Retrouvailles DITTER pour Cringe Is The New Sexy

DITTER et La Face B, c’est une relation qui dure. On a plaisir à les retrouver à chaque étape comme une conversation qui ne s’arrête jamais. À l’occasion de la sortie de Cringe is The New Sexy, on s’est donc à nouveau posé.e.s avec Rosa, François et Sam pour continuer le fil de notre échange. On parle d’évolution musicale, de l’importance de trouver son entourage, d’affirmation et de cosmos.

DITTER

Ditter : Bonjour La Face B !

LFB : Comment est ce que ça va?

Ditter : Ça va bien. Et toi ?

LFB : Ça va merci. J’aurais aimé savoir comment avez-vous vécu la sortie de votre EP?

Sam: Bien. C’était en octobre du coup.

François : Ça s’est archi bien passé, notamment aussi parce que ça a été quasiment en même temps que la nomination aux MME. Et en vrai, on a eu pas mal de promos là-dessus. Au final, presque plus que sur l’EP, mais ça s’est archi bien goupillé. Les deux sont sortis en même temps, et ça a fait un tout qui a franchement grave fonctionné.

Rosa : On a eu plein de belles nouvelles après ça. Donc on était contents de cette sortie.

LFB : Et de la tournée qui va avec ?

François : Ca s’est terminé mi-novembre. On a tourné pas mal même avant l’EP, parce qu’on avait sorti quelques singles etc. Donc on a surfé un peu dessus. Il y a ensuite une tournée qui a repris depuis ce concert à l’ESNS à Groningen, qui a ouvert une petite porte vers l’international avec des dates un peu en Europe de prévues. Et une tournée de mi-janvier jusqu’à septembre en France et dans quelques pays limitrophes.

LFB : est-ce qu’avec le recul, on peut voir Me, Money & Politics comme une sorte d’essai qui a permis de définir l’identité de DITTER ?

François : Moi je dirais plus que Me, Money & Politics et Cringe Is The New Sexy sont des zones d’essai et de recherche qui sont très bien pour la suite. Sur les deux EPs, on ne s’est pas trop posé la question d’un son, d’une cohérence. Là, on a vraiment fait les sons qui nous ont animés. Maintenant on sait ce qu’on sait faire, on sait ce qui nous plaît.

Rosa : Et ils ne racontent pas la même chose. Donc au final, les deux pourraient être un album. Ils pourraient être mis sur un album avec d’autres thématiques.

LFB : J’ai l’impression que l’EP de remixes et ce côté plus électronique et plus direct a amené Cringe Is The New Sexy.

François : Peut-être. Tu le trouves plus électro ?

LFB : Oui, et plus cohérent dans la couleur musicale que Me, Money & Politics. Je le trouve un peu plus éclaté musicalement.

François : Je parle pour moi mais toujours quand on fait un morceau, on a envie d’en faire un différent. Et du coup, je trouve qu’il y a un peu cette peur peut-être d’être toujours dans le même concept, un même genre ou un même mood. Au début on a fait beaucoup de chansons vénères, un peu dans Me, Money & Politics. Et après il y a eu toute une vague de chansons où on s’est dit que c’était trop bien de faire des chansons calmes, des chansons belles aussi. Et c’est un peu comme ça qu’est née par opposition aussi la partie un peu plus nostalgique qu’il y a dans Cringe Is The New Sexy.

LFB : Qui est un peu vénère quand même.

Sam : Il fallait que ce soit un peu vénère.

Rosa : Et festif.

LFB :Le premier EP, j’ai l’impression que c’était aussi une découverte de vos personnalités dans le sens où vous aviez travaillé mais sur d’autres projets et que c’était un peu votre découverte de votre projet à trois aussi.

Rosa : Oui, c’est ça. On a appris à bosser ensemble. Ces deux formats nous ont aidés à vraiment comprendre qui on était tous les trois, ensemble.

LFB : Du coup, ça a évolué quand même dans la conception des morceaux ? J’ai l’impression qu’il y a un truc un peu plus urgent dans ce nouvel EP.

