost little things that we could try that we haven’t tried yet, or things that might lead to something new. We’re quite drawn to that kind of… Ways of working that we haven’t done yet.

Verity Susman: Yeah, maybe exploring the space that we record in a bit more.

Matthew Simms: That’s a big thing, isn’t it?

Verity Susman: For the next one.

Matthew Simms: Maybe the choir. We’ll see what happens for the choir.

La Face B: Thanks a lot.

Memorials: Great, thank you. That’s a really interesting interview.

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