On signe à l’encre indélébile avec Guerta

Guerta revient sur la sortie de son album Méthylène et sur l’évolution de sa carrière depuis ses débuts. Il raconte un parcours ancré dans la culture hip-hop, entre graffiti, open mics et découvertes musicales dans le Paris underground. Il évoque aussi son passage dans Nouvelle École, qui a marqué un tournant important en termes de visibilité et de reconnaissance. Enfin, il revient sur la construction de son projet, plus personnel, nourri par son histoire et son envie de laisser une trace durable dans le rap.

La Face B : Comment ça va ?

Guerta : Ça va super ! 

LFB : Tu as récemment sorti ton album. Dans tes morceaux, on sent que le rap est ancré en toi depuis longtemps. Je voulais savoir comment tu étais arrivé à te dire que tu allais faire ça de ta vie ?

Guerta : Je ne me suis jamais dit que j’allais faire ça de ma vie, parce que j’ai commencé à une époque où tout le monde faisait ça par passion. Personne n’imaginait, ne serait-ce qu’un jour, gagner de l’argent avec ça. C’était vraiment utopique. On a commencé ça plutôt à travers un mouvement. J’ai commencé avec le graff. Il y avait des gens dans mon collège qui taguaient beaucoup. On les voyait faire des tags et des graffs et ça nous a inspiré. 

Quand on était en sixième, on a commencé à se faire un petit groupe de potes graffeurs. C’est à partir de ça qu’on a commencé. On a kiffé toute cette dynamique de faire du graff en allant partout en Île-de-France pour trouver des spots. On peut dire que c’était notre petite passion de jeunesse même si je suis encore assez jeune. Je parle des années 2010 à peu près. Ce n’est pas le même hip-hop que dans les années 90. C’était une autre dynamique. 

On a commencé à écouter du rap pendant la crise du disque. C’était une époque où les rappeurs américains étaient plus mis en avant comme EminemLil Wayne. En France, on avait BoobaLa Fouine et Sexion d’Assaut. Mais cette culture du graff et ce côté un peu underground qu’on a bien aimé se déployait aussi dans le fait d’aller diguer des rappeurs sur YouTube. C’est comme ça qu’on a commencé à se faire nos propres goûts musicaux. Et qu’on a vraiment creusé ce qu’on aimait et ce qu’on n’aimait pas forcément. Ça nous a permis de créer notre culture musicale. Et notre culture de manière générale. 

On a digué des rappeurs qui n’étaient pas forcément au-devant de la scène. On tombait parfois sur des mixtapes, comme la mixtape À La Fuck You qu’on a beaucoup écoutée à l’époque. C’était une mixtape de rappeurs uniquement parisiens. Il y avait des rappeurs de chaque arrondissement donc nous ça nous parlait grave. On a commencé à écouter le rap aussi avec Planète Rap. Il y avait Spri NoirHayce Lemsi ou encore Volts Face. On écoutait des Planètes Rap comme si c’étaient des albums. C’est de là qu’on a commencé à écrire nos premiers textes aussi. Vers la fin du collège, on a écrit nos premiers textes. 

Puis j’arrive au lycée Rodin. Il y a plein de rappeurs de différents quartiers du 13e et du 14e qui se retrouvent dans ce lycée-là. Et il y a cette dynamique de rapper devant le lycée. 

Et c’est là que chacun représente son groupe de potes et son quartier. Il y a un peu ce côté battle qui se crée même si ce n’est pas forcément du clash. Il y a ce côté battle dans le sens où, toutes les semaines on arrive avec des nouveaux couplets. Et c’est comme ça que la passion se développe toujours plus. 

LFB : Tu cites souvent Paris 13 dans tes titres. C’était important de représenter le 13e ? Ça a apporté quelque chose dans ton rap ?  

Guerta : C’est vrai qu’à notre époque, les rappeurs qui représentaient le 13e, c’était la MZ. Depuis, il n’y a pas beaucoup de rappeurs du 13e qui ont explosé et qui ont vraiment représenté à l’échelle nationale, l’arrondissement. C’était quelque chose d’important pour nous, dans le sens où Paris Nord et Paris Sud sont vraiment comme deux villes différentes. Ce sont des expressions de langages différentes, des mentalités différentes, même dans chaque arrondissement de Paris. Je considère que chaque arrondissement est un village différent. Je trouvais ça important de mettre en avant son village pour mieux décrire sa musique et sa mentalité. 