François: Comment ça urgent ?

LFB : Moins réfléchi et de plus capter une énergie.

Rosa : C’est cohérent parce qu’au final, les morceaux, on les a aussi beaucoup testés en live.

Sam : C’étaient que des morceaux qu’on a testés en live assez souvent. Qu’on a remaniés à chaque fois. C’est vrai que quand on est arrivé dans la partie arrangement de ce deuxième EP, on s’est dit qu’il fallait en effet capter cette énergie live. Tout en gardant ce côté produit, toujours ce petit mix entre électronique et rock qu’on aime. Mais en tout cas, on se disait qu’il fallait qu’on ait la même sensation qu’en live. Et en l’écoutant, et en l’enregistrant, etc. C’est vrai qu’il y a eu ce parti pris assez naturel. Je pense que ce sont des morceaux qu’on avait beaucoup en tête, qu’on a dû quand même réarranger, parce que c’est un travail très différent. Mais il y avait quand même ça en tête.

François : Je suis d’accord. A chaque fois, on dit que c’est hyper spontané mais on passe quand même des heures dans un milliard de trucs. Mais c’est vrai que l’apport du live a beaucoup aidé. On a voulu capter cette énergie du live un peu plus spontanée.

LFB : Je pense que les morceaux de Me, Money & Politics étaient créés avant le live et qu’il y a eu énormément de concert et de choses qui ont permis tout ça.

Rosa : Ouais, et même de même de savoir où on voulait aller, ce qui nous faisait battre le coeur. Alors que les morceaux du premier EP effectivement, sont arrivés avant le live puisque c’est un peu compliqué de jouer quand tu n’as pas de morceaux.

LFB : Est-ce que vous êtes d’accord pour dire que sur le fond, comme sur la forme, ce nouvel EP est un peu un EP d’affirmation.

Rosa : Oui. De toute façon, vu les textes, oui.

LFB : C’est pour ça que je parle de fond et de forme.

Rosa : Oui, c’est de l’affirmation, oui. Tout à fait.

Sam : Mais je pense qu’on sera toujours en zone de recherche. Là, on réfléchit à un autre format. On réfléchit parfois un petit peu à la suite et tout. Peut-être que oui, il y a quelque chose, en effet, de plus confirmé, mais je pense qu’on ne cessera jamais d’être dans une recherche d’autres choses. Enfin, en tout cas, même pour nous, de se renouveler d’une manière ou d’une autre. Et du coup peut-être qu’on dira plus tard dans deux ans : c’est peut-être là la vraie confirmation. Et qu’en fait trois ans plus tard, on se rendra compte qu’on n’était pas du tout matures.

LFB : Ce qui est marrant, c’est que j’ai l’impression que chaque titre d’EP laisse des gros indices sur la nature de ce qui va être exprimé à l’intérieur. Les titres des EPs sont très évocateurs.

François : Ce sont même des morceaux éponymes à chaque fois. On essaye toujours d’avoir un truc un peu fort pour l’EP. Une espèce de propos un peu drôle, un peu dansant.

Rosa : Oui, et quelque chose qui englobe les titres qui sont à l’intérieur. Mais c’est aussi un message, celui qu’on a envie de faire passer et avec lequel on a envie de s’amuser et qu’on assumera.

LFB : Ce que je veux dire par là, c’est que le premier EP, j’ai l’impression que c’était un EP politique dans le sens global. Et que cet EP-là, c’est plus un EP de politique intime.

Rosa : Oui, c’est vrai.

LFB : Le premier EP, c’est comment toi, tu te confrontes au monde. Et le deuxième EP, j’ai l’impression que c’est comment le monde se confronte à vous.

François : C’est une belle analyse. En fait, il y a un truc peut-être aussi, dans le fond, c’est un peu plus rapproché de l’intime. On est plus proche de nous.

