Il y a parfois des choses que l’on n’osait plus espérer. Un nouvel album de Ghinzu faisait partie de celles-là. Et pourtant après 17 ans d’attente, les belges sont de retour avec W.O.W.A., un nouvel album qui porte en lui la marque du temps qui passe, de l’amour et le talent d’un groupe qui revient parce qu’il a des choses à dire et à jouer.

Arlésienne ; un événement dont on parle souvent, qui occupe les esprits mais qui ne se produit pas et n’arrive jamais.
Pendant presque deux décennies, le quatrième album de Ghinzu aura été l’arlésienne de tous les amoureux de rock belges. (leurs camarades de Girls In Hawaii, de retour à la rentrée, ne nous aurons eux fait attendre que dix ans). Cette attente, portée par des retrouvailles scéniques, des nouveaux morceaux jouées ici et là depuis un petit bout de temps n’aura fait que renforcer le statut culte de leur trilogie d’album parue entre 1999 et 2009.
L’attente de ce nouvel album plaçait donc en lui des fantasmes irraisonnés autant qu’une crainte palpable de la déception. Mais au final, il n’en est rien, Ghinzu, dix-sept ans après, reste Ghinzu et la bande de John Stargasm nous livre un album aussi intense que mélancolique, dont l’écriture est portée par la vie de son auteur mais aussi par la notre.
Un album sur l’amour, sur le temps qui passe et sur la vie. Nous avons vieilli, Ghinzu aussi et cela se ressent dans ces 13 morceaux qui jouent entre la lumière et le crépuscule, entre le calme et la tempête, entre l’amour et la violence. W.O.W.A. est un album remplit de contraste, un album qui se vit comme une aventure entre un réveil brutal (When Other Worlds Await) et une fin en forme d’envolée lyrique qui se termine dans un silence assourdissant et soudain (Breathless).
W.O.W.A. est donc un acronyme qui signifie When Other Worlds Await. À l’écoute, on pourrait dire qu’il est le nom forcément parfait pour ce quatrième album. Treize morceaux qui ont attendu de se réunir, construits au fil du temps et des lieux. Plutôt que de proposé quelque chose d’à moitié fini, Ghinzu a attendu, peaufiné encore et encore, dans un perfectionnisme presque malsain qui pourrait nous rappeler certains auteurs ou réalisateurs que l’on apprécie particulièrement.
W.O.W.A. est une montagne de créativité qu’il nous appartient de gravir, elle est la récompense à notre attente autant que la certitude que Ghinzu reste ce grand groupe que l’on aime tant, même après 17 ans d’absence.
Faussement éclaté, l’album est porté par une trame tout à fait simple : que sommes nous sans l’amour ? Car c’est bien ce thème évident qui nourrit tout les morceaux de Ghinzu. L’amour est partout, qu’il soit destructeur (Snow White, morceau sur l’addiction et sur les réseaux sociaux), évident ( des morceaux comme Forever ou Fool, dont l’écriture directe et évidente se nourrit par un sens de l’épique toujours aussi présent dans la composition), rageur (Death Race) ou remplit de regrets ( l’excellente Apologies aussi inattendue que touchante).
Ce qui est fascinant, c’est qu’en s’autorisant l’intime, John Stargasm et Ghinzu n’en rendent leur musique que plus universelle. On a tous aimé, on a tous dit pardon, on s’est tous perdu et cet album raconte cette histoire là. Une forme de maturité logique pour un album qui touche le cœur autant qu’il vient secouer nos oreilles.
Car Ghinzu reste avant tout ce grand groupe de rock, des amoureux de musique bien décidés à nous foutre une petite branlée ici et là alors que dans la seconde suivante il cherchera à nous émouvoir.

When Other Worlds Await en est l’exemple parfait. On a la sensation d’une vie qui recommence, d’un groupe qui sort d’un coma beaucoup trop long. Les mots s’enchainent, le sens s’échappe mais l’énergie revient toujours aussi puissante, toujours aussi ébouriffante. Ghinzu est bel est bien vivant.
Comme pour rassurer son monde, les belges nous la jouent nostalgie avec les excellentes Snow White et Out Of Control, deux morceaux qui rappelle tout ce qu’on a aimé et que l’on aime encore chez eux, cette façon de façonner des tubes évidents, percutants et attachants. Une énergie que l’on retrouvera plus tard dans des morceaux comme Morning Lights et It’s The Law.
Mais ces deux morceaux sont là pour nous prendre la main afin de mieux nous entrainer vers d’autres mondes qui nous attendent (vous avez pigé ?) avec l’exceptionnelle Forever. Montée en puissance de 4 minutes, portée par des cuivres et une énergie différente, le morceau nous retourne, tout simplement. Cette émotion cinématographique, on la retrouvera aussi dans Apologies et dans Breathless tant et si bien que l’on réalise que John Stargasm est finalement devenu un 21st Century Crooner.
Placée entre #quietluxury et Master Bluff, on retrouvera Fool et Death Race, deux face d’une même pièce qu’il ne représente à elles seules toute la scène de W.O.W.A. . La première joue sur plusieurs tableau, partant d’un sentiment mélancolique pour arriver vers une explosion libératrice, à l’humanité exarcébée, portée par une batterie impressionnante, un piano évident et un petit solo de guitare qui ne fait pas de mal. La seconde, comme son nom l’indique si bien, est une course vers la mort, un dernier souffle qui ne s’arrête jamais et un sans doute l’un des morceaux les plus violents créé par Ghinzu.
Par importante de l’entité Ghinzu, les morceaux purement instrumentaux sont aussi bien présents avec Mathias Is Gone, #quietluxury et Master Bluff. Entre pulsation électronique et références dubs, les trois morceaux montrent que Ghinzu continue de s’amuser, de chercher et d’évoluer.
On le disait auparavant l’album se termine en feu d’artifice avec Breathless, un morceau qui lui aussi porte définitivement bien son nom. Une montée en puissance fascinante et bouleversante, portée par des cordes et une émotivité à fleur de peau. Un morceau qui se termine brutalement et qui laisse résonner le silence et l’absence.
Dans Morning Lights, Ghinzu nous dit » We loven everything we can Way more than we can Till we fall apart« . C’est album c’est sans doute ça ; un grand saut dans l’amour de la musique, dans l’amour de l’autre, de soi et de la vie. Il est nécessaire d’aimer pour que la vie continue d’avancer et que des mondes en attente finissent par se croiser.
Notre attente est récompensée, notre amour pour Ghinzu toujours bien présent. Il est désormais temps de les retrouver à nouveau sur scène, leur terrain de jeu principal où ces nouveaux morceaux vont trouver une nouvelle vie.