Cette année, La Face B vous propose comme série de l’été les entrevues cartes sur table. Le principe est simple : l’artiste ou le band pioche une ou plusieurs cartes de tarot et nous donne son interprétation (on aurait aimé jouer les madames Irma mais on n’y connait rien). On lui demande ensuite de nous donner une musique à laquelle ça lui fait penser, de son répertoire ou non, et ainsi constituer votre playlist de l’été de vos artistes préférés.
Pour ce premier épisode des cartes sur table, on a parlé aussi bien de temps pour soi, de dualité, de vol de vélo, du diable, de ne pas s’oublier mais aussi de prendre soin des autres.
Kat Pereira
Le Quatre de Coupe et le Neuf d’Épée

La petite personne a l’air vraiment pensive. C’est comme si on lui offrait quelque chose, mais qu’elle ne le voyait pas. Je pense que je me sens un peu comme ça en ce moment. Il y a tellement de projets, tellement de choses que j’ai envie de faire, tellement de choses qui m’animent : la tournée en Europe, des nouvelles créations, des collaborations avec plein de gens. On dirait qu’il y a plein de choses qui bouillonnent autour de moi, et peut-être que je ne prends pas assez le temps de voir ce que j’ai déjà, là, maintenant.
Je suis vraiment dans le futur, dans les projets que j’ai envie de réaliser, mais je ne prends pas le temps d’assimiler. Mettons, on a joué au FEQ : c’est quelque chose que je coche sur ma bucket list, mais est-ce que je l’absorbe vraiment pendant que je le vis ? Je pense que c’est quelque chose que je dois travailler ces temps-ci. Être moins dans la frivolité du futur, dans tout ce qui est excitant, dans ce qui s’en vient, et apprécier davantage ce qui se passe en ce moment, qui est tout aussi excitant.
C’est un peu comme si on m’offrait la petite coupe en me disant bravo, t’as réussi, et que moi je répondais “non, mais dans deux mois je vais être à telle place”. Ce que je devrais faire, par rapport à moi-même, c’est de prendre deux minutes pour me dire “hey, t’as accompli ça”. Prendre le temps d’être fière, de réaliser tout ce qui vient de se passer, avant de sauter tout de suite dans le “ok, on va où après”.
Pour la deuxième carte, c’est une personne qui pleure dans un lit, mais elle est à l’envers, donc ça veut dire que je ne pleure pas dans un lit. Et le contraire de ça, ce serait d’être en joie dans le présent, en joie avec les autres, pas seule chez moi. En ce moment, c’est tellement ça. L’été, c’est une période chargée d’événements et de shows, on voit tellement de monde. Je suis autant avec mes amis qu’avec mon band ou les gens qui viennent aux shows. Je me sens en connexion avec le monde, presque trop parfois.
Même dans tout ce tourbillon de la tournée, qui peut être vraiment intense et fatigant, ça recharge d’être avec des gens qui t’aiment et d’être en connexion avec le public. Un public qui, de plus en plus, est là pour mes shows et qui chante les tounes. À travers toute cette folle vie, ça me fait vraiment du bien de me connecter aux autres : à mes amis, et j’ai la chance que mon band soit aussi mes amis, à ma famille, aux gens qui découvrent mon projet ou qui l’aiment déjà.
Je me réveille poquée, mais contente. Souvent j’ai hâte à ma journée, même s’il y a beaucoup de choses à faire. Je ne me réveille pas en pleurant. Mes neuf épées, ce sont un peu tous les projets que je gère en ce moment. Ce n’est pas que je me bats contre du monde, je me bats plutôt pour moi-même, pour l’évolution de la chose. Je défriche avec cette épée. Disons que j’ai des petites machettes pour me frayer un chemin dans la jungle de l’industrie musicale.
La petite personne pensive est assise sous un arbre, dans la nature, et j’avoue que c’est quelque chose qui me manque en ce moment. Quand on est en tournée, on voit beaucoup d’endroits différents, mais on n’y passe pas de temps, on ne fait que passer à côté. J’ai eu une nuit de congé cet été et on a décidé d’aller camper, même si c’était la nuit qui annonçait des tornades. Ça a bien été, finalement. De retourner en nature, sans réseau, sans avoir à répondre à mes courriels, ça m’a tellement régénérée que je ne me sentais même pas fatiguée, alors qu’on n’avait pas dormi.