Sam : Et je pense qu’en se disant qu’en parlant de l’intime, c’est forcément universel, parce que ça parlera forcément aussi. On se rend compte que quand chacun parle de soi, on parle globalement de la même chose. C’est juste une manière de vivre aussi, une manière d’exprimer plus ou moins personnelle. C’est ça qui est intéressant aussi.

LFB : Le choix du mot en plus n’est pas pris par hasard parce que c’est un mot que maintenant tout le monde utilise. Mais j’ai l’impression que vous le prenez à contresens, une manière de dire que c’est un peu ok d’être bizarre et qu’on est tous bizarres d’une certaine manière et qu’il faut l’accepter.

Rosa : Oui, c’est ça. En fait, il y a cette partie-là de dire qu’on a tous en nous quelque chose de cringe et qui va cringer l’autre. Mais il y a aussi le fait d’être cringé et d’être interpellé. Qu’est-ce que ça veut dire de nous aussi quand on est interpellé par quelque chose ? C’est peut-être quelque chose que juste on n’assume pas chez nous. Et après, il y a aussi le fait de dire cringe is the you sexy et le mot sexy était utilisé aussi de façon hyper random. Et du coup, c’est devenu un mot random. Moi, je ne saurais même pas définir vraiment ce qui est cringe ou pas.

François : Chacun a ses propres limites.

Rosa : Chacun a son filtre là-dessus et c’est comme le fait d’être sexy. On n’a pas tous le même filtre sur la sexyness. Ce sont des choses très subjectives. C’est de dire aussi que tout ça est très subjectif et qu’on est tous le weirdo de quelqu’un.

DITTER

LFB : Si tu regardes le déroulement de l’EP, c’est ce morceau qui commence l’EP et c’est Way Too Cool For You qui suit et qui dit que le jugement des autres ne t’atteint pas forcément à partir du moment où tu es raccord avec ce que tu es toi.

François : Carrément.

Sam : Je pense qu’il y a une sorte de petit manifeste pour l’acceptation de soi, de manière très globale de manière très aussi personnelle, intimiste. C’est plutôt un message assez important je trouve oui.

François : Accepter, c’est accepter ses failles.

LFB : Tout le déroulé de l’EP est vraiment sur ce truc de s’accepter soi et de s’écouter soi aussi. Ce morceau sur le burn-out, c’est un truc qu’on a tous vécu. C’est apprendre à s’accepter mais apprendre à s’écouter aussi.

François : D’ailleurs on a à un moment hésité avecWe Need To Stop pour le titre de l’EP. Ca aurait pu être marrant.

LFB : Il y a vraiment ce déroulé qui est hyper intéressant et qui se termine sur un morceau qui est beaucoup plus intime et collectif que les autres. Je sais que c’est essentiellement toi qui écris les paroles. Ca a évolué un peu ?

Rosa : Ça, ça a évolué un petit peu.

François : Mais c’est quand même principalement toi.

Rosa : Je pense qu’on s’est quand même bien réapproprié les paroles aussi. On l’a fait sur le premier EP aussi. Je n’écris pas pour moi. Ce ne sont pas des choses que j’écris pour moi. Enfin, je trouve qu’elles nous concernent. J’ai l’impression que les textes vous ont parlé aussi autant qu’à moi.

Sam : Oui, bien sûr. Mais je pense qu’il y a une finalisation peut-être commune. Parfois, on a pu reprendre quelques phrases ensemble parce qu’on a eu une discussion sur le sujet après que toi, tu l’as amené. Et qu’on disait, ah oui, ce serait plus intelligent de le faire comme ça. Oui, je pense qu’il y a eu beaucoup de discussions sur ces sujets parce que ce sont des sujets qui nous parlent à tous les trois et qu’on passe beaucoup de temps ensemble. On vit un peu les mêmes choses aussi.

François : Il y a Eternity qui est assez différent. Même le texte est peut-être un peu moins grinçant. Ca vient aussi de cette volonté de rechercher à faire quelque chose de différent.

Rosa : Et d’assumer les phases dans lesquelles on peut être.