LFB : Donc, le fait de venir du 13e arrondissement de Paris, ça a forgé une identité dans ton rap, différente de ce que t’aurais eu en venant du 14e par exemple ?

Guerta : Je pense. Mais pas tant que ça finalement. Parce que je me suis aussi inspiré de la plume parisienne de manière générale. Par exemple, quand j’étais au lycée. J’étais le seul qui écoutait Flynt et la Scred Connexion. Parce que je partais diguer encore plus. J’ai eu cette passion pour le rap underground, le rap indépendant aussi. C’était aussi très lié à la culture graffiti. 

LFB : Et si tu devais décrire ton rap, tu le décrirais comment ? 

Guerta : Technique, authentique et qui transmet des émotions. 

LFB : Je t’ai découvert avec Nouvelle École. Comment l’idée est venue de participer à cette émission ? Est-ce que quelqu’un est venu pour te proposer d’y participer ? 

Guerta : Comme je t’expliquais. Dans ma génération, on a commencé le rap en freestylant autour d’une enceinte. Et c’est comme ça qu’on a eu cette passion du battle. Pas forcément du clash, mais cette idée d’avoir le meilleur couplet. J’ai développé ça très jeune. Quand j’étais au lycée déjà, je faisais le mur de chez moi pour partir en open mic. J’ai vraiment creusé au plus profond.

À l’époque du graffiti déjà, j’étais le seul qui disais « il y a d’autres groupes de graffeurs, j’aimerais bien aller avec eux pour peindre » ou encore « il y a d’autres équipes de rappeurs là-bas j’aimerais bien aller les voir ». Et plein de potes de mon quartier préféraient rester au quartier tranquillement. Au début, ils trouvent ça marrant mais au bout d’un moment c’est vrai qu’ils se lassent un peu. Et moi, j’étais celui qui avait vraiment gardé cette passion de vouloir rencontrer d’autres rappeurs, dans d’autres arrondissements. Donc, je partais en open mic très jeune.

De là, j’ai participé à plein de contests et de battles en Île-de-France. Et c’est comme ça que j’ai développé cet amour du sport. Il y a quelques années, je gagnais quasiment tous les contests et battles, pendant une certaine année. Et cette fameuse année justement, l’équipe de Nouvelle École est venue me voir pour me proposer de participer à la saison 4. Ils m’avaient déjà proposé les autres saisons. Mais je ne prenais pas trop ça au sérieux parce que ce n’était pas encore totalement accepté dans le milieu. Enfin, c’était quand même particulier au début, l’image que Nouvelle École transmettait au milieu. Aujourd’hui, je trouve que ça s’est plus banalisé. C’est devenu un tremplin parmi tant d’autres. C’est comme Rap Contenders ou Buzz Booster à une autre époque. 

Et au-delà de ça, je voyais de plus en plus de gens que je connaissais y participer, qui n’avaient pas fait le quart du tiers du parcours que j’avais fait. Parfois tu te dis que tu es quand même légitime à participer à ce contest, qui est très largement inspiré de ce qu’on faisait dans des caves parisiennes. Mais cette fois-ci à la télé. C’est comme ça que je me suis dit que la saison 4 était le moment. Et si j’y vais en revanche, c’est pour gagner !

LFB : Tu n’étais pas loin !

Guerta : Et je n’étais pas loin ! Mais j’y suis clairement allé pour gagner.

LFB : Ta famille et tes proches t’ont soutenu quand tu t’es lancé là-dedans ? 

Guerta : Ma mère a cet esprit maternel, de toujours me dire de faire ce qui me plaît quoi qu’il arrive. Tant que je ne fais pas de conneries. Mon père, lui, n’a pas trop compris. Et il ne comprend toujours pas trop. Tant qu’il n’y a pas une grosse somme d’argent qui tombe, il ne comprend pas. Enfin, il essaye de comprendre, mais pour lui, ce sont les chiffres qui parlent. 

