À La Face B, on avait envie de rendre visible celles et ceux qui accompagnent la musique au quotidien sans jamais être sur scène. Parce que ce sont, avant tout, des passionné.e.s de musique ; et parce que sans eux, vos artistes favoris seraient peut-être encore des inconnus. Dixième épisode de notre rubrique Musique Hors-Scène avec Marius Rault, co-fondateur de Fake Live et co-directeur du festival Foul Weather.

La Face B : Chez La Face B, on aime bien demander comment ça va, je te laisse me dire…
Marius Rault : Ça va nickel, merci !
LFB : As-tu eu une éducation musicale ?
Marius Rault : J’ai de la chance d’avoir des parents mélomanes qui m’ont fait écouter et découvrir des artistes comme The Slits, les Ramones, Gun Club, Daniel Darc ou bien The Kills dès mon plus jeune âge. Et qui continuent encore aujourd’hui à m’envoyer leurs dernières trouvailles musicales. Ma mère a joué dans plusieurs formations rock que j’ai pu programmer à Foul Weather puis au Tetris. Et étant britannique, elle a été biberonnée au punk. Ils ont donc forcément eu une influence majeure sur mon éducation musicale.
J’ai également 12 ans de Conservatoire dans les pattes (je jouais du cor) donc je présume que ça a joué un rôle également, d’une manière ou d’une autre !
LFB : Quel est ton parcours de vie professionnelle dans la musique ?
Marius Rault : J’ai commencé comme beaucoup avec des missions de bénévolat dans des festivals de la région Normande avant de filer à Paris intégrer une école privée en lien avec l’industrie de la musique.
S’en sont suivis différents stages dans le milieu mais surtout la naissance de ma toute première asso, Freaky Loud Things, que j’ai co-créé avant de la quitter 2 ans plus tard pour rentrer au Havre.
De là, j’ai co-fondé l’asso Fake Live puis une micro structure de booking qui s’appelait Futile Booking – on faisait principalement tourner des groupes australiens et britanniques en Europe comme Delivery, Mini Skirt, Dr Sure’s Unusual Practice, Los Scallywaggs, Lumer et des français au UK tels que Slift, The Psychotic Monks...tout en continuant à exercer des missions dans les festivals Ouest Park et Beauregard. En 2019, nous avons monté le Foul Weather.
J’ai ensuite intégré Les Formations d’Issoudun avant de revenir à Paris travailler au booking chez Caramba quelques années sur le pôle inter indé sous la direction de l’incroyable Emilie Davaine. Et depuis fin 2024 je suis le programmateur de la SMAC du Havre, Le Tetris mais aussi de son festival Ouest Park !
LFB : Comment est-ce que tu définirais l’identité du Foul Weather ?
Marius Rault : Le Foul Weather c’est un peu le condensé de tout ce qu’on fait depuis 2017 avec l’association Fake Live, qui se cache derrière l’événement. En gros, on a toujours eu la volonté de mettre en avant les scènes rock indé internationales, nationales et locales tout en privilégiant la proximité entre les artistes et le public. C’est aussi un temps fort qui permet de montrer que le rock ne se limite pas à un ou deux styles mais que c’est un genre très riche en sous-esthétiques allant puiser dans le jazz, l’electro, le rap etc…
LFB : Y a-t-il des festivals qui t’ont inspiré la création du Foul Weather ?
Marius Rault : Il y en a quelques-uns en effet mais qui ont des formats un peu différents. Je pense notamment au Rock dans Tous Ses États, qui avait une programmation exceptionnelle à chaque édition et qui malheureusement n’existe plus.
Il y a aussi le Rock in the Barn pour le côté festival à taille humaine et qui ont réussi à attirer de très beaux noms au fil des années. On peut aussi penser à La Route du Rock ou encore TINALS. On est d’ailleurs souvent comparé à une petite version de ces événements, ce qui est un très beau compliment pour nous.
LFB : Qu’est-ce qui guide tes choix artistiques ?
Marius Rault : On a de la chance avec le Foul Weather de pouvoir miser sur de la découverte. Le public ne vient pas forcément pour voir des artistes méga connus-es mais plutôt pour découvrir celles et ceux qui feront parler d’elles-eux dans les années à venir. Il y a ce côté défricheur qui est plutôt excitant. De parier sur des coups de cœur musicaux plutôt que sur des « noms ». Et ça c’est un réel luxe !
Enfin, dans l’association, nous sommes tous-tes fans de musique. On s’échange régulièrement nos dernières trouvailles, on a ce goût pour la découverte et forcément je m’en inspire pour proposer une programmation qui soit le plus possible à l’image du groupe derrière l’orga du festival.
LFB : Je pense notamment aux réseaux sociaux, est-ce qu’un groupe peu suivi peut peser dans la balance ?
Marius Rault : On va forcément y prêter attention mais ce n’est pas vraiment un critère pour programmer ou non un groupe.
On a cette envie plutôt simple de se dire que si ça nous plaît, alors on peut tout à fait l’imaginer sur l’une des 3 scènes du festival. Et généralement ça marche bien avec de belles surprises à chaque édition comme Baby Cool, Nice Biscuit, Cooper T etc qui étaient inconnus du public hexagonal lors de leur programmation mais qui ont laissé de très bons souvenirs derrière eux.
LFB : Y a-t-il un groupe qui t’a surpris pour avoir accepté de venir au festival alors que tu pensais qu’il allait refuser ?
Marius Rault : Forcément, qui dit petit festival dit petit budget. Donc on connaît nos limites financières et ce que nous sommes capables de proposer pour attirer un groupe. Ce qui nous oblige à faire des paris tous les ans.