François: Eternity pour le coup, ça parle du cosmos. On n’a pas peur, on passe par des montagnes, des océans et on parle de la beauté de tout ça, de la vie, de la mort. Ca parle d’un truc vraiment gigantesque. C’est pour ça qu’on l’a mis à la fin. Au début, on adorait tellement ce morceau qu’on s’est dit qu’il fallait le garder pour une fin d’album parce que c’est une bête de fin d’album.

Rosa : Mais c’est une bête de fin d’EP aussi.

François : Mais oui, on se disait qu’on en ferait des très beaux aussi. Ca vient aussi un peu de ce truc de vouloir faire différent de ce qu’on a fait avant, toujours aller un peu dans des zones où on n’a pas trop été, juste pour se renouveler et garder le truc un peu frais.

LFB : Mais c’est vraiment dans l’écriture, tu peux avoir une double lecture.

François : De ce morceau ?

LFB : Non, de l’entièreté de l’EP. La façon dont c’est écrit, tu peux dire que c’est une personne qui parle à d’autres personnes, mais ça peut aussi être une personne qui se parle à soi-même. D’essayer de s’affirmer dans ce qu’elle est. Genre parler devant un miroir en disant non mais en fait, je suis trop cool pour la pauvre vision que tu as de toi même.

Rosa : Oui, oui. Way to cool for you, pour le coup il y avait un truc au départ où je m’étais dit que ce serait marrant qu’il y ait un mois du futur qui arrive et qui soit en mode : « bah ouais meuf, t’es ci, t’es ça, tu fais de la merde, des fois t’es plus cool. Dans l’avenir, tu seras beaucoup trop cool pour cette version-là. Enfin, la version que tu penses être là ». Donc il y a un truc de pouvoir assumer aussi des choses qu’on a du mal à assumer. Et je ne parle pas de failles, de fragilité, de choses comme ça. Là, je parle carrément du fait d’être une salope, une connasse, d’être méchante, d’être grinçante, d’être aussi jalouse, … Enfin voilà, par moments de pouvoir assumer des trucs qui sont même odieux aux yeux de ceux qui ne s’assument pas vraiment.

Il y a un regard qui a été porté sur ce texte-là en parlant de célébrité. Je trouvais ça marrant qu’il y ait quelqu’un qui ait dit « En fait, Way to cool for you, c’est l’analyse de la célébrité aujourd’hui. ». Je trouvais ça drôle ! En plus, vu que le clip est assez évocateur parce qu’on est sur scène et que je suis portée par le public et tout, il y a un peu ce truc de personne à succès et de critique de la célébrité. Je trouvais ça aussi intéressant de ce point de vue-là parce qu’on est un peu porté de façon toute-puissante sur scène, même la façon dont la scène est surélevée. Toi en tant qu’artiste, tu n’es pas forcément préparé à ça. C’est un peu ce truc-là où par défaut, on a un peu ce truc où notre ego est de toute façon un peu cheer-up à chaque fois et un peu mis en avant et tout.

François : Du coup c’est un Way to cool for you qui serait un peu plus second degré.

Rosa : Il y a plein de lectures là dessus et aussi à la base ce texte-là était fait pour vraiment assumer chaque phase. Il y a un truc thérapeutique qui est comme ça où tu prononces ce truc-là en disant : je suis une salope. Et si ton corps réagit, c’est que tu ne l’assumes pas encore. En fait, c’est quelque chose que tu ne peux pas traverser. Et du coup, d’enchaîner les trucs dits comme ça, ça avait une volonté thérapeutique.

LFB : Même sur les morceaux de fin, comme Buffalo Jam, qui est un peu plus apaisé. Mais quand tu dis, je suis ton meilleur ami, mais tu ne le sais pas encore, c’est un truc de réconciliation intime j’ai l’impression.

Rosa: Exactement. C’est exactement ça.