Quand j’écris, c’est toujours après des moments passés en nature. Si je n’y vais pas, je risque de ne pas écrire. Il faudrait vraiment que je fasse de la place pour ça, parce que je sais que c’est nécessaire à ma vie, et en ce moment je n’y donne pas assez d’importance. Il faudrait que je fasse comme le petit bonhomme de la carte : m’asseoir dans le gazon, touch the grass un petit peu.
D’ailleurs, ça devrait être mon objectif pour l’année prochaine : être capable de dire non à des affaires pour prendre le temps de créer paisiblement, sous un arbre, habillée en chevalier. C’est un objectif difficile pour moi. Mais il faudrait que j’écoute cette carte si je ne veux pas jouer les mêmes chansons en boucle éternellement. Ça me ferait du bien, dans mon évolution personnelle, d’explorer où je suis rendue créativement. Qui suis-je maintenant ? Qui est Kat ?
L’album a été fait sur une longue période, alors j’ai évolué en le créant, et j’ai encore beaucoup évolué depuis. J’ai hâte de me retrouver et de reconnecter avec ça. Je suis rendue où, créativement ? Qu’est-ce que j’ai envie d’écrire, qu’est-ce que j’ai envie de dire ? J’ai vraiment hâte de m’offrir ce temps-là dans ma vie.
La toune qui me vient en tête
Spontanément, c’est ma chanson où est ma maison qui m’est venue. C’était un peu un questionnement : quand on n’est pas dans un lieu fixe tout le temps, c’est difficile de s’enraciner, de trouver un sentiment d’être à la maison, de se sentir grounded peu importe où on est. Est-ce que je peux me créer un sentiment de maison à l’intérieur de moi, pour me sentir bien, en sécurité, confortable et enracinée, peu importe où je suis, même si je suis beaucoup en déplacement ?
Ça rejoint pas mal les cartes, le fait d’être pensive, d’avoir plein de projets, d’être tournée vers le futur, de ne pas prendre le temps, comme ce petit chevalier dans ses pensées qui n’accepte pas ce qu’on lui propose. C’est un peu une quête identitaire aussi, celle de savoir qui on est quand on n’a pas nécessairement un lieu qu’on appelle une maison. Qui suis-je, peu importe où je suis ?
Le vœu à lancer dans l’univers
Il y en aurait plusieurs, mais c’est sûr qu’il y a celui que j’ai nommé tantôt, le souhait de prendre le temps de créer, juste simplement prendre le temps de créer. Sinon, ce serait d’aller trouver encore plus de gens, de me connecter avec du monde un peu partout. On s’en va défricher l’Europe, et mon souhait, ce serait de créer de belles connexions avec les gens là-bas. De prouver que, même si mes chansons sont en français et qu’on s’en va dans des pays non francophones, il n’y a pas de barrière de langue dans la musique. Connecter peu importe la langue, j’ai bien hâte à ça. Ce serait ça, mon souhait : connecter avec encore plus de gens, sur plus de territoires, et prendre le temps de créer.
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Erika Hagen
Le Cavalier de Bâton et La Tempérance

Je suis quand même fan de tarot, mais pas tellement du tarot traditionnel de Marseille. J’avais pris quelques cours avec une dame qui s’appelle Patty, en Nouvelle-Angleterre, qui avait une petite boule en cristal et tout ça. J’ai encore mon petit cartable avec les trucs, mais j’utilise ça comme des oracles. Le tarot que j’utilise, c’est une interprétation très contemporaine, très libre. Fait que je ne suis pas super bien versée dans les significations du tarot de Marseille.