Pour donner un exemple d’anecdote, quand l’équipe de Netflix arrive pour tourner sur notre lieu de travail familial. Je dis de ne filmer en aucun cas mon père qui sera derrière le bar. Ma famille et mon père, vous ne les filmez en aucun cas. Et mon père regarde les équipes de Netflix et dit « mais de toute façon personne ne va regarder ton truc. En plus il y a que des jeunes qui regardent ça. C’est pas du tout la clientèle d’ici. Ça nous fera un souvenir au moins et ça nous fera de la pub. Allez vas-y c’est bon ».

Donc c’est mon père qui insiste pour être dedans, alors que moi je suis totalement contre ce passage-là. Pour te dire à quel point il n’avait pas conscience de l’ampleur de Nouvelle École. Maintenant, il y a des gens qui lui demandent des photos ! Il commence à réaliser quand il voit les réseaux sociaux. Il voit les chiffres et se fait la remarque « il y a 3 millions de vues. 3 millions de personnes qui ont vu cette vidéo-là ! » Il voit que c’est la série Netflix la plus regardée en France. Il commence un peu à comprendre mais ça reste léger. 

LFB : Tant mieux en vrai. Je pense que ça peut être choquant dans un mauvais sens pour la famille. 

Guerta : C’est ça. Après ça reste du soutien quand même. Quoiqu’il arrive, il y a beaucoup plus de soutien maintenant qu’à l’époque. Je suis à la fois d’une famille vietnamienne et d’une famille qui vient de la restauration. Quoi qu’il arrive des deux côtés, on est très carrés. Tu vas à l’école. Tu ne fais pas de conneries et tu te fais discret. C’est ça nos mœurs familiales. J’ai toujours eu cet esprit de travail acharné qui est mon héritage familial. Je le retranscris aujourd’hui dans ma passion. 

LFB : Et c’est pour ça que tu as fait des études ? C’était pour tes parents ou c’était pour toi aussi ?

Guerta : Au début, c’était clairement pour mes parents. Moi je réalise que ce que j’aime c’est la musique. Je commence avec une fac de droit et je comprends très rapidement que ce n’est pas pour moi. Je me réoriente très vite dans une autre filière qui s’appelle Médiation Culturelle. C’était une fac pas très loin du restaurant où je travaillais. Et, en plus de ça, ça parlait un peu de musique. Pas plus que ça, mais ça parlait un peu de musique. C’était la fac donc on n’avait pas a payé et ça rendait mes parents heureux.

Je bossais un peu au restaurant. J’allais à la fac et je faisais de la musique à côté sans qu’ils le sachent. Mais, j’avais un cursus scolaire.  Je réalise assez vite qu’au final c’est très intéressant. Même si, je sais qu’il n’y a pas énormément de débouchés. J’apprends énormément de choses. Je rencontre plein de gens. 

En parallèle, j’ai un cousin à moi qui travaille dans la musique. Il me propose de me former en tant qu’ingénieur du son car il savait que je voulais faire ça. Il me forme donc au métier d’ingénieur du son dans ce studio. En parallèle, je suis à la fac. Je suis toujours dans mon quartier et je fais toujours ma vie à côté. Mais, en même temps, je suis ingénieur du son et je commence à ramener plein de clients. J’enregistre plein de rappeurs de la capitale pendant 2-3 ans quoi et en même temps je continue la fac. 

En parallèle de ce que j’apprends à la fac et de ce que j’apprends au studio. Je commence à m’intéresser à la production et l’édition aussi. Avec mon cousin, on commence à produire et éditer des artistes. À ce moment-là, je suis un peu en retrait par rapport à ma carrière artistique. Mais je kiffe tout autant et je m’intéresse à tout le milieu et à tout ce qu’il y a autour, en développant d’autres artistes. Ça me permet de découvrir en 360 tout ce qu’il y a au-delà du studio et de l’écriture. Ça m’intéresse beaucoup et pendant un moment je me dis que c’est ce que je vais faire. 

Pendant le confinement, tout s’arrête un peu. On se retrouve chacun avec soi-même. Et moi qui je n’ai jamais arrêté d’écrire. Je me dis que je vais quand même écrire un projet et voir ce que ça donne. J’écris un premier projet qui s’appelle Hokage. C’est comme ça que la machine est repartie et que j’ai eu envie de passer de l’autre côté de la cabine. 