LFB : J’ai l’impression que l’EP traverse cette idée de relation à soi. Alors que Me, Money & Politics était la relation au monde. C’est pour ça que je te disais que c’était une politique différente pour les deux EPs, qui sont les deux faces d’une même pièce. Et qui auraiten pu être construits différemment. La logique, c’est comment je vis avec moi-même avant de comment je vis avec le monde. Mais en fait, on est tellement surconnecté aux autres que des fois, on s’oublie soi-même. J’ai l’impression que tu as eu besoin de faire ce premier EP pour pouvoir parler de ces choses-là ensuite.

Rosa : J’achète cette analyse.

LFB : Mais vous aussi, parce que finalement, les propos, vous les portez aussi. Je pense que s’il y a des choses que vous n’assumez pas, vous ne feriez pas les morceaux. DITTER est quand même très démocratique de ce point de vue-là.

Rosa : Je n’impose rien. J’avoue que je voyais ça bizarre de porter tous les trois des textes qui n’étaient assumés par tous les trois. Même si on n’a pas les mêmes vécus.

LFB : Dans le premier EP, il y avait aussi ce morceau où tu parles de harcèlement de rue et de violence sexiste.

Rosa : Oui ça parlait de violence sexiste mais ça peut être aussi juste du harcèlement.

DITTER

LFB : Ce qui est intéressant, c’est que ce chemin-là est aussi rejoint un peu musicalement. C’est-à-dire que ça frappe très fort et ça se calme un peu au fur et à mesure. Il y a deux morceaux ? il y a une espèce d’explosion avec You Need A Break et la fin même si Eternity est un truc un peu plus sauvage.

Rosa : Eternity est là pour apaiser mais pour quand même continuer à transformer les choses à l’intérieur en les violentant un peu plus.

François : Eternity parle du cosmos et il y a tout le monde dans le cosmos. Il fallait qu’il y ait du très doux, du très vénère, qu’il y ait de la voix criée, de la voix chuchotée, de la voix chantée. C’est un peu cette idée vraiment de tout l’univers.

LFB : Et la musique qui parle quand la voix se tait.

Rosa : Ouais, exactement.

Sam: Ouais, ça va avec tout ce truc d’être un peu plus intime et cette volonté d’aller dans des jolies choses aussi.

LFB : Comme tu le dis, c’est un morceau qui a une fin évidente.

Sam : On ne le voyait pas autre part qu’à la toute fin. C’est la fin. En vrai, ça parle un peu de rapport au décès aussi.

LFB : C’est marrant parce que ça fait un peu montagne russe. Ça monte, tu redescends, mais à la fin, tu remontes quand même.

François : T’as un dernier shot de vie. Avant de complètement mourir.

LFB : Rosa, je trouve que tu t’amuses et tu t’assumes beaucoup plus avec ta voix aussi.

Rosa : Ouais. Parce qu’on a testé plusieurs choses. On est peut-être allé un peu plus loin sur la direction vocale et tout. Toujours en essayant d’aller dans des endroits où je n’allais pas forcément toute seule. C’est ça qui est cool avec le travail en groupe, c’est justement de pouvoir un peu se bousculer les uns les autres, et en même temps de tenir un équilibre.

Sam : C’est vrai qu’il y a eu un travail de voix globale.

LFB : Il y a un vrai travail sur la voix. Mais il y a un travail très pop, parce qu’il y a une volonté que la voix soit quand même très entendue. Que le propos ne soit pas effacé.

François : Oui c’est vrai. Pour nous, c’était archi important que ce soit clair et c’est pensé vraiment comme de la pop. La voix devant, même s’il se passe beaucoup de choses musicalement derrière. Ce sont des chansons. Toutes les chansons ont un peu un couplet refrain quand même. Sauf Eternity. Il y a une pensée très pop derrière quand même.

LFB : Vous avez cité Yeah Yeah Yeahs et LCD SoundSystem. C’est vrai que la filiation est assez évidente aussi dans ce sens-là, d’avoir un truc qui est très électronique et qui puise dans plein de choses, mais qui est malgré tout profondément pop dans le traitement de la voix et dans l’importance du texte.