J’ai pigé deux cartes : une pour le hasard, une pour mon libre arbitre. Le Cavalier de Bâton, il est sur un cheval orange, avec une belle grande robe. C’est très drag race, j’adore. Ici, il y a quelque chose de très… pas nécessairement combatif, mais qui avance vers l’avant. Il y a du mouvement, il y a du feu, et le feu, moi je l’interprète beaucoup comme la transformation. C’est vrai que cette année a été une année de tumulte pour moi, alors je pense que je vois ça là-dedans. J’ai l’impression que le Cavalier de Bâton est en train de pogner en feu. Même son cheval, il a comme un coup de soleil. Ça chauffe, c’est inconfortable.
Puis à côté, il y a La Tempérance, qui a les pieds dans l’eau. Il y a plein de végétation. Chez le cavalier, c’est le désert, tandis qu’ici c’est plus équilibré, il s’hydrate, il boit de l’eau face au truc qui brûle. J’ai comme l’impression qu’il y a cette dualité-là dans ma vie présentement. À la fois le feu de l’action, et aussi le feu du tumulte des derniers mois.
Là, on est chez moi, j’ai déménagé ici il y a trois mois. C’est mon petit cocon, je suis atterrie ici après une période assez difficile. On dirait que ça vient parler à ça. Les deux personnages sont seuls aussi. Chez le cavalier, je vois une solitude qui se challenge, qui joue sur la limite, et chez La Tempérance, je vois une solitude qui se régénère. J’ai tendance à aller dans les deux extrêmes, des fois. L’over medium, c’est quand ils arrivent en même temps. J’ai bien fait de tirer deux cartes.
La toune qui me vient en tête
Honnêtement, la première affaire qui m’est venue face au Cavalier de Bâton, c’est Et Cetera de Gabrielle Destroismaisons, [chante] “attention le feu, c’est chaud, c’est dangereux”. Mais c’est un gag, là. Je vais essayer de trouver une réponse plus sérieuse.
C’est drôle, parce que je me suis déjà fait dire par le metteur en scène de mon spectacle, Guillaume Pepin, un ami à moi et un artiste que j’admire énormément, quelque chose qui rejoint ça. Lui, il vient du théâtre, alors l’arc narratif et la dramaturgie derrière la musique, c’est important pour lui. Quand il s’est mis à travailler sur mes chansons dans leur contexte scénique, il s’est penché sur mon répertoire et il m’a dit qu’il y a tout le temps une tension à résoudre dans mes chansons. Il y a tout le temps un enjeu, une difficulté, une douleur, et pourtant il y a un regard tourné vers la guérison, vers la lumière.
Depuis qu’il m’a dit ça, je me dis qu’il a raison. J’écris à partir d’un lieu de friction, ce rapport-là avec la souffrance ou avec ce qui est plus difficile, et en même temps ce rapport avec la puissance de faire quelque chose par rapport à ça, de guérir, d’être souveraine face à nos propres expériences. Encore une fois, je trouve que ces cartes parlent de contraste, et mon projet navigue énormément dans les contrastes. Je trouve ça très approprié. C’est des cartes magiques. Il n’y a pas de pouvoir magique là-dedans, mais un petit peu quand même quand on embarque dans le tarot.
Le vœu à lancer dans l’univers
Je souhaite à tout le monde le plaisir de se tirer aux cartes de temps en temps et de voir ce qui sort, parce que c’est le fun. Et pour moi, à l’image de ces deux cartes, je me souhaite de continuer à trouver comment naviguer ces extrémités, ces intensités qui m’habitent, qui sont très riches mais des fois exigeantes. Je me souhaite encore bien des amis pour m’aider à naviguer tout ça, et encore des expériences qui m’aident à trouver le centre.
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Margaret Tracteur
L’As de Deniers, le Roi de Coupe et la Reine de Coupe

On a une grosse main pleine d’argent, un petit jardin. C’est plutôt bon augure, tout ça. Sandra se voit déjà en profiter : elle va pouvoir déguster des bons vins. Elle, c’est la provider, celle qui gère son cash. Il y a de l’argent, de l’alcool à profusion, beaucoup de liquide qui coule autour. Valéry, elle, se proclame roi de l’alcool, ou plutôt roi des coupes budgétaires. Dans le band, c’est elle qui a la carte de celui qui dit non, qu’il faut faire ci et ça. Le roi des coupes, comme le roi des décisions.