LFB : Depuis que tu as fait Nouvelle École est-ce que tu vois des changements ? Est-ce que ça t’a donné envie de créer le projet Méthylène ?

C’est sûr parce que tu as de la visibilité. Nous on vient de l’indépendant avec mon manager Lysan. On a produit 3-4 projets avant Nouvelle École. Et on a toujours eu cette dynamique quand même assez quadrillée de petits labels indépendants. On envoyait toutes les infos à tous les médias. On faisait les choses de manière assez carrées. Et pendant longtemps, on ne nous regarde pas de la même manière, ce qui d’un côté est normal. Enfin, je ne sais pas si c’est normal, mais ça fait partie des règles du jeu ! Et c’est ça aussi qui nous donne envie de participer à Nouvelle École

Donc oui, il n’y a pas le même regard dans l’industrie et il n’y a pas le même regard dans la rue avec le public. Dans mon cas, j’ai réussi à faire un beau parcours et à toucher les gens à une très grande échelle quand même. Et je vois la différence.

LFB : Est-ce que Méthylène était un projet déjà existant ou est-ce que tu avais des titres qui existaient déjà ?

Guerta : En vrai, j’avais plein de titres avant. Mais quand je sors de Nouvelle École. J’ai envie de faire un truc tout nouveau et j’ai tout réécrit. 

LFB : Ah oui ! 

Guerta : Quasiment tous les titres de Méthylène, je les ai faits en deux mois après Nouvelle École. 

LFB : Ok ! Je pensais qu’il y en avait certains qui existaient déjà !

Guerta : Même pas ! Il devait y avoir Raftel qui existait déjà et Le Rap A Niqué Ma Vie sinon c’est parti d’un coup. Même la deuxième partie a été faite après. Ça m’a bien boosté. Tu te dis que c’est quand même la grande compétition. C’est comme si tu avais participé à tous les tournois de Ligue 2 et là tu participes au gros tournoi du moment ! Tu arrives quand même en demi-finale. Tu fais sensation sur une épreuve phare de la compétition. Évidemment que ça booste.

Donc, ça m’a donné envie de faire un projet tout neuf qui est Méthylène. J’avais justement envie de remettre en avant toute cette direction artistique qui était moi en fait. Donc on se repose la question, d’où vient mon blase ? Mon blase vient du graffiti donc qu’est-ce que je peux mettre en avant ? Et c’est ça qui a donné naissance à ce projet Méthylène et de ne plus vouloir jouer sur des DA préfabriqués. 

LFB : Tu voulais un projet qui te correspond à 100 %. 

Guerta : C’est exactement ça. C’est comme l’épreuve du clip dans Nouvelle École. Elle s’appelle la DA : la Direction Artistique. J’ai dit ma DA, c’est moi en fait. C’est parler de mon histoire. Le fait de faire Méthylène c’était expliquer d’où vient le nom Guerta. C’est la première brique de la grande maison. Même s’il y a déjà eu des projets avant. C’était du ciment et maintenant en est à la première brique. 

LFB : Et pourquoi tu as choisi Méthylène comme titre d’album ? 

Guerta : Parce qu’on est dans une époque où on est noyé dans la culture de masse. Le scrolling est permanent. Tout le monde écoute de la musique de première écoute. Moi ce que je voulais, c’était faire de la bonne musique. De la musique que les gens peuvent réécouter et peuvent écouter plusieurs fois. Je ne voulais pas un album à usage unique. 

Méthylène, ça vient d’une poudre qu’on achetait à l’époque dans des pharmacies. On achetait des pigments, de la poudre, de l’acide. Tout ce qu’on pouvait acheter, on l’achetait pour le mettre dans nos marqueurs pour que l’encre soit indélébile. La fameuse poudre de méthylène, c’est typique du graffiti. Tu achetais ça en pharmacie, tu le mélangeais à l’encre et ça donnait une encre vraiment indélébile. Et quand tu effaçais le tag. Après un tag fait au bleu de méthylène, ça laissait une trace derrière. Ça laissait un fantôme. Même en essuyant, en enlevant le tag. Il y avait quand même encore une trace. C’est un peu ça le thème aussi, c’est vouloir laisser une trace. 