François: Pour moi c’est un peu l’exercice ultime de la bonne chanson. Qui marche en guitare :voix. C’était un peu dans cette idée de retrouver notre son un peu hybride et d’avoir quand même ce truc ultra limpide, une jolie chanson. On est tous les trois assez d’accord dessus sur le son-writing et sur l’importance de la bonne chanson.

LFB : Et justement, comme vous avez fait des remixes de vos chansons, est-ce que vous voudriez faire des versions acoustiques de vos chansons ?

Sam : Oui, on y a carrément pensé.

François : On a même un set live acoustique qu’on a joué au Trois Baudets au début de l’année. En fait, on l’adore, parce que justement, ça met grave en valeur le song-writing. C’est un boulot qui est archi intéressant à faire.

LFB : Tu parlais de célébrité. Quand on voit un groupe, on voit que les trois personnes sur scène, mais je trouve qu’il y a ce truc d’avoir trouvé le bon label, d’avoir trouvé le bon tourneur. De rester fidèle à une attachée de presse qui vous comprend et qui sait défendre votre musique, d’avoir des ingé-sons et des ingé-lumières qui ne bougent pas, d’avoir le bon manager aussi. Quelle est l’importance pour vous d’avoir justement cette famille-là autour de vous ?

Rosa : Alors en plus pour le coup, le manager est là depuis le tout début.

Sam : En fait, on a grandi avec notre manager en tant que groupe, avec Thomas. C’est avec lui qu’on a trouvé notre tourneur, après la date à Rock En Seine. Tout est allé assez vite parce que justement on est tombé aussi sur les bonnes personnes, avec je pense le bon réseau et le bon raisonnement pour le projet. Sans aller non plus trop vite, on n’a pas été dans un rythme infernal, mais les choses sont quand même allées assez vite par ailleurs. Et on a un tourneur avec qui c’est très simple de communiquer aussi. Je sais que ce n’est pas donné à tout le monde. J’ai beaucoup d’exemples autour de moi où la communication est très compliquée, il n’y a pas forcément de respect. Je sais que là, dans ce cadre-là, on peut tout se dire. Ça, c’est ultra important parce qu’on a des vies à côté aussi. Parfois on oublie ça mais en fait, je trouve ça très important d’avoir des gens qui puissent être à l’écoute et avec qui on peut trouver des compromis facilement. C’est très précieux. On est très heureux de ça.

François : Et on est dans des petites structures à chaque fois. Et ça, mine de rien, ça fait carrément la différence. Sans vouloir faire de la prétention, je pense qu’on est dans les « gros » de chez Podium, qui est une petite structure et je pense que c’est la situation la plus confortable qui soit.

LFB : Ca reste à taille humaine. Même le label qui permet quand même de sortir un vinyle mais qui n’est pas un truc où tu vas être noyé dans la masse.

Rosa : Ouais. C’était aussi notre volonté de pouvoir avoir des gens qui, peut-être, ont moins de monde mais qui font mieux bosser leur artiste. C’est vrai que l’équipe de Riptide on les connait tous et ça fonctionne très bien avec chacun des membres. On a l’impression d’avoir une famille un peu plus élargie.

LFB : Et même votre attachée de presse. D’avoir quelqu’un qui continue à vous suivre et qui évolue avec vous.

Rosa : C’est important aussi d’avoir l’historique, d’avoir quelqu’un qui nous a vu grandir et qui est aussi motivée que nous de nous voir grandir. C’est des gens qui, à la Maro, étaient aussi surexcités que nous.

Sam : Tu parlais de l’ingé son aussi. Ça a été crucial. Simon, Philipine aussi. Ca nous tenait à cœur d’avoir les deux parce qu’on adore aussi comment ils bossaient tous les deux. Ils ont été là dès le début. Même dans les petites dates avant, ils n’étaient pas trop payés. On a grandi ensemble et du coup le son a été créé avec eux. Le live est tel qu’il est aussi grâce à ce biais là.