Mais ce qui est plutôt excitant car cela nous permet de miser un peu avant tout le monde sur des groupes qui commencent à faire parler d’eux, comme Fat Dog, Lambrini Girls, Chalk, bdrmm, Squid, Warmduscher qui sont tous passés par le Foul Weather lors des dernières éditions.
Si un jour on concrétise nos rêves en programmant avec nos conditions habituelles Idles, Viagra Boys ou Amyl & The Sniffers alors là on sera surpris !
LFB : As-tu constaté une évolution du public ?
Marius Rault : On le remarque surtout lors du lancement des pass early birds. Pour l’édition 2024 ils étaient partis en 1 semaine. Pour celle de 2025 en 1 journée et pour 2026 en 1H ! Cela démontre que le public est au rendez-vous et qu’il y a une réelle attente autour du festival.
Également, ce qui est flatteur côté public c’est de revoir les mêmes personnes tous les ans. Ça veut dire, je pense, que l’événement plaît et est devenu une sorte de rendez-vous incontournable dans leur agenda.
De plus, on commence à attirer de plus en plus de personnes au-delà des frontières normandes, ce qui inscrit le festival comme un événement capable de rayonner à l’échelle nationale, voire internationale.
LFB : Qu’est-ce que le public vient chercher au Foul Weather qu’il ne trouvera pas ailleurs ?
Marius Rault : Je pense que le public vient principalement pour l’ambiance générale du festival. On reste un event à taille humaine dans un cadre cool niché sur les hauteurs de la ville du Havre dans un ancien fort militaire. On vient entre amis pour une journée ou les 2 jours et il y fait tout simplement bon vivre !
Et on a aussi ce retour du public qui ne souhaite pas que l’événement prenne en ampleur, de peur de perdre ce côté humain auquel il est particulièrement attaché.
La programmation est aussi une autre raison. Généralement, le public ne connaît que rarement les artistes programmés-es. Pourtant tous les ans on y découvre plein de groupes qu’on retrouvera plus tard sur de bien plus gros festivals – je pense à Lambrini Girls, TVOD, Shame, Squid etc. –
Le côté défricheur fonctionne bien !
LFB : Le festival s’est lancé en plein Covid, quelques temps après le Brexit, les plus grosses difficultés sont probablement derrière vous, quels sont les défis actuels ?
Marius Rault : Alors le festival est né en 2019, soit le temps pour nous de lancer le Foul Weather, qui de base devait être un one shot pour fêter les 3 ans de l’asso. Nous étions sur un format différent avec 2 soirées réparties sur 2 week-ends consécutifs et 2 lieux différents. Avec Slift, The Psychotic Monks, Together Pangea, Jacuzzi Boys etc cette première version fut une réussite ! Pourtant nous avons dû attendre 2022 pour revenir, suite à la pandémie.
Je pense que les défis actuels sont surtout de l’ordre économique. En effet, on le constate mais les coûts augmentent d’année en année, que ce soit la technique et bien sûr l’artistique. Sauf que de l’autre côté, les entrées d’argent ne suivent pas la même dynamique. Donc nous devons vraiment nous adapter d’une année à l’autre pour viser l’équilibre financier tout en maintenant la qualité du festival.
Enfin, il y a également le dérèglement climatique. Nous sommes pour le moment un peu plus épargnés que le reste du pays. Pourtant, nous avons vécu pour la première fois une édition sous 30° à la mi-mai. Et forcément, cela ne risque pas d’être une situation exceptionnelle mais plutôt un fait avec lequel il va falloir essayer de s’adapter.
LFB : Les prix sont hyper attractifs, comment arrive-t-on à maintenir cette politique tarifaire ?
Marius Rault : Nous avons toujours voulu que le Foul Weather soit un événement pour le plus grand nombre. Nous avons d’ailleurs mis en place une scène extérieure qui est en accès gratuit sur les 2 jours du festival afin de permettre à celles et ceux qui n’auraient pas les moyens de s’acheter un billet de quand même participer à la fête.
Enfin pour ce qui est des pass payants, nous essayons de nous adapter d’année en année afin de maintenir des prix abordables. Comme nous misons exclusivement sur de la découverte et l’ambiance générale de l’événement, nous arrivons à maîtriser nos dépenses. Mais cela à une conséquence : nous devenons ultra dépendants de la billetterie et des recettes du bar qui, en cas d’édition difficile, peut mettre en très grande difficulté le festival.
LFB : S’il y avait une évolution majeure à faire pour les prochaines éditions, quelle est-elle ?
Marius Rault : Je pense que nous sommes tous-tes très heureux-ses avec le format actuel. C’est même devenu une force et la raison pour laquelle autant de spectateurs-ices reviennent tous les ans. Si on peut continuer à développer le festival (en déco, accueil du public etc) d’année en année en gardant la même énergie je pense que ce sera déjà une très grande réussite !
LFB : Les 3 festivals que tu recommandes…
Marius Rault : Alors c’est difficile car il y en a plein que je n’ai pas encore fait et qui me font de l’oeil comme le Levitation à Austin, la Canela Party à Malaga, Mystery Fields et Left of the Dial aux Pays-Bas, Reeperbahn à Hambourg… Mais si je dois en donner 3, je pense à ceux-là pour des raisons différentes :
– The Great Escape : une programmation riche et défricheuse qui vient des 4 coins du globe et qui permet de découvrir les tendances à venir.
– Rock en Seine : parce que ça a été mon tout premier festival entre potes et que la programmation 2026 est énorme.
– Chauffer dans la Noirceur : j’y étais ce week-end, le cadre est exceptionnel, au bord de la mer, la programmation est riche et variée et j’y ai tout simplement passé un très bon moment !
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A (re)découvrir :
– Notre live report de l’édition 2026