Post Scriptum : un EP signé NUMAH

NUMAH dévoile son EP Post Scriptum, une collection de pensées, d’après-coup, de regrets murmurés et de vérités qu’on n’ose pas prononcer à voix haute. Une comédie musicale intérieure sincère, où les détails du quotidien prennent soudain des airs de grand cinéma. Sur huit titres qui naviguent entre pop, folk et éclats rock, l’artiste raconte une fille qui ressent tout trop fort, qui imagine trop, qui s’attache trop. Et qui, morceau après morceau, apprend à faire de sa maladresse une force.

Se regarder dans le miroir des autres

L’EP s’ouvre avec Dans la foule, un titre qui dresse un portrait. Celui d’une fille qui semble naturellement sortir du lot, lumineuse, magnétique. Et juste derrière, presque en écho, la voix de NUMAH« je ne suis pas de ces filles qui brillent dans la foule ». La comparaison pique. Elle est honnête, frontale, et pourtant universelle. Qui n’a jamais ressenti ce petit vertige silencieux face à quelqu’un qu’on admire presque trop ?

Mais derrière cette insécurité se cache quelque chose de plus complexe : un triangle amoureux, la peur de ne pas suffire, l’ombre d’une ex qui plane sur une relation neuve. NUMAH se retrouve à repasser par des endroits qui ne lui appartiennent pas, à inviter l’autre à son anniversaire, à faire des efforts que personne ne lui a demandés.

NUMAH ne brille pas dans la foule, et elle n’aime pas non plus l’étiquette qu’on lui colle : « timide »J’déteste ça creuse cette fragilité, ce manque de confiance en elle, cette peur d’être perçue d’une certaine façon. Mais la chanson va plus loin que la simple image de soi. Elle parle d’un lien fusionnel qui finit par étouffer, d’une admiration qui prend trop de place, d’une dépendance affective qu’on reconnaît à peine quand on est dedans. « J’aimerais qu’on reste amis, on peut tout reconstruire ». NUMAH le répète, encore et encore, comme une supplique qu’elle adresse autant à l’autre qu’à elle-même.

Faire le deuil de ceux qu’on ne sait pas lâcher

C’est désagréable, ça pique les yeux et ça pue est une interlude, courte mais précise. On a parfois du mal à lâcher certaines personnes, même quand on sait qu’on le devrait. Ce qui est bien, c’est qu’au moment où on y parvient enfin, on a le choix de ce qu’on emporte. Pas tout. Juste le meilleur. Cette parenthèse métaphorique prépare doucement la suite, parce que le deuil, sur cet EP, prend plusieurs visages.

L’EP se poursuit avec L’odeur de clope, un titre qui aborde une rupture amicale avec une douceur désarmante. NUMAH ne cherche pas à effacer. Elle est reconnaissante pour les rires, l’espièglerie et tout ce que cette relation lui a apporté. Derrière la colère, il y a une tendresse qui ne s’éteint pas vraiment. Comme une odeur de cigarette qui s’accroche aux vêtements longtemps après qu’on a quitté la pièce. Un morceau uptempo et douce-amer, où la gratitude finit par prendre le dessus sur l’amertume.

Vient ensuite Mauvais état, un morceau qui commence dans le silence. Juste des voix, suspendues dans le vide. Puis un piano arrive, une chorale enfle, et quelque chose d’immense se déploie. Mauvais état est la chanson qu’on écrit quand on n’arrive pas à tourner la page, un dernier espoir de vérité avant de faire le deuil pour de bon. Une question qu’on n’ose plus poser à voix haute : est-ce que tu penses encore à moi ? Puissant et vulnérable à la fois. Le genre de morceau qui ferait le silence dans une salle entière, avant de faire pleurer tout le monde en même temps.

Reprendre les rênes 

Changement de registre avec le matcha attendra. Entre désir maladroit, silences trop longs et regards qui en disent trop, NUMAH met en scène avec humour cette impatience timide qu’on connaît tous : vouloir faire le premier pas, ne jamais oser. Pop colorée et guitares incisives, ce titre est une confession intérieure qu’on n’entend que dans sa propre tête. Le café refroidit. Le matcha attendra.

OH BOY! tranche avec tout ce qui précède. Le son est plus rock, plus incisif, presque libérateur. Quelqu’un est parti du jour au lendemain. Et maintenant il revient, tente le tout pour le tout, comme si rien ne s’était passé. Sauf que les rôles se sont inversés. Là où NUMAH était celle qu’on avait abandonnée, elle est désormais celle qui a tourné la page et qui le sait. « J’ai pas besoin de toi dans ma vie. » Pas dit avec rage. Dit avec la certitude tranquille de quelqu’un qui a fait son deuil. Une déclaration d’indépendance qu’on chante sans se retourner.

Post Scriptum n’est pas un EP sur la guérison. C’est un EP sur le chemin qui y mène : tortueux, hésitant, souvent drôle, parfois bouleversant. Une fille qui ressent tout trop fort, qui imagine trop, qui s’attache trop. Et qui apprend, morceau après morceau, que ses maladresses ne sont pas des failles. Elles sont sa force.

©Ilan Brakha

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