Gab, c’est la reine des coupes à blanc. On lui offre de l’argent comme aux compagnies minières, et elle fait de la coupe à blanc pour recevoir les pipelines et les minières. Sandra, de son côté, voit un petit enfant qui mange un poisson dans le coin de la carte, ça lui rappelle que ça lui est déjà arrivé de croiser un enfant caché comme ça, en train de manger un poisson. Petite, elle pêchait. Gab aussi, mais aujourd’hui elle est végétarienne, elle ne pêche plus. Peu importe, il y a clairement une histoire d’argent là-dedans, parce qu’elles ont toutes déjà été fauchées. Elles s’appellent d’ailleurs les faucheuses fauchées, faute de pouvoir se payer quoi que ce soit.
Pour Gab, ces cartes c’est une belle analogie du gouvernement et de la façon dont on exploite le territoire. Mais ramenée dans la vie personnelle, les cartes parlent surtout de misère. C’est comme sa toune La fin des haricots, et ça représente pas mal la genèse de cette toune là.
La toune qui nous vient en tête
Gab voulait justement écrire une toune sur le fait d’être fauché, parce que ça leur est toutes déjà arrivé. Pour ça, elle s’est replongée dans l’état d’esprit qu’elle avait au Cégep, quand elle venait de quitter la maison de ses parents pour habiter à Drummondville. C’est à cette époque qu’elle pensait en écrivant la chanson, un condensé de ses années de pauvreté réunies dans une même toune.
Elle se souvient d’un beau vélo des années 60 déniché au workshop pour genre 60 pièces. Elle était vraiment contente. Elle l’avait apporté à un ami qui répare des vélos, et il le lui avait ajusté pour qu’elle reparte avec. Le problème, c’est qu’elle ne l’avait pas cadenassé et qu’elle l’avait laissé au troisième étage, en haut des escaliers. Un gros vélo lourd et vieux. Quelqu’un le lui a volé juste après que son ami l’ait remis en état. D’où le refrain : le loyer est pas payé, pis on m’a volé mon vélo.
À ce moment-là, tout le band embarque et chante en gang : Le loyer pas payé / Pis on a volé mon vélo / Ya pas juste les foins qui sont fauchés /C’est la fin des haricots /Rien à perdre, rien à gagner / Quand ya pu rien dans l’frigo /Maintenant tout peut arriver / C’est la fin des haricots. Des paroles vraiment simples, assumées comme telles. Gab voulait que la toune sonne comme les chansons cajuns, qui parlent souvent des problèmes de la vie des gens de cette époque-là. C’est une musique simple, portée par des gens qui parlent un français un peu différent du nôtre, avec une manière bien particulière de s’exprimer. Le cajun, c’est justement ça : des paroles simples sur les problèmes du quotidien, et elle voulait que ça se reflète dans sa chanson. Comme quoi, les cartes tirées tombaient pile : elles ont pigé la toune cajun au complet.
Le vœu à lancer dans l’univers
Du temps, répond Gab d’emblée. Du temps puis de l’eau. Mais Sandra la corrige aussitôt : si t’as plus de temps, tu vas juste faire plus d’affaires. Elle a d’ailleurs prévenu l’univer que 2027, on se calme, c’est le pompon. Fait qu’on lui souhaite plutôt un break, enchaîne Valéry, des vacances au bord de l’eau, à boire du vin. Le hic, c’est que Gab répond à ses courriels même en vacances. Elle l’admet elle-même, elle fait semblant d’être relax, un verre à la main, mais elle garde son téléphone à côté de la chaise pour checker ses horaires et ses courriels. On lui souhaite donc surtout de le câlisser dans l’eau, ce téléphone.
Valéry, elle, souhaite qu’il n’y ait plus de subs sur le stage. Avec la contrebasse, ça marche vraiment mal, et il n’y a pas beaucoup de techniciens de son qui ne comprennent pas ça, sauf ici où ça va très bien. Ce qu’elle demande, au fond, c’est d’être comprise, et qu’on saisisse qu’elle est elle-même un sub : pas besoin d’en rajouter. Elle lance ça dans l’univers.