LFB : Incroyable !  Je ne savais pas du tout, tu m’apprends des choses, merci !

LFB : C’est un album hyper riche. Est-ce qu’il y a un morceau en particulier qui a été une évidence pour toi ou qui t’a transmis une émotion particulière ?

Guerta : Non, je les ai tous kiffés ! Le son avec TRZ, j’ai trop ri. On a trop rigolé quand on l’a fait. On était tous les deux en studio, on s’est enregistré, on a trop kiffé. Le morceau RATP avec C.Sen aussi. Ça faisait plaisir de voir sa manière de bosser qui était totalement différente de la mienne. On a quasiment 20 ans d’écart et on est sur deux générations de différence quasiment. Farmer, c’est une performance. Comme Mbappé, quand il va mettre un triplé et qu’il ne sait pas d’où ça sort. Farmer c’est sorti d’un coup. Le Rap A Niqué Ma Vie, je l’ai écrit pendant que j’écrivais mon mémoire. Je faisais un mémoire sur le rap en plus. 

J’arrive quand même à un stade de ma vie où je me dis « j’ai quand même un certain âge, je suis encore à la fac en Médiation de la Musique et je fais un mémoire sur le rap. Alors que je devrais arrêter tout ça et mettre de l’argent de côté. Penser à acheter un appartement, investir quelque part ». Et non j’étais en train de faire un mémoire sur le rap. Donc ça m’a inspiré ce morceau Le Rap A Niqué Ma Vie. Il y a aussi Raftel. C’est un morceau que je kiffe de fou parce que c’est un morceau mélancolique, dansant. L’intro c’est pareil. Tous les morceaux, j’ai kiffé les faire. 

LFB : Et si on parle de RATP avec C.Sen. Tu l’as connu à l’époque où tu tu diguais ? 

Guerta : Grave ! C’est à l’époque où je diguais ! Justement, cette époque où je diguais c’était l’époque où on faisait du graff. On regardait des documentaires sur le graffiti. Surtout un qui s’appelait La Guerre Souterraine. On le regardait en boucle comme si c’était un film et faisait la même chose que dans le documentaire, mais dans la vraie vie. On cherchait des rappeurs qui parlaient de graff et il n’y en avait pas énormément à l’époque. C.Sen faisait partie de ces rappeurs et c’est comme ça que je l’ai découvert. 

LFB : Et comment tu as eu l’idée de collaborer avec lui sur l’album en question ? 

Guerta : Je me suis dit que je repartais dans les bases. Et surtout je me suis dit que si j’appelais un projet Méthylène. C’était obligé de mettre un graffeur emblématique sur le projet. C.Sen était une évidence. 

LFB : Je voudrais revenir sur trois titres qui sont forts. Lilo Brown avec TRZ qui parle de drogues et de violences policières. Procédure Habituelle avec 2L et Soldat. Est-ce que c’était important pour toi de parler des violences policières ? Je repense au titre avec 2L qui est très imagé et tristement banal. J’ai trouvé ça très fort.

Guerta : Je pense que c’est essentiel de parler de sujets importants dans son rap, quelle que soit la manière. Je ne suis pas forcément partisan de l’idée que le rap conscient doive obligatoirement comporter des morceaux où le message est explicite. Tu peux faire du rap conscient tout en transmettant un message de manière implicite. Par exemple, dans Soldatet Procédure Habituelle, le message est clair. Mais, tu peux dénoncer une réalité dans un quartier ou dans un pays avec des images plutôt qu’avec des faits. C’est ce que j’essaie de faire et cest d’autant mieux, quand tu arrives à le faire avec une touche d’humour, avec une touche de musicalité. C’est là que tu arrives à faire un très bon film qui parle de quelque chose. Pas juste un blockbuster qui dure deux semaines.

LFB : Et en parlant de film, vous avez prévu un clip pour Procédure Habituelle ?

Guerta : Non je ne pense pas. Ça va être trop compliqué. Parfois, il n’y a pas besoin de clip. Il y a plein de gens qui vont lire un livre et te dire « ah le livre est mieux que le film ». Et bien là c’est pareil. 

LFB : Et pour Soldat, est-ce que tu cherchais à raconter l’histoire de quelqu’un en particulier ? 

