Fraîchement signé chez Manic Depression Records, le groupe franco-allemand Cold Cause sort son premier album éponyme à l’esthétique qui croise les genres alternatifs. Derrière une énergie rock, le trio mené par Luiça, Bruno et Matthieu convient les boîtes à rythmes et autres engins électroniques pour accompagner un chant habité. Mêlant post-punk et synthwave, Cold Cause réserve son lot d’étonnantes surprises aussi sombres que dansantes.

Les premières notes de Vampire Der Liebe posent un décor inspiré d’une ambiance sombre. Les sonorités cold wave suggèrent que le morceau vient puiser dans le mélange mélancolie romantique – au sens littéraire du terme – encore plus savoureux dans la langue de Goethe et énergie club nocturne. Vampire Der Liebe est un morceau froid non moins accrocheur qui fait office d’une excellente introduction.
C’est dans une esthétique plus rock que Cold Cause vient nous chercher pour City of Firmaments. Sans nous prendre par la main, on se laisse entrainer dans cette boucle de guitare qui pourrait évoquer un véritable bal de sorcières. On tutoie la darkwave. La voix de Luiça qui a désormais délaissé la langue allemande au profit de l’anglais, survole la mélodie, comme prise dans un décor d’une ville futuriste – sans doute du à la bande de synthé scintillante qui défile – éclairée par de nombreux néons plus ou moins colorés. Cold Cause sait s’emparer des codes stylistiques des années 1980 pour rappeler les beaux atours du rock gothique.
Virage clubing au décor très métallisé sur Dead Diamond Machine. La ville futuriste est donc peuplée de machines ! Avis aux plus cinéphiles d’entre nous, le morceau nous fait penser à l’ouverture super léchée de Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes de David Fincher. Trent Reznor et son acolyte Atticus Ross faisaient entrer Immigrant song des cultes Led Zeppelin dans une nouvelle dimension avec l’aide de la puissance vocale de Karen O. Dead Diamond Machine laisse une place importante aux machines qui font basculer le morceau dans une darkwave puissante voire dansante pour les plus experts.
C’est ici que Road prend la suite. Nous vous en parlions il y a quelques semaines. Nous évoquions les américains Boy Harsher et à bien y réfléchir, c’est bien le seul morceau où leur nom sera mentionné. L’inspiration vient d’ailleurs. Cold Cause poursuit sa course dans la froideur, installe sa transe mélancolique. C’est un voyage nocturne où les bandes blanches défilent à vive allure en plein cœur de la nuit. Les sensations se font progressives sans jamais exploser. Le chant de Luçia s’y fait plus grave et toujours plus détaché. Elle ne chante même plus, elle narre.
La synthwave endiablée prend place sur Das Gespenst où Luçia se remet à la langue allemande qui lui offre une rythmique de plus. Déjà bien vif, le morceau se fait acidulé, accrocheur et sacrément rebondissant. Serait-ce exagéré d’y voir un spectre des américains B-52’s ?
Sans transition préparatoire, cette synthwave se noircit. Les relents indus de Red dust nous embarquent en terrain hostile, plus froid avec une rythmique nette, précise. Si l’influence post-punk n’est jamais loin, c’est bien un climat mécanique qui s’installe à mesure que le morceau progresse. Des nappes de synthé s’invitent sur la composition en arrière-plan pour créer une espèce de fumée que l’on sait d’avance, irrespirable.
Cold Causeconstruit un univers beaucoup plus cinématographique sur On the first page. Ce synthé glacé digne de l’ouverture d’Orange mécanique quasi métallique laisse plus de place à la voix claire, là où la percussion insistante se transforme en un métronome des émotions sur le point d’exploser. Tout au long du morceau c’est comme un drone qui survole la pièce et traque le moindre signe de relâchement.
Dark Madonna revient sur les cendres indus déposées plus tôt. La percussion est aussi nerveuse que précise, martelée de manière quasi mécanique. Comme une incantation “Be my dark Madonna” est scandé tel un Iggy Pop de 1969 qui appelait à la soumission dans le grand classique I wanna be your dog. La guitare y est beaucoup plus claire tout en étant lointaine. Luçia avance telle une figure aussi bienveillante que menaçante.
Avec son tempo lent, à la texture épaisse mais plus minimaliste dans sa structure, Drunken Bird s’élève doucement. Le chemin s’annonce brumeux, l’ambiance y est grave, lourde. Luçia se fait théâtrale, elle injecte une intensité dramatique dans cette espèce de marche funèbre.
Cold Cause signe un joli cocktail à la fois sombre et dansant aux territoires stylistiques différents. Passant de la mélancolie romantique à l’énergie clubbing, de la transe minimaliste aux atmosphères cinématographiques, Cold Cause pose les fondements d’un projet solide taillé pour la nuit. Si on les a manqués lors de leur release party à la Mécanique Ondulatoire, on se fait la promesse de les rattraper à la prochaine occasion.
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