LFB : Et qui évolue aussi parce que vous avez maintenant une super machine, réalisée par hackintoys, qui permet de structurer aussi le live différemment et de partir sur des trucs. C’est hyper intéressant comme machine, c’est le même mec qui a fait les Soulwax.

François: Lui c’est Xavier. Tout le premier EP, on a tourné juste avec une petite drum machine. Du coup c’était ultra minimaliste et je pense que sans qu’on se rende compte, ça a mis une patte un peu dans le live qui était hyper intéressante. Je trouve qu’il y avait une vibe ultime avec ça. Mais il y a quand même un plafond de verre un petit peu parce que c’est quand même ultra limité. Et là, pour notre fraîcheur on avait envie de changer un peu parce qu’une fois que t’as fait genre soixante dates… Je n’en pouvais plus de l’intro. Du coup, ça fait que tu as un changement de setlist. On s’est dit qu’on avait envie de développer un peu aussi ce côté électro qui est un peu plus présent. Et du coup ça avait du sens.

C’était à la fois une réflexion de scénographie…

LFB : Oui parce que ça a un impact visuel assez important aussi.

François: … Et pour moi, les trucs de scénos et de matos, il faut toujours les penser en fonction de la musique. et donc qu’est-ce que la musique veut ? Nous on a ce truc assez naturel, on a une ligne tous les trois devant et il y a des moments électro. A la base, on voulait une sorte de truc vertical entre Sam et moi. On avait bien cette idée d’avoir ça pour les parties électro mais c’était trop compliqué à faire. Du coup c’est devenu une pyramide. Tout ça avec Xavier. C’est vrai qu’au début on l’a pensé comme une machine, comme juste un outil mais c’est devenu effectivement un truc avec un impact visuel très fort et à chaque fois qu’on le joue les gens nous disent que la machine est trop bien.

C’est un peu à l’image du nouveau live, c’est cohérent. Je suis trop content de ce truc. En plus Xavier est trop gentil. Il a mis trop de bonne volonté parce que c’est vraiment une création sur mesure. On est trop, trop contents de ce truc.

LFB : J’ai l’impression qu’il choisit aussi ses projets en fonction de la musique des artistes. On reste dans cette idée d’artisanat en plus.

François : Au-delà de ça, il y a déjà un truc d’artisanat. Et du coup il y a une sorte d’investissement sur le long terme aussi. On l’a fait tomber une fois. il s’est éclaté des deux mètres et on va le réparer tout de suite chez lui. Ce n’est pas un truc que tu jettes et tu en prends un nouveau. Ce qui est trop bien, c’est que tout est décomposable et ensuite on en fera un encore plus grand. Le truc va grandir avec nous. Et j’avoue qu’à l’ère de l’obsolescence programmée, ça fait trop du bien d’avoir des trucs qui restent. On est trop contents et fiers de ça aussi.

LFB : Après deux EPs qui sont des formats réduits et des terrains d’expérimentation, comment vous envisagez l’album ?

François : Là c’est encore la genèse. C’est le tout début de ce processus, mais pour la première fois j’ai l’impression qu’on peut avoir un peu une réflexion sur où on veut aller. Mais en même temps on se laisse le droit de faire plein de choses et de se laisser surprendre.

Sam: On est dans une aussi grosse phase d’expérimentation encore une fois. Plein d’idées à droite à gauche, on ne sait pas encore ce qu’on va choisir ni rien. Mais on essaie de voir ce qu’on arrivera à sortir et je pense que ça se définira aussi en temps voulu. Dire tel son ressemble à tel autre son, qu’est-ce qu’on veut dire par là ? Je pense que ce sont des questions qui viennent assez naturellement à un moment.

LFB : Tu parlais de l’obsolescence programmée, mais à l’époque du single et de la playlist, est-ce qu’un premier album, c’est quelque chose que vous sacralisez ?

Rosa : Je pense qu’on est toujours attaché au premier album, au format de l’album.

François : C’est hyper important.

Rosa : Après, la façon de sortir les choses, c’est différent. Mais que les titres aillent entre eux, c’est intéressant de pouvoir voir les choses sous plusieurs prises. Ce qui est sûr, c’est qu’on va garder quelque chose, c’est l’aspect second degré, cynique et un peu teuf. Parce qu’on a envie de garder cette continuité aussi par rapport au live qu’on fait. Parce qu’on est un groupe de live avant tout. On s’est développé pour le live en tout cas. Et que c’est quelque chose qu’on a envie de garder. C’est la teuf quand même, avec des sujets qui ont du sens.

François : Au regard des deux EPs, ça permet de voir aussi ce qui nous plaît vraiment là-dedans, ce qui fait vraiment notre identité.

LFB : Le fait de faire de la musique qui fait autant du bien à ceux qui la créent qu’à ceux qui l’écoutent, c’est un truc que vous avez envie de garder aussi ?

Rosa : C’est gentil de dire ça. Merci beaucoup. En vrai, quand on arrive à ça, c’est un truc de ouf. De dire que la musique fait du bien aux autres, c’est ça le but. On a tous envie d’être la BO de quelqu’un, quand on est musicien.

Sam : Ce n’est pas à nous de juger. C’est difficile pour nous de dire que ça, ça va faire du bien aux autres.

Rosa : Le jour où je me suis dit que j’allais vraiment faire de la musique, c’est parce que j’étais tellement émue et tellement… Il y a des morceaux qui ont tellement été moteurs pour moi que je me suis dit que c’est une notion de service aussi quelque part. De redonner un peu à l’autre aussi et d’essayer de créer des trucs où peut-être que ça peut aider les gens à des moments sur certains bails. Je sais que You Need A Break, on a eu plein de retours sur ce titre parce que le burn-out est un peu la maladie du siècle. J’ai eu l’impression, en tout cas, qu’il y avait des gens qui avaient besoin de ça.

LFB : C’est intéressant aussi, cette idée de la personne qui tombe sur le morceau au moment où elle en a besoin. C’est l’intérêt aussi d’avoir une musique qui reste dans le temps. Ce morceau-là est tellement universel que de toute façon, il impactera quelqu’un qui le découvrira peu importe le moment et peu importe les choses.

Rosa : Si ça te fait du bien, ça va faire du bien à quelqu’un à un moment donné, parce que c’est tout le sujet de l’intime qui devient universel.

LFB : La catharsis.

Rosa : Oui, c’est ça. Et il y en a tellement de morceaux comme ça, et tant mieux, il y a une diversité, une pluralité de titres auxquels tu peux te rattacher. Je me suis fait la réflexion hier en écoutant le dernier album d’Harry Styles, où je trouve que dans cet album il y a un truc, en tout cas pour moi, où je pourrais passer ma vie à marcher dans la rue et à vivre des trucs avec cet album dans les oreilles. Ca serait une BO pour moi. Du coup, c’est un goal ultime pour moi.

LFB : Si vous deviez ranger votre EP dans un meuble à côté d’un livre, d’un film et d’un autre album, que choisiriez-vous ?

François : Pour le fim, ça me donnerait envie d’aller dans les trucs un peu néo-trash, soit Triangle of Sadness ou Les Nouveaux Sauvages.

Rosa : Le bouquin, je ne sais pas. J’ai lu beaucoup Bell Hooks pendant l’écriture de cet EP. Mais du coup c’est un peu bizarre de rapporter ça sur ces choses-là. (rires)

Sam : Moi j’ai envie de citer Par.Sek, en termes de connexion musicale, j’ai envie de me ranger dans le même meuble. Je trouve qu’il y a une proximité, soit dans les propos, dans la manière de les dire, on se connaît aussi bien. On a rejoué ensemble samedi dernier et j’ai pu enfin revoir le live en entier parce qu’à chaque fois qu’on joue en même temps, on voit que des bouts, etc. Et c’est vraiment un live qui me parle énormément du début à la fin.

Crédit Photos : Cédric Oberlin

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