Guerta : Moi je n’ai pas fait l’armée. J’ai des amis qui l’ont fait et mon père l’a fait aussi. Quand mon père a eu 18 ans. Il avait le service militaire obligatoire. Donc je me suis inspiré des anecdotes qu’on m’a raconté. C’était aussi parti d’une discussion qu’on avait eu avec mon compositeur. Qu’est-ce qu’on ferait si on y allait ? Comment ça se passerait ? Et c’est un questionnement qu’on devrait tous avoir. Si ça arrive, comment ça va se passer ? C’est plus un morceau que j’ai écrit de manière naturelle. C’est plus parti d’un questionnement et je me suis dit que j’allais écrire dessus. 

LFB : J’ai vu que tu avais récemment sorti un titre qui s’appelle Jeux d’enfants. J’ai aussi appris que tu avais signé avec Furax. Félicitations ! Est-ce que Jeux d’enfants marque le début de nouveau projet ? Ou est-ce que c’était un titre que tu voulais sortir comme ça ? 

Guerta : C’est même un titre que j’aurais pu faire en finale de Nouvelle École. 

LFB : Je trouve qu’il a un lien avec Le Rap A Niqué Ma Vie. Aussi bien dans l’instru que dans ton écriture. Il y a ce même côté émotionnel.

Guerta : Ce morceau-là, ça faisait cinq ans que je l’avais et qu’il n’était jamais sorti. Et je voulais le sortir quand même. Je suis encore en train de finaliser ce que j’aimerais sortir pour la suite et ce n’est pas non plus définitif. 

J’ai la chance, à travers ma musique, de pouvoir être assez éclectique dans le choix des instrus. Donc je préfère rester comme ça et ne pas me cantonner à une couleur précise. C’est ça que ça que j’aimerais, pour la suite en tout cas. Continuer à faire la musique que j’aime quand j’ai envie de la faire. Jeux d’enfants, c’est un moment précis. Et c’est ça la musique : c’est capturer des moments précis avec des émotions précises. Puis réussir à les mettre sur papier puis en musique. 

LFB : Je trouve que ta musique a cette particularité de nous transmettre des détails qui nous permettent de comprendre tout le fil de l’histoire. Il y a un début, un milieu et une fin comme un livre. Ta musique est pleine de détails et d’images. Ce qui la rend d’autant plus touchante. Tu arrives à nous embarquer dans un univers.

Guerta : Merci beaucoup ! Je trouve que c’est important que l’on sente l’authenticité. Pour réussir à écrire un bon livre, ou réaliser un bon film. Il faut que ça sorte d’un cerveau humain et que ça ait été vraiment vécu par la personne. Ce que j’aimais bien dans les rappeurs à l’époque, des mecs comme Mister You par exemple. Quand ils écrivaient un texte. Ils donnaient tellement de détails sur une situation que tu te mettais dans sa peau. Tu savais que ce n’était pas inventé. Parce qu’il y a les détails et il y a le contexte. C’est comme quand tu écris un livre. Tu vas mettre les éléments pour que la personne s’imagine au mieux le personnage ou la situation. Et je pense que c’est pareil dans la musique. 

LFB : Est-ce que tu trouves que c’est quelque chose qui se perd ? 

Guerta : Clairement oui, ça se perd. Les gens utilisent les mêmes champs lexicaux, les mêmes mots…

LFB : Comme tu viens de Paris 13, est-ce que tu pourrais me donner un artiste émergent que je devrais écouter de Paris 13 ? 

Guerta : Ouais ! Je peux t’en donner plusieurs même !

LFB : Vas-y ! 

Guerta : DjiroLe CrocBaye Fou. Ce sont des mecs de mon quartier.

LFB :  Et ma dernière question : si tu pouvais faire un feat sur ton prochain projet, tu choisirais qui ?

Guerta : Tu connais Lisa Pariente ? C’est une meuf qui écrit super bien je trouve. Et ce n’est pas du rap ! 

LFB : D’accord, c’est quoi style musical ? 

Guerta : Elle fait des piano/voix. Elle est trop forte, je trouve. 

LFB : Je vais écouter ce qu’elle fait très vite. Merci !    

Crédits photos : srhtakesphotos et Karlazirah

Laisser un commentaire