Neta Elkayam porte le cri des femmes de L’ « Arénas »

La chanteuse israélo-marocaine a dévoilé son premier album le 7 mai. Elle y poursuit sa quête mémorielle des musiques juives du Maroc. Et rend hommage aux chants de femmes du Grand Arénas, à Marseille, lieu de transit vers Israël.

« La musique se souvient de ce que l’Histoire oublie » floqué sur le t-shirt promotionnel de son disque, Neta Elkayam annonce d’emblée son intention. Son visage se dessine en superposition des lettres sur sa poitrine et ses yeux regardent à gauche comme le symbole du passé. Avec son premier album, Neta Elkayam affirme un geste fort : faire revivre des chants oubliés pour les conserver.

La chanteuse israélo-marocaine Neta Elkayam s’est faite connaître en Israël comme à l’international pour son travail de transmission mémorielle. Aux côtés de son mari, Amit Hai Cohen, elle revisitait les chants d’icônes juives d’Afrique du Nord. Dans des reprises qui mêlent sacré, folk et jazz, musique de l’exil par excellence. Alors, consacrer un premier album aux chants de femmes du Grand Arénas apparaît comme une évidence.

Résister au camp par le chant

L’histoire est méconnue. À Marseille, à proximité de l’actuelle prison des Beaumettes, se trouvait le camp du Grand Arénas. Entre 1949 et 1966, des milliers de Juifs partis du Maghreb sont passés par ce camp dans l’espoir de rejoindre « la Terre promise ». Les conditions de vie y étaient particulièrement précaires. Les logements étaient des baraquements en béton mal isolés, où régnaient le froid, la faim et la maladie. Les femmes résistaient à cela par leurs chants.

Ce travail de recherche, l’artiste, dont la grand-mère a grandi dans les montagnes de l’Atlas, l’a entamé il y a quelques années. L’Israélienne, actuellement exilée à la Nouvelle-Orléans, a découvert des archives sonores du camp, à Jérusalem. Neta Elkayam a été transcendée par l’entre-deux de l’attente, suspendu à l’inconnu :

« Ni ici, ni là-bas – une pause temporaire entre passé et futur, une sorte de vide. J’ai trouvé refuge dans le camp de transit des Arénas à Marseille… Une phrase tremblante, une voix – continuait de résonner dans ma tête, créant une avalanche de nouveaux mots. C’est ainsi qu’est né le projet musical des Arénas »

L’exil parcourt le projet sur plusieurs générations

Si ces chants se cartographient en Méditerranée, la musique qui soutient ces chants revisités s’imprègne du jazz d’Outre-Atlantique. Le live a une plus grande importance que dans les prémices du projet, plus tourné par l’électro. Neta Elkayam a enregistré en Louisiane. Elle s’accompagne ainsi de Amit Hai Cohen, du batteur Peter Varnado, du bassiste Martin Masakowski et de la saxophoniste Chloe White.

Neta Elkayam chante l’exil et l’au revoir avec Hawa Hawa : « J’ai porté pour toi, mon amour, l’inimitié et l’épreuve […] Cette séparation, mon amour, me pèse ». Ou encore l’exil, le départ et la dureté du camp avec Hna Jina : « Étrangers sans langue – nous sommes venus / Des douleurs de l’exil – nous sommes venus […] Esclaves des autorités – nous sommes devenus ». Elle reprend aussi des berceuses centenaires marocaines et des bénédictions.

L’artiste ne s’empêche pas de donner une connotation très actuelle à ces textes. Elle invoque, en ce sens, Dahiya al-Kahina, une guerrière amazighe, dont certains historiens lui donnent une origine juive, qui a combattu pour l’indépendance de sa tribu, dans A Lalla Ya Ima. Neta Elkayam donne alors une note féministe à ce titre. Toujours engagée, elle a réadapté le morceau Ya Latif avec Reuven Abergel, activiste du mouvement révolutionnaire des Black Panthers israéliens. Neta Elkayam y chante le fait de s’accrocher à la présence de Dieu pour se transformer, dépasser ses souffrances et suivre ses rêves…

Arénas, le premier album de Neta Elkayam

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