Sandra, quant à elle, aurait aimé voir un kayak sur la carte, alors elle s’en souhaite quand même, même s’il n’y en a pas. Gab propose de réinterpréter l’image : et si ces montagnes étaient plutôt des vagues? Ça donnerait presque un air de raz-de-marée, surtout avec ces nuages, mais sans mauvais présage.
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Tukan
Le Diable, La Justice, le Deux de Coupe et l’As de Coupe

Le Diable, ça leur inspire immédiatement Samuel, un des membres du groupe. Ils l’imaginent enchaîné à la vie en fin de soirée, quand tout le monde l’attend dans le van et que lui veut fumer une dernière clope. On en est là, disent-ils en riant : Samuel, c’est le démon, et c’est lui qui les enchaîne. Sur la carte, il y a même comme une grappe de raisin, peut-être parce qu’il a bu un peu trop de vin. Quant aux flammes, ce n’est pas celle qui allume la dernière cigarette : c’est la flamme du groupe.
La deuxième carte, La Justice, devient la réunion post-soirée, le moment du bilan. On fait le point, on discute, on constate qu’on s’est bien fait endiabler (par Samuel).
La troisième, le Deux de coupe, parle d’elle-même. Samuel, qui a longtemps tiré aux cartes chez sa psy à la fin de chaque séance, y voit les deux calices, un clin d’œil au fait que c’est leur deuxième passage au FEQ. Double calice, double FEQ, il trouve ça pas mal. Et il faut quand même parler un peu de musique : les deux fois se sont bien passées, les coupes sont bien remplies, les gens sont au rendez-vous. Il y a même une petite référence au lion démon, qui est peut-être encore lui, en train de faire le fou derrière.
La première fois qu’il est venu, raconte-t-il, il a fumé sur Cypress Hill et qu’il est parti très loin dans l’espace. Deuxième fois au FEQ, deuxième fois très content, et cette fois il espère juste que ça finira pas à la pharmacie.
La toune qui nous vient en tête
Ce serait pas mal Sugar Rush, la dernière track de leur set et aussi leur dernier morceau sorti. C’est plutôt la track trance du groupe.
Le vœu à lancer dans l’univers
Avant de conclure, ils tirent une dernière carte pour le plaisir, l’As de coupe. Personne n’arrive trop à la lire au début. Est-ce que c’est de l’alcool qui va couler à flots ce soir après le set? C’est facile de s’arrêter à ça, admettent-ils. Puis quelqu’un remarque un oiseau qui pique vers la coupe et tombe dedans. C’est le toucan qui vient plonger dans le calice, encore une fois invité par le FEQ? C’est le signe qu’ils reviendront une troisième fois, forcément, puisqu’il y a trois coupes en tout si on compte bien.
Viennent ensuite les chiffres sur les cartes, le 15, le 2, qui donnent 18. Et 18, ça leur dit quelque chose : c’était le nom d’un chat à la coloc, un chat un peu drôle qu’un des membres adorait. Écrit en toutes lettres, Dizwit, ça faisait un vrai nom de coloc, parce qu’un simple chiffre, c’est un peu froid.
Quand vient enfin la vraie question, ce qu’ils souhaitent pour la prochaine année, la réponse est unanime : revenir jouer au Québec, chaque été, parce qu’ils adorent venir. Ils promettent un nouvel album qui va être super, plein de dates, et plusieurs retours au Québec pour faire des coucous et tirer des cartes. Ils se souhaitent aussi de venir jouer au Festif! de Baie-St-Paul.
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Sensei H
Le Valet d’Épée

Le Valet, je pense que ça me représente quand même assez bien en général. C’est la personne qui est au service des autres, et je pense que je suis dans ma dernière année à être comme ça. Je suis quelqu’un qui s’oublie pour régler les problèmes des autres, mais dans les derniers mois, je me rends compte que ce n’est pas juste que je m’oublie, c’est que je n’ai pas envie d’affronter mes propres problèmes, et que je trouve plus facile de gérer ceux des autres que les miens. Je pense que j’ai fini de faire ça. C’est un peu ma résolution de l’année.
Après, les épées, les armes en général, ce n’est pas trop mon délire. Je trouve que ça ne sert à rien. Une arme, c’est pour se protéger si une autre personne en a une, mais si personne n’en a, personne n’a besoin de s’en protéger, donc personne n’en a besoin. Et c’est bizarre, un valet qui tient une épée. Normalement, c’est un truc de chevalier. Un valet n’est pas censé avoir accès à ça, à pouvoir se défendre. Si ce n’était pas une épée, j’aimerais bien qu’il tienne un petit bébé, ou des fleurs.
Ce qu’il y a derrière, c’est un arbre dans le vent. On voit bien le vent dans ses cheveux aussi, sur l’arbre, et même les nuages qui sont plus à droite, ça souffle vraiment. Il y a des vagues aussi. Il y a une cohérence, tout va du même côté. La personne qui a fait cette carte sait de quoi elle parle.
Quand je lis la description du Valet d’Épée, je me retrouve carrément là-dedans. La curiosité intellectuelle, la soif d’apprendre, la vigilance, quelqu’un d’observateur, alerte, un peu sur ses gardes, qui pose des questions et veut comprendre. On dirait mes caractéristiques générales, comme un ordinateur. C’est fou !
La toune qui me vient en tête
La première chanson qui me vient, c’est En attendant l‘amour. C’est une chanson qui retrace toute la compréhension que j’ai de ma souffrance depuis que je suis enfant. La façon dont je traite mes problèmes de santé mentale relève vraiment de la curiosité, de vouloir apprendre et comprendre comment mon cerveau fonctionne, alors ça rejoint bien la carte. Dans la chanson, je pars de quand j’étais enfant et j’énumère tous mes comportements qui, aujourd’hui, font de plus en plus de sens et expliquent des choses que je vis. C’est un peu comme si j’essayais de démêler les trucs. C’est d’ailleurs avec ça que je commence le show ce soir.
Le vœu à lancer dans l’univers
D’être heureuse. D’être capable de mettre mes limites et de les faire respecter dans mes relations. C’est tout. La crise de paix, c’est vraiment ça que je demande. Le jour de mes 29 ans, vers minuit, un ami m’a demandé c’était quoi mon plus grand souhait, et c’était ça : juste être bien, ne pas être dans des relations toxiques, aller au gré du vent, faire mes choix en fonction de mon instinct et pas de ce que j’ai l’impression qu’il faudrait que je fasse. Si vous pouvez me souhaiter ça, s’il vous plaît, lancez-le dans l’univers.
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Na$-T
Le Chariot

D’après l’image, on dirait qu’il y a une personne un peu plus haute que le reste, quelqu’un de supérieur, avec ses petits gardes devant. Il y a des ailes d’ange aussi, ça a l’air d’une personne positive. Avec les petits châteaux derrière, c’est un peu moi sur le stage à Québec.
En ce moment, je suis enceinte, alors ça me fait aussi penser à une mère. Je sais que ce ne sont pas des bébés sur la carte, mais l’image évoque quelqu’un de confiance, une personne qui est au-dessus des autres, ou plutôt pas vraiment au-dessus, mais qui protège le monde autour d’elle. Une matriarche, oui, c’est ça.
La toune qui me vient en tête
Peut-être une chanson que j’ai faite, qui s’appelle L’humain Matérialiste. Je suis libre et indépendante, c’est moi qui gère ma vie. L’image me fait vraiment penser à ça, c’est moi qui décide, c’est personne d’autre qui va diriger ma vie. C’est justement l’une des chansons que je fais ce soir.
Le vœu à lancer dans l’univers
On peut me souhaiter de continuer comme ça. Je trouve que je suis vraiment sur une bonne lancée, je ne pensais pas vivre tout ce que je vis aussi rapidement. Alors on pourrait me souhaiter de continuer sur cette voie et de ne pas lâcher. Et moi, je vous souhaite à tout le monde de vivre votre vie à 500 % et de ne rien